La fin d’année s’annonce explosive.
C’est un front commun de la biologie médicale privée et publique qui s’est (re)constitué au cœur de l’été, regroupant dans une colère partagée les syndicats privés et publics de la spécialité (SNMB, Biomed, FNSPBHU, SNBH, SDBio, SLBC, SNMB-CHU).
Dans un communiqué commun, l’ensemble des syndicats de biologistes annonce une grève avec fermeture totale des laboratoires de ville entre les 20 et 23 septembre 2024, qui a été massivement suivie (plus de 90% de laboratoires fermés 4 jours d’affilée), en réaction à une nouvelle baisse de « 9,4 % » les tarifs du secteur, pour une économie estimée à 360 millions d’euros par an (soit 120 millions sur les quatre derniers mois de cette année) impactant une vingtaine d’actes de routine parmi les plus prescrits ainsi que le forfait pré analytique (JO du 03/09/24).
En cas d’absence de réouverture de négociation avec l’assurance maladie, les syndicats préviennent également d’un risque de « shutdown » de la biologie médicale dès le mois de décembre 2024, c’est à dire lorsque le budget alloué par l’Assurance maladie sera épuisé. Élémentaire et l’apanage de tant de libéraux : à quoi bon travailler si c’est pour ne pas être payé ?
Quels sont les griefs ?
Dans un souci de maîtrise des dépenses, suivant un accord cadre de régulation prix/volume signé en juillet 2023, l’assurance-maladie vient d’imposer au secteur des baisses de tarifs des analyses pour 2024, afin de compenser une augmentation du nombre d’actes prescrits beaucoup plus forte que prévue, de l’ordre de +5.5 %. Cette augmentation de volume ne concerne pas seulement les actes de biologie médicale. En effet, sur les six derniers mois de 2024, les dépenses de soins de ville ont également progressé de 5,7 % par rapport à la même période de l’année précédente. Mais la biologie médicale est la seule spécialité à se placer sous un mécanisme de régulation aussi contraint diminuant les tarifs des actes prescrits lorsque la progression des dépenses dépasse une enveloppe financière définie.
Comment expliquer cette augmentation du volume d’acte ?
D’abord bien sûr par le vieillissement de la population, le poids des maladies chroniques (comme le diabète, les pathologies cardio-vasculaires, les cancers), le report de l’activité de l’hôpital sur la ville (la croissance très dynamique des dépenses de soin des spécialistes en témoigne, avec en 2023 un net effet volume (+4.9%) plus qu’un effet prix (+1.6%). Un facteur a peut être également joué un rôle déterminant : l’inflation, ayant probablement poussé les médecins libéraux à compenser leur hausse de charge par une suractivité et donc un volume supplémentaire de prescription d’examens. Encore à la marge mais probablement appelé à devenir un véritable moteur de la hausse : la désorganisation du système de santé, dans les zones de désertification médicale (diagnostic trop tardif, suivis non réalisés, disparition progressive du médecin référent avec recours à la téléconsultation avec des prescriptions « lourdes » de biologie soit redondantes et/ou « de couverture »).
Quel est l’impact économique de cette baisse ?
Cette nouvelle baisse des tarifs imposée de quasi 10%, s’apparente à un coup de grâce pour la totalité des laboratoires car elle intervient après déjà deux baisses de 5 % en 2023 et 4 % en janvier 2024, qui viennent se cumuler avec l’inflation sur les salaires, l’énergie et les biens matériels.
Les conséquences économiques de cette mesure sont inquiétantes pour de nombreux laboratoires, notamment pour :
- Les laboratoires indépendants, accusant déjà des pertes et dans l’impossibilité de réaliser de nouvelles économies d’échelle
- Les laboratoires de grands groupes, souvent lourdement endettés et déjà confrontés à des conflits sociaux avec leur personnel (cf nombreux mouvements de grèves liés au tassement des salaires)
- Les petits laboratoires des zones rurales, la fameuse diagonale du vide, déjà confrontés à des difficultés de désertification médicale et d’attractivité médicale. Sans bénéficier des augmentations de volume (-15% par rapport à la moyenne nationale suivant le charges et produit 2025 ), ils subissent de plein fouet les baisses de tarification nationales, tout en supportant des charges de ramassage des prélèvements en zone rurale toujours plus élevées : une tarification complémentaire spécifique dans ces territoires serait un signal fort en direction de la volonté de maintenir l’accès aux soins des populations rurales.

Données tenant compte des « structures de soin » (présence d’un médecin généraliste et de ses « partenaires » au quotidien (IDE, kinesithérapeute, pharmacies, laboratoires et radiologues) et services d’urgence (IRDES)
Une analyse des conséquences sur le terrain ?
Cette baisse de 10% du CA intervient sur un terrain où les acteurs ont épuisé le « trésor de guerre » Covid, cependant largement mérité au vu de l’investissement humain et financier. Ils sont à présent affaiblis par l’effet ciseau de l’inflation conjuguée aux baisses itératives de tarif des examens courants. A cela s’ajoute le coût de la dette, risquant de s’avérer insoutenable voire non re finançable, pour plusieurs groupes nationaux, ayant déjà mis en œuvre des plans d’économie drastique afin de maintenir leur EBE au-dessus du seuil promis à leurs investisseurs. La stratégie consistant à ouvrir des sites concurrentiels trouve ses limites et a desservi la profession plus qu’elle n’a porté ses fruits.
Dans la mesure où une société privée ne faisant plus de bénéfice risque la faillite et que maintenir des activités dont l’équilibre budgétaire n’est pas assuré n’est pas réaliste, une telle baisse engendrera inévitablement des mesures drastiques d’ajustements avec comme conséquences :
- la fermeture de nombreux petits laboratoires de proximité, particulièrement dans les zones rurales (activité déficitaire) avec report sur les services d’urgence
- la fermeture de la grande majorité des laboratoires les après-midis ; les samedis matin avec en corolaire des licenciements de personnel dû à ces restructurations
- l’arrêt des investissements (CAPEX)
- l’allongement des délais de rendu (rationalisation de sites et plateaux techniques)
- un service médical rendu en constante dégradation
- la poursuite à marche forcée de la consolidation et financiarisation de la biologie médicale avec une concentration croissance des structures et la disparition à terme des structures indépendantes : beaucoup d’associés ne prendront pas le risque de racheter les parts (surévaluées) des (nombreux !) biologistes sortants et/ou n’arriveront pas à tenir leurs engagements financiers passés auprès des banques. Restera à s’entendre sur les prix de la liquidité des sortants dans une conjoncture poussive du fait des niveaux élevés des taux d’intérêt…
Que souhaitent les syndicats de biologistes médicaux ?
Les syndicats soulignent que leur demande ne vise pas à obtenir des financements supplémentaires : ils souhaitent activer des clauses de sauvegarde pour un partage plus équitable avec l’Assurance Maladie de l’accroissement des volumes d’examens, non anticipés et dont la profession n’est pas responsable. Les bases économiques de l’accord signé à l’été 2023 sont jugées insincères (le tendanciel d’accroissement des volumes présenté étant erroné). Au moment de la discussion du protocole, en juillet 2023, la CNAM faisait état d’une sous consommation de l’enveloppe et d’une stabilité prévisible de l’augmentation des volumes limités à +2,5%. Dans cet esprit, la profession a accepté de signer un nouvel accord triennal de régulation coût-volume pour la période 2023-2026. Néanmoins, certains indicateurs (dépenses de soins médicaux et dentaires, médicaments) contrastaient déjà avec un rythme de +5 % à 8% annuel. Autre élément : les versements aux établissements de santé étaient en croissance de leur côté de 5,8 % et ceux aux cliniques de 6,1 %. Des chiffres, connus de la CNAM, mais probablement sciemment cachés car publiés au mois de septembre 2023 (voir ici), soit 2 mois après la signature de l’accord conventionnel.
Dans ces conditions, l’accord (mais aussi la publication au JO de la baisse) font l’objet d’une attaque par un référé devant le tribunal administratif de Paris dont l’issue sera lointaine.
En réaction, le directeur de la CNAM, T. Fatôme affirme que les règles du jeu étaient claires et que la profession a « pris le risque » et doit à présent assumer.
Un risque pris toutefois le couteau sous la gorge. Avec des limites budgétaires largement fixés par Bercy depuis des années.

Le blues des biologistes médicaux
Une fin de non-recevoir qui vient s’additionner à une certaine forme de violence institutionnelle ressenti de façon croissante par les biologistes médicaux ayant le privilège d’échanger avec la CNAM.
Emblématique, la décision paritaire de baisse des actes votée en plein mois d’aout avec une absence de quorum en CHAB retenu arbitrairement comme des votes abstentionnistes des titulaires. Ensuite, la publication exceptionnellement rapide au JO des actes concernés par les baisses de tarif. Tout cela afin de saper la détermination des biologistes à se faire entendre et surtout comprendre. S’y additionne une multitude de renoncement depuis la crise Covid, de mises au pas (parfois avec la complicité de la biologie hospitalière), en contrepartie desquelles aucune proposition pertinente émanant de la profession n’est jamais retenue, sans que les instances n’aient jamais besoin de se justifier. Parfois, on pourrait s’approcher d’une forme de harcèlement moral, avec une dégradation continue des conditions d’exercice et des exigences, sans aucune reconnaissance ni concession. Personne ne s’étonnera donc de la décision unanime des syndicats de biologistes de rompre les relations conventionnelles et du report sine die de l’ensemble des réunions de travail sollicitées par l’Assurance Maladie.
Vous devez tout et nous ne vous devons rien.
Outre cette rupture avec la CNAM, les biologistes gardent une amertume particulièrement tenace suite à l’attitude gouvernementale autour de la taxation des profits « indus » des « grands laboratoires » pendant la crise sanitaire que G. Attal avait « assumé de mettre en place », devenu étendard de communication d’un gouvernement décidément fort avec les faibles. Les laboratoires de biologie médicale, « grands » comme « petits », ont répondu courageusement et à marche forcée à la volonté de l’Etat de « tester sans limite », avec néanmoins un retard à l’allumage au vu de l’état déplorable du parc d’automates de biologie moléculaire français début 2020 (notamment déjà pour insuffisance de financement). Tout cela pour un résultat opérationnel extrêmement discutable. La France, avec près de 1000 morts par millions d’habitants et un recul du PIB en 2020, fait partie des pays n’ayant ni préservé la population ni préservé l’économie.

Ce n’était pas cher de tester puisque les laboratoires ont depuis remboursé la quasi-totalité des tests Covid par des baisses de NABM successives, d’abord un acompte via une mesure arbitraire du PLFSS (280 millions) puis indirectement via les baisses de tarif des analyses de routine qui vont continuer de produire à long terme leur effet…
A l’opposé, un échec tragique avec d’autres vrais rentiers de la crise, les énergéticiens ayant généré sans effort des montagnes de liquidités (taux de marge en % de la VA de quasi 80%, le double des autres sociétés de biens et service en 2023) et une contribution sur les « rentes inframarginales » n’ayant rapporté que 300 millions sur les 12 milliards initialement espérés en 2023, soit moins de 1 % des marges bénéficiaires selon un rapport de la Cour des comptes de mars 2024.
Ensuite, viennent toutes les promesses non tenues (liste non exhaustive) :
- Etats généraux de la biologie (conditions d’exercice, valorisation des métiers…) : disparue avec la démission de l’ex ministre de la santé A. Rousseau, resté seulement 5 mois en poste
- Inscription des professionnels de santé biologistes dans le code de santé publique.
- Valorisation de l’investissement matériel et humain dans la transmission de données via Laboé-SI, voir communiqué syndical sur le sujet
- ROSP de biologie médicale : valorisation d’un forfait « maitrise médicalisée » sur chaque prescription modifiée sur recommandation HAS, avec partage de l’économie réalisée pour la CNAM
- Possibilité de prescription de traitements simples selon protocoles définis pour diminuer les consultations redondantes
- Antibiogrammes ciblés
- Valoriser la prestation de conseil du biologiste médical, les explorations biologiques complémentaires pertinentes (cadres diagnostiques ex. anémie, hyperferritinémie), les ajouts de scores (déclin de la fonction rénale (SRR), fibrose hépatique (SFIB4),…), les diagnostics évoqués…
- Accès à la téléexpertise
Des actes dont on attend désespérément les cotations
- Vaccinations et leur prescription dans les laboratoires, toujours sans cotation possible depuis la parution des textes… (voir article du CNOP)
- Extension de la cotation de l’acte 9058 pour les techniciens « prélèvements aseptiques à différents niveaux des muqueuses ou de la peau » aux autres pathologies que le Covid, ce qui revient actuellement à les faire prélever sans facturation possible.
Une inflation des missions supplémentaires « gratuites » pour 2023/2024
- Qualification de l’INS des patients pour transmettre les résultats de façon structurée dans le DMP
- Vérification de l’éligibilité des patientes dans le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus, gestion des résultats pathologiques pour les patientes sans médecin traitant.
- Counseling pré test IST, consultation annonce en cas de positivité, dans le dispositif HIV et IST sans ordonnance (en lieu et place des CeGGID)
- Accroissement de la charge de révision des prescriptions en lien avec les recommandations HAS : TSH en cascade, rendu des mycoplasma genitalium en fonction du contexte clinique, sans possibilité de tracer et coter ces actes « intellectuels » de révision.
- A venir, le calcul du SRR avec prescription par le biologiste des albuminuries non réalisées sur des patients repérés avec des fonctions rénales déclinantes permettant l’orientation rapide vers une consultation néphrologique : dans l’enveloppe ! Alors qu’il s’agit d’une mission de santé publique chronophage, là encore, l’esprit du protocole d’accord est dévoyé et interprété systématiquement à l’avantage de la CNAM.
Chaque nouvelle mission du pharmacien d’officine bénéficie d’une rémunération, il n’en est jamais question pour les biologistes médicaux. Seule la négociation du volet économique dans une logique pluriannuelle de maitrise des dépenses intéresse l’Assurance Maladie et les instances gouvernementales.
Si l’on met de coté la malhonnêteté relative, du moins le manque de considération vis-à-vis des biologistes de terrain, il s’agit surtout d’autant de défis voire parfois de missions impossibles tant les objectifs définis deviennent contradictoires avec la volonté affichée de muter la biologie médicale à la française vers un modèle industriel low cost. Il relève de la gageure d’alourdir les contraintes pré et post analytiques et en même temps, de diminuer la rémunération de 12% des forfaits de prise en charge du patient dans la dernière version de la NABM !
Une majorité de biologistes médicaux libéraux traversent donc aujourd’hui une véritable crise existentielle, voire une crise des vocations, dans le privé mais aussi dans le public, révélée dans une enquête menée par le CNOP en 2021 auprès de 1000 pharmaciens biologistes : manque de reconnaissance des tutelles (61%), complexification des tâches administratives (88%), détérioration de l’indépendance professionnelle (78%), démédicalisation croissante de leur activité (62%), dégradation des conditions de travail (77%). Dans l’ensemble, les pharmaciens biologistes témoignent d’une faible satisfaction à l’égard de leur métier, notée en moyenne à 5,7 sur 10. Un sentiment de déclassement et des difficultés à se projeter dans l’avenir qui poussent la moitié des biologistes médicaux à envisager une reconversion professionnelle à brève échéance. Le tableau dressé est extrêmement sombre et c’est sans doute détérioré en l’espace de 3 ans. Une tendance qui doit inquiéter à juste titre les dirigeants des groupes puisque l’APBM (association pour le progrès de la biologie médicale) recherche des ambassadeurs à même de pouvoir « développer un réseau de relais de nos actions sur tout le territoire et de nouer des partenariats pour développer des actions de promotion de la biologie médicale auprès des jeunes et des étudiants »...
Cash back sur la biologie médicale
Prenons maintenant un exemple pratique : le suivi biologique du patient diabétique (4 millions de patients concernés en France) faisant par ailleurs l’objet d’une ROSP (rémunération sur objectif de santé publique) pour les médecins traitants.
Voici le calcul du cout d’un dossier en euro facturé et remboursé aux laboratoires par l’Assurance Maladie pour un dosage d’HbA1C en fonction du lieu de prélèvement (au laboratoire ou à domicile) entre 2021 et 2024
| Année | 2021 | Au 15/05/24 | Au 10/09/2024 | Evolution en 3 ans |
| Prélèvement au laboratoire, moyenné par type de préleveur | 17 | 15 | 11 | – 35% |
| Prélèvement à domicile | 11.3 | 10.5 | 6.75 | – 40% |
A mettre en relation avec l’inflation considérée entre 2021 et 2024 : + 15%...
Maintenant, intéressons nous aux participations forfaitaires et autres franchises médicales reversée par le patient à l’Assurance Maladie (euros), y compris en ALD
| Année | 2021 | Au 15/05/24 | Evolution en 3 ans |
| Participation forfaitaire + franchises médicales sur les actes de biologie et prélèvement (paramédical) | 1 + 0.50 | 2 + 1 (« responsabilisation des assurés », source) | + 100% |
Pour ce type de dossier (HbA1C unique), on pourrait imaginer que le cout du dossier diminuant, le patient y gagne, pas du tout ! Comme cette retenue est forfaitaire, le pourcentage dû et à reverser par le patient à l’Assurance Maladie pour ce type de soin a augmenté de 4 fois ! Soit 3 euros pour un acte facturé maintenant 11 euros par le laboratoire…
Certes, le montant annuel par assuré est plafonné à 50 euros mais il faut savoir que ce même principe s’applique à tout type de diagnostic ou suivi biologique… Les patients vont surement assez vite comprendre et demander à en avoir pour leur argent à leur médecin prescripteur afin de rentabiliser chaque passage…
Si l’on jette un œil à nos voisins allemands : sont-ils plus généreux avec leurs assurés ?
La réponse est oui : si l’on prend la référence 2019 (hors Covid, ayant artificiellement gonflé le budget). Tout secteur public / privé confondu, l’Allemagne consacre par an 146 euros / habitant aux actes de biologie (source) lorsque la France n’y consacre plus que 112 euros par habitant (65 euros/habitant/an tous régime pour la biologie de ville)… soit 23% de moins qu’en Allemagne.
Cela cadre tout à fait avec la dévalorisation financière généralisée des prestations de santé en France, avec un prix moyen 30% plus faible que la moyenne des prix dans l’OCDE (Health at a glance – OECD – 2021)


A quand une comparaison du coût de l’administration de la santé et de ces petits caprices, ce mille feuille si gras et si complexe qu’il en devient aussi incompréhensible qu’indigeste !
Un million de fonctionnaires de plus qu’en 1997, une hausse de 22% quand l’emploi privé n’a progressé que de 17% et la population de 13%… (source)

Autre exemple de bon usage des finances publiques

Outre la paupérisation des professionnels de santé français dans l’OCDE, nous pouvons tirer à ce stade deux conclusions : il existe une volonté de DESENGAGEMENT de l’Assurance Maladie (et de l’Etat) sur les niveaux de remboursement et une volonté de prendre un CASH BACK à la fois aux structures exécutantes (les laboratoires) et aux patients ayant l’inconvenance d’y avoir recours (et qui doivent de plus en plus se battre pour y parvenir tant la pénurie sanitaire est organisée) et ce afin de maintenir voire développer le poids des instances administratives publiques. En quelque sorte, une nouvelle lutte des castes entre rameurs et barreurs…
Quant à l’Assurance maladie, elle ne s’impose de toute évidence pas non plus les mêmes efforts de maitrise budgétaire à « périmètre constant »: augmentation des effectifs (sur 80 000 salariés !), recours à des cabinets de conseil (CapGemini pour la convention médicale 2024), budget communication en hausse, etc…

Il faut en effet bien s’armer à la lutte contre la fraude, qui va se généraliser à mesure que l’on laisse pénétrer la finance dans les structures de soin française et qu’on lui coupe les vivres. Ça occupera des fonctionnaires.
Le directeur de l’assurance maladie Thomas Fatôme ne manque pourtant jamais d’alerter sur les effets de cette « financiarisation » de la santé, lui permettant d’ancrer l’Assurance Maladie dans son rôle protecteur alors qu’elle en devient véritablement le catalyseur. Le Charges et Produits 2025 (page 263) n’apporte que peu de nouvel élément par rapport à l’opus de l’année précédente et les déclarations de T. Fatôme le 10 avril 2024 devant le Sénat lors de la mission avortée sur la financiarisation des soins ne laisse pas vraiment penser qu’il en soit un farouche opposant.
La financiarisation induit des risques bien identifiés, aux « conséquences encore incertaines » mais peut aussi présenter « certains avantages« . Les pouvoirs publics ont juste prévu d’en être le régulateur et viennent de se doter d’une Task Force interministerielle visant à « augmenter la connaissance sur ce phénomène »... M. Eloi De Tenier a ainsi été nommé début aout Chargé de Mission financiarisation de la santé au Bureau de l’accès territorial aux soins (AS1), ce qui est assez révélateur de l’angle de régulation retenu par l’administration.
60% des Français jugent « possible » la privatisation du système de santé
Près des trois quarts des Français jugent que le système de santé se détériore, inéluctablement. Et une nette majorité estime que cette situation conduit à une plus forte implication des acteurs du privé : près de 6 sur 10 jugent possible que le gouvernement puisse tout simplement se décharger de la gestion de la santé au profit de la sphère du privé dans un sondage CSA-Havas Red Health révélé par La Tribune en avril 2024.
« Les Français ne sont pas dans le fatalisme en acceptant cette « privatisation » du système de santé. Ils montrent au contraire qu’ils sont ouverts, qu’ils souhaitent désormais un après, qu’ils veulent sortir de la non-gestion actuelle de la santé » source
Un mouvement qui permettrait, pour 52 % des Français, d’apporter des moyens supplémentaires. Les entreprises du secteur de la santé et du bien-être, les mutuelles, les assurances et les services à la personne apparaissent, sans surprise, comme les plus logiques pour investir davantage ce domaine. Mais aussi entreprises de l’alimentaire, du sport, de l’environnement sont également vues comme autant d’actrices légitimes pour monter en puissance. Les Français jugent que l’amélioration du système de santé passera aussi par une stratégie « réelle » de prévention. L’autre « révolution » de la fameuse « médecine 5 P » dont un bref aperçu est disponible ici. Tant que l’exploration des incidentalomes ne revient pas à la charge de l’Assurance Maladie…
Peu de monde semble appréhender que le modèle de production du soin va transitionner sans retour possible des acteurs de santé indépendants, dont les revenus sont basés sur le travail, vers le grand groupe assurantiel maîtrisant toute la chaîne, générateur de situation de mégarentes financières. La haute fonction administrative y trouvera surement son compte et commence déjà à y placer certains transfuges…
Quelle santé financière pour acteurs sanitaires déjà en place ?
L’hôpital coute toujours aussi cher (et sa part dans la CSBM ne diminue pas (elle est même passée de 46 à 49% !)), malgré le virage ambulatoire pris depuis une quinzaine d’année. Le déficit des hôpitaux publics, en partie liée à l’inflation non compensée par l’Etat, devrait atteindre 2 milliards cette année (65% des hôpitaux publics sont en déficit). La fédération hospitalière de France demande donc un financement à la hauteur des coûts, soit une progression de 6% de l’ONDAM en 2025 pour les établissements de santé, quand les chiffres – indicatifs – inscrits dans la loi de programmation des finances publiques, fixent cette progression à 3 %…
Le gouvernement a tenté d’appliquer au printemps la méthode régulation prix volume de la biologie à l’hospitalisation privée (1030 établissements) en ne leur accordant que +0.3% d’augmentation de leur budget (versus +4.3% pour l’hospitalisation publique). Soit 500 millions d’euros de delta. Histoire de récupérer les subventions d’exploitation mises en place pendant la crise sanitaire ainsi que la surexecution de volume de 400 millions d’euros non prévus par l’Ondam. Conclusion du président de la FHP : “Plus on travaille, plus on perd de l’argent, c’est un effet ciseaux inacceptable !” Face à cette injustice, qui aurait enfoncé 40% des établissements privés déjà déficitaires en 2023 (25% en 2022), la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) s’est mobilisée en un temps record sur un mouvement de grève massif (80% de cliniques engagées) et sans précédent (déprogrammation des interventions, fermeture des services d’urgence).
La FHP dénonce également le dumping social avec de meilleures rémunérations dans le public que dans le privé. Sans rallonge budgétaire, aucune hausse de salaire envisageable… Si en 2023, les cliniques et hôpitaux privés ont tout de même réussi à réaliser une marge “de l’ordre de 1 à 2%”, le FHP estime que ce n’est pas suffisant pour augmenter le personnel ni pour faire face au déficit.
Il aura fallu un peu plus d’un mois de négociations secrètes pour que la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) décide de suspendre le mouvement de grève totale des cliniques à compter du 3 juin et se désister de tous les recours juridiques introduits contre les décisions tarifaires 2023 et 2024.
L’ancien gouvernement s’est engagé sur un certain nombre de mesures, notamment une enveloppe de 80 millions d’euros pour financer les mêmes majorations de sujétions de nuit, dimanche et jours fériés que celles dont bénéficient leurs homologues des établissements publics de santé et des établissements privés non lucratifs, la suppression du coefficient de minoration des tarifs de l’hôpital privé (MCO et SMR), destiné à neutraliser l’avantage fiscal dont les cliniques bénéficient avec le CICE. L’exécutif s’est engagé également à élaborer un protocole de financement pluriannuel. Autre engagement bien qu’illusoire, le partage cet automne des crédits non consommés. « S’il y a une sous-exécution collective des crédits, du privé et du public, alors il y aura réversion au prorata de cette sous-exécution ». Le ministre délégué à la santé a aussi promis d’examiner la situation des cliniques en grande difficulté financière, mais aucun calendrier n’a été fixé sur ce point.
En échange, la FHP s’engage à une meilleure implication dans la permanence des soins. Le gouvernement attend aussi des cliniques des actions en matière « d’amélioration de l’efficience et de la pertinence des soins, notamment la lutte contre les actes inutiles et redondants », ainsi que des actions en faveur de la prévention.
Ces millions d’euros grattés sur le dos des cliniques privées avaient pourtant une destination toute trouvée : les EHPAD, en TRES grande difficulté financière suite aux scandales à répétition, aggravés par la crise Covid (80% d’établissements déficitaires en 2023, avec un déficit moyen de 250 000 euros par établissement), qui ont été crédité cette année de 650 millions d’euros supplémentaires. Cette affectation correspond à une hausse de 5% pour les Ehpad publics et associatifs, et de 3% pour le secteur privé commercial… La solution envisagée pour éviter les fermetures ou liquidation serait parallèlement d’augmenter les tarifs de +10 à +15% pour les résidents les plus aisés…
Si l’on s’intéresse maintenant aux Entreprises du médicament (Leem) : la France s’illustre également, elle est le leader européen de la taxation, pour l’industrie pharmaceutique sur la base d’une étude comparative réalisée chaque année par le cabinet PwC (taux global de prélèvement de 60%, loin devant l’Allemagne (42%), l’Espagne (29%) ou encore la Suisse (11%).
L’étude intègre dans le calcul la clause de sauvegarde, cette contribution demandée à l’industrie pharmaceutique quand les dépenses relatives aux produits de santé sont supérieures au budget. Les laboratoires ont dû s’acquitter d’une contribution de 671 millions d’euros en 2021, puis de 1,2 milliard d’euros en 2022. Elle a été fixée à 1,6 milliard d’euros en 2023. Les laboratoires fabriquant des médicaments génériques, dont les marges sont relativement faibles, sont concernés depuis 2019, l’année dernière, ils ont dû reverser 300 millions d’euros, soit la quasi intégralité de la croissance de leur CA. Cela s’ajoute aux remises conventionnelles et aux baisses de prix des médicaments, variable d’ajustement des dépenses de sécurité sociale. Résultat, le secteur, stratégique pour la souveraineté du pays, est asphyxié : la France était le 1er producteur de médicaments en Europe jusqu’en 2008, elle est désormais en 6e position derrière la Suisse, la Belgique, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni. Soit une nouvelle illustration de l’effet ciseau, entre les prix les plus bas et la fiscalité la plus haute d’Europe. Ne pas chercher plus loin les « déterminants économiques » à l’origine des pénuries d’approvisionnement de médicaments en hausse de 30% en 2023 dans les pharmacies (antidiabétiques, anticancéreux, anti inflammatoires, antibiotiques…) : près de 5000 signalements en 2023 versus 868 en 2018…(source)
Conscient de ces difficultés, le gouvernement s’est oralement engagé l’année dernière à caper la clause de sauvegarde à 1,6 milliard d’euros pour les années 2023 et 2024 et à engager une réflexion autour d’une trajectoire de décroissance de celle-ci, qui pourrait repasser sous la barre des 500 millions d’ici 3 ans…
Le Leem pousse d’autres propositions comme accélérer les hausses de prix pour les médicaments dont les conditions économiques ne permettent pas de sécuriser leur production ou leur mise à disposition et octroyer aux dépenses de médicaments une croissance de financement au moins équivalente à celle des autres postes de l’Ondam. Le médicament, doit être considéré par la France « comme un investissement », et non plus « comme une dépense à couper pour le système de santé ».
Le Leem s’engage lui aussi sur la maitrise médicalisée prenant la forme d’une campagne de communication auprès des médecins sur la polymédication des patients de plus de 65 ans. Pas du luxe lorsque l’on sait d’un médicament remboursé sur deux n’est pas consommé; cela correspond à un coût de 7 milliards d’euros par an ! Avec l’objectif d’encourager les praticiens à réduire le nombre de molécules prescrites à un maximum de 5 par patient. Les industriels vont utiliser le levier des logiciels d’aide à la prescription (LAP) de 22 000 généralistes en finançant un dispositif de notifications qui suggéra une révision de l’ordonnance pour chaque patient dans la cible. Cette sensibilisation à la sobriété médicamenteuse se traduira par l’envoi de 125 000 newsletters ciblées et par de la formation en ligne (webcast, podcast). Le Leem espère dégager ainsi 300 millions d’euros pour 2024.
Pour compenser ces efforts, le secteur milite pour l’ouverture de l’automédication. S’appuyer davantage sur les compétences élargies des pharmaciens d’officine pour améliorer l’accessibilité aux soins de premier recours et réduire les dépenses de santé (consultations, remboursement de médicaments). Dans ce parcours, le patient se rend directement à l’officine sans passer par le médecin ou les urgences. Pour l’association professionnelle NèreS, la France dispose d’une marge de progression importante à travers le principe de délistage, c’est-à-dire le nombre de médicaments accessibles sans ordonnance. A voir la liste des médicaments concernés, ainsi que la gestion du risque iatrogène ou de retard diagnostique…
La France a besoin d’argent
Tout cela s’inscrit dans un environnement économique bien évidemment particulièrement défavorable. La France est dans une situation de fragilité budgétaire extrême. Avec six autres pays, la France a été placée au début de l’été par l’Europe sous procédure pour déficit excessif (6% en 2025 au lieu de 3%) ce qui implique une action correctrice pour assainir la situation des comptes publics, impliquant de trouver immédiatement 15 milliards d’économie et 30 milliards en 2025. La France pourrait également être placé l’an prochain sous procédure concernant cette fois ci son endettement, de 111% du PIB. Cela impliquerait environ 110 milliards d’euros d’économies d’ici 2027.
Au-delà de sanctions de Bruxelles (jusqu’à 2.8 milliards d’euros par an de pénalité pour la France), il y a la pression des marchés financiers fixant le spread de la dette en fonction de la soutenabilité de celle-ci.
Les pistes
- Taxer les énergéticiens
- Taxer les rachats d’action
- Sabrer dans les aides aux entreprises
- Trouver la cause du rendement décevant de l’impôt sur les sociétés (- 4.4 milliards qu’escompté) en cherchant du coté des sociétés financières…
Ce 17/09/2024, pour notre nouveau premier ministre LR Michel Barnier, il semblerait plutôt être question d’une hausse d’impôts pour les contribuables aisés et les entreprises profitables (source). Il ne craint visiblement pas l’effet Laffer. Augmenter la fiscalité s’oriente désormais plus vers la redistribution des richesses que de leur création…
Concernant le déficit de l’Assurance Maladie, la Cour des comptes, dans son rapport 2024 sur la Sécurité sociale, a calculé un manque à gagner (colossal) pour l’Assurance Maladie du fait des exonérations qui ne font que progresser. Ainsi, les exonérations des compléments de salaire (pouvoir d’achat, partage de valeur en entreprise notamment) sans compensation de l’Etat équivaut à une perte nette de recette pour la Sécurité Sociale de 18 Md€… ne cherchons pas plus loin l’argent manquant.
Parallèlement, nous assistons à une débauche de « territorialisation ». Les 1000 CPTS (Communauté professionnelle territoriale de santé) en sont l’exemple parfait en termes d’inutilité et de gabegie financière, capables de dégager 60% de marge, ne pas dépenser l’argent dédié à ses missions et voir son budget garanti sur plusieurs années.
Ce même constat d’illisibilité s’applique aussi aux protocoles de coopération, au sujet desquels un rapport de l’IGAS évoquait l’impossibilité d’en évaluer précisément le nombre et l’efficacité. Quant aux expérimentations « article 51 », sur plus de 1 100 projets déposés, moins de 150 sont terminés ou en cours de déploiement selon le rapport au parlement sur les expérimentations innovantes en santé et cela n’augure pas forcément une intégration dans le droit commun via la LFSS…
Nous vivons une époque formidable : celui de la fin du quoi qu’il en coûte. La dette nous rappelle à l’ordre, il faut que l’Etat se « refasse » après avoir dépensé sans compter et lorsqu’on cumule tous les déficits, industriel (24ème rang sur les 27 pays de l’UE), commercial, budgétaire, sécurité sociale, décrochage continu du PIB/habitant depuis 2008, il faut se préparer à des périodes de vache maigre et à la poursuite de la vente à la découpe mais malheureusement, souvent, plus un modèle dysfonctionne, plus il est coûteux.
Si seulement cela pouvait sonner la fin de l’État partout où il ne devrait pas être, distributeurs patentés d’aides démagogiques en tout genre, de la rhétorique du tout « gratuit », de la multiplication des comités Theodule et revenir dans un peu d’efficience et d’exemplarité dans ses fonctions régaliennes porteuses d’avenir (éducation, recherche, santé, transition écologique…).
La biologie à la croisée des chemins, l’histoire d’une profession trahie
La biologie médicale libérale souffre aujourd’hui de bien de maux.
Elle est d’abord uniquement perçue comme une charge, avec des économies d’échelle semblant perpétuelles à récupérer, mais jamais comme une ressource à préserver. Or, la biologie médicale est désespérément sous utilisée dans le parcours de soins, la prévention, l’innovation numérique et biotechnologique, la lutte contre les pandémies. Ce futur est condamné d’avance si le modèle économique s’écroule et qu’aucun budget n’est fléché pour développer ces missions.
Ensuite, elle est prise en tenailles entre 3 acteurs : l’Assurance Maladie, qui fixe ses tarifs, le Cofrac, qui fixe un standard de (sur)qualité et les investisseurs financiers, véritables gold digger, accompagnés de leurs conseils. On pourrait ajouter également certains fournisseurs de SIL en position hégémonique, qui ont l’air d’envisager sérieusement de faire financer aux laboratoires non pas des évolutions porteuses d’efficience mais des outils de valorisation des data de santé, nouvel or noir pour les industriels. Tous ces acteurs se payent sans vergogne sur la bête. Jusqu’à quand ?
La biologie médicale en France est libérale, c’est un atout capital car le ratio dépense/productivité dans le secteur libéral a démontré sa supériorité. Dans le cas contraire, nationalisons ! Le charges et produits 2025 innove cette année en effectuant une comparaison du B de ville avec le B hospitalier (cout moyen de production de 0,21 euro soit 16 % plus faible que la valorisation actuelle du B à 0.25), avec bien entendu un souhait de convergence. Outre le fait qu’on compare encore des choux avec des carottes, cette « analyse » souffre d’emblée d’une simple comparaison entre l’activité journalière et le nombre d’ETP. Ainsi, le CHU de Saint Etienne, qui se diversifie en ouvrant des centres de prélèvement destinés aux patients de ville, concurrençant ainsi le secteur libéral affiche une activité de 3000 dossiers jours pour…50 ETP de biologistes (source, page 104). Soit plus de 3 fois l’effectif moyen des biologistes du secteur libéral, à périmètre constant. L’efficience, c’est sans doute juste bon pour les libéraux. Si l’on dézoome, cela corrobore les chiffres officiels (+27% de personnel médical supplémentaire dans les laboratoires de biologie hospitalière entre 2019 et 2022, page 269 Charges et Produits). A rémunération devenue égale, inutile de chercher la crise de recrutement des biologistes médicaux en secteur libéral, qui sont loin d’avoir bénéficié des revalorisations salariales du Segur, ni du même confort ou sécurité d’exercice au quotidien (pas de charge, pas d’investissement financier).
Mais revenons à nos 3 acteurs qui prennent le secteur en tenaille
L’Assurance maladie :
Cette décision radicale de l’Assurance Maladie est symbolique de la mort du paritarisme et de la mise sous tutelle progressive de la médecine libérale. Les biologistes libéraux sont perçus depuis 50 ans comme des nantis (alors que leur rémunération est en chute libre) et comme de simples exécutants ne créant aucune valeur, à qui l’on peut tout imposer.
Ces échanges entre l’Assurance maladie et les syndicats représentatifs des professionnels de santé libéraux ont pourtant clairement contribué à répondre à des enjeux de santé publique importants. Il est donc primordial que l’on puisse s’organiser et conventionner avec les caisses dans des conditions raisonnables, que cette négociation soit un enjeu de démocratie en santé et que les Français en perçoivent les enjeux déterminants : car c’est leur argent. La paupérisation des tarifs conventionnés et l’uberisation des professionnels libéraux sous pression d’un État qui n’est ni le payeur ni l’offreur doit cesser, car elle entraînera mécaniquement une fuite des praticiens vers d’autres exercices plus rémunérateurs ou moins productivistes. Osons dire que l’Etat est dans une position de régulateur économique autoritariste, sans tête (7 ministres de la santé en 7 ans, dilution de la santé dans un grand ministère des affaires sociales) avec une gestion purement politico-technocratique (pilotage de la santé par le PLFSS, donc en dehors des conventions), anti-privé par idéologie, dont les actions, souvent incohérentes ou illisibles, semblent calibrées pour entraver l’exercice et l’organisation des libéraux de santé.
L’absence de vision de long terme pour le système de santé, la fuite en avant de l’administration cherchant à apporter à chaque nouvelle problématique une nouvelle organisation plus complexe, sans chercher à comprendre la vraie réalité de terrain et sans écoute de qualité, nous enfonce un peu plus chaque année.
Le COFRAC
Malheureusement, il semble que le temps béni de l’adhésion au COFRAC et de ses factures à 5 chiffres (hôtel et restaurant compris) soient révolus. Certes, le COFRAC protège un peu l’image de marque des laboratoires. Mais économiquement parlant, la philosophie (hors maitrise du processus analytique), la charge de travail et le coût associé pour des exigences démesurées, vont devenir très rapidement insupportables pour les bilans comptables des laboratoires des prochaines années.
Les financiers
Leur business repose sur une profitabilité stable et garantie de l’actif sous-jacent (sur les prix d’avant). D’ici 2026, il est très probable que la bulle finisse par leur exploser à la figure s’ils ne peuvent faire rouler leurs LBO avec le maintien des taux directeurs à des taux élevés. Certains groupes sont à la tête d’une dette immense dont ils n’ont remboursé que les intérêts. Le cash flow s’écroulant, avec des taux type high yield type entreprises à risque de défaillance, la dette risque d’être difficilement refinançable. Tout cela finira probablement par des cessions d’actifs, un rachat à prix cassé par un industriel, français ou étranger ou une IPO, si toutefois les conditions de marché sont favorables. Ou comme dernier espoir, le passage sous contrôle de la Caisse des Dépôts (CDC) comme l’exemple Orpea. Dans tous les cas, de lourdes pertes financières seront à déplorer.

Le monde d’après sera dystopique
Après les épreuves de restructuration, d’accréditation à 100%, de crise Covid…un long chemin a été parcouru en 15 ans en biologie médicale. Aujourd’hui, la bandelette en pharmacie est au prix de l’ECBU et la poursuite de la concentration et la financiarisation semble inéluctable, avec probablement la création de métiers intermédiaires avec une poursuite du dumping social et la probable disparition du n site, n bio « associé« , qui n’a plus beaucoup de sens, surtout pour les professionnels. Il semble que l’instabilité politique ait ralenti le processus politique amorcé qui comptait fixer avant l’été un nouveau cadre et de nouveaux objectifs pour la biologie médicale. Retour des ristournes destinées à financer le nouveau marché de la biologie délocalisée, sous la responsabilité des biologistes (survivants) qui devront installer, accréditer et habiliter les nouveaux acteurs, dont ce n’est pas le métier. Tout un programme.
Alors comment passer le cap ? Dans un premier temps, il faut s’attendre à ce que beaucoup de structures explosent en vol, à plus ou moins court terme. Ceux qui s’en sortiront probablement, au moins transitoirement, sont les structures déjà rationalisées, peu endettées, pour les structures indépendantes, sans trop de biologistes désireux de vendre leurs parts, et qui sauront prendre les décisions qui s’imposent sans radicalisme en termes d’optimisation de la masse salariale. Le cost killing a ses limites (cf les EHPAD). A moins d’obtenir des relais de croissance comme la facturation de frais de dossiers ou de relance, la possibilité de tarifier à prix libre les actes dans des indications non remboursables ou d’avoir pu développer d’autres activités profitables, notamment à l’étranger pour les grands groupes. Le grand public doit de son côté s’attendre à un service dégradé avec des réductions d’ouverture et des services moins attentifs et de plus en plus dématérialisés. Il faudra bien sur poursuivre les investissements dans l’optimisation de la productivité, nous sommes encore à l’âge de pierre où nos secrétaires saisissent les examens un par un et où les logiciels d’aide à la validation n’ont pas évolué depuis 15 ans ! Cela contraste avec la rhétorique de la biologie 5P et d’I.A akinator de la santé, bientôt capable de remplacer les biologistes…
La biologie, perpétuelle bonne élève, se montrera-t-elle cette fois ci SOLIDAIRE dans l’adversité ou restera t’elle le maillon faible des professions de santé, compliante, résignée, et DIVISEE ?
Les biologistes médicaux appellent la CNAM à revenir sur ses décisions et à engager de nouvelles négociations basées sur des données réalistes et viables économiquement. Ils affirment leur volonté de préserver un modèle de biologie de proximité, reconnu pour son efficacité et son accessibilité pour l’ensemble de leurs patients. Dans ce cadre, les biologistes médicaux sont prêts à travailler à l’émergence d’un modèle d’avenir, centré sur la prévention et la pertinence des actes réalisés.
« Soyez résolu à ne plus servir et vous voilà libre » Étienne de La Boétie
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merci pour cet excellent article d’analyse de fond. Ainsi à tout ceux qui y répondent et le commentent.
Je reste atterré de voir comment les gouvernements successifs dirigent et voient les laboratoires et la santé en général. Une déconnexion complète du terrain, alors que les experts en leur domaine sont présents ! A part dépenser moins sans réinvestir derrière, rien n’est fait…. Et c’est pareille dans tous les domaines (l’absence d’efficience du secteur publique par exemple, pour y être passé c’est une pure hallucination).
Ah si ! Vendre des brevets vitaux ou intéressants pour en racheter que les produits sans le brevet quelques années, à des prix inacceptables.
A cette vitesse, l’état n’aura plus de raisons d’être, vu qu’il se désengage de tout.
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La façon dont la France comprend les enjeux globaux est tout à fait regrettable. Il y a trois entreprises géantes non européennes, américaines (Labcorp et Quest Diagnostics) et australienne (Sonic Healthcare), qui ont suffisamment d’argent pour acheter n’importe quelle entreprise européenne. Cependant personne n’en est inquiet. Tout le monde pense qu’en France ‘il y a trop de barrages pour empêcher l’entrée de ces géants. Sonic est présent depuis longtemps en Allemagne et on voit aujourd’hui Labcorp qui achète 15% du capital de Synlab (qui reste la plus grande entreprise européenne). Donc combien de temps jusqu’à ce que un de ces géants arrive en France?
On fait preuve d’un énorme manque de vision stratégique. Au lieu de faire émerger des champions européens, qui pourrait concurrencer les américains et les chinois, on finira par se faire acheter par eux. On le voit de plus en plus souvent dans d’autres industries, comme récemment Ubisoft par les chinois de Tencent, Opella (filiale de Sanofi) par un fonds américain CD&R.
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Bonjour, ma remarque ne sera pas constructive mais je suis d’accord à 200% avec vous, regardons ce qui se passe avec le Doliprane… Après Labcorp les autres vont suivre c’est certain mais seuls les meilleurs groupes seront rachetés…
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Le problème est aussi la nature de la construction de l’UE : En pratique c’est souvent plus une compétition entre pays que des coopérations. Je pense que l’Allemagne préfère largement une entreprise US qu’une entreprise française qui deviendrait prépondérante dans toute l’UE.
Dans ce cadre il est impossible pour une entreprise française de devenir dominante, sauf à avoir des avantages compétitifs uniques : moteurs pour Safran, « image de marque de luxe » pour LVMH… Pour les laboratoires de biologie tout le monde utilise les mêmes automates des mêmes fournisseurs et en plus la norme 15189 tend à aussi uniformiser les fonctionnements des laboratoires. Aucun labo n’a vraiment d’avantage différenciant par rapport à un autre.
De plus que pourraient apporter les labos français dans d’autres pays ? Les labos brésiliens (Dasa, Hermes Pardini) font depuis longtemps de la biologie industrielle à échelle X10 par rapport à Cerba. Les labos américains sont plus innovant et buisness minded : Labcorp a introduit le DPNI 2 ans avant Cerba qui est juste allé pomper le test aux USA…
Il faut bien voir que la France étant de taille moyenne ne peut pas lutter sur tous les secteurs et devrait se concentrer sur la préservation des actifs stratégiques. Par exemple du paracétamol vendu sous le nom « DOLIPRANE » ce n’est pas stratégique c’est juste une réussite marketing.
Enfin les sympathiques fonds de private equity qui détiennent les labos français ont souvent une part significatives de capitaux étranger comme PAI partner qui voulait récupérer la filiale de sanofi avec les fonds souverains de Singapour et Emiratis : au final c’est la même perte de souveraineté.
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Le problème est que l’UE telle que construite actuellement est une technocratie sans vision politique. Dans le secteur des nouvelles technologies c’est juste dramatique : l’Europe est toute fière d’avoir fait voter le RGPD qui n’a servit à rien : google, facebook and co continuent d’exploiter en masse à des fins commerciales les données des européens et par contre on doit se taper des pages d’accueil pénible à accepter sur chaque site…
Ils ont repondu la même avec l’IA act alors qu’il aurait fallu bosser à 100 % pour faire des champions européens de l’IA au lieu de pondre des normes…
Dans ce domaine aussi on aurait du se concentrer sur faire émerger un réseau social européen, une plate forte de streaming vidéo européeen, un cloud européen..
On n’a même pas réussi à faire un cloud souverain alors qu’avec le cloud act les renseignements américains peuvent espionner tout ce qui transite par leur entreprises. Exemple sur mon Espace Santé qui concentre juste les données de santé de quasiment 100 % des français : On sait que c’est une filiale d’Atos qui héberge sur un cloud mais impossible d’avoir l’information sur la technologie utilisée : on sais juste qu’il ont un énorme partenariat avec Amazon Web Service…
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Tout comme l’offre « Saas sur le cloud » de Dedalus.
« L’avènement du cloud est une évidence, les organisations de santé n’ont eu d’autres choix que de s’y mettre ».
« La souveraineté et la protection des données : une notion complexe », car tout le monde ne s’accorde pas forcément sur sa définition. De leurs discussions avec les clients, les équipes d’AWS ont compris que lorsqu’ils expriment un besoin de souveraineté numérique, les clients souhaitent quatre choses : garder le contrôle et la propriété de leurs données ; choisir leur localisation ; avoir la garantie de la réversibilité, c’est-à-dire avoir la capacité de changer de fournisseur à tout moment ; avoir la possibilité d’utiliser le meilleur de la technologie pour innover et créer de la valeur. Autant de demandes auxquelles répond AWS, assurant que les équipes d’AWS n’ont aucune possibilité d’accéder aux données clients, même lors des opérations de maintenance ou de mise à jour, et que le client a la possibilité de choisir à tout moment la région d’hébergement de ses données. Sur la réversibilité, le cloud est selon lui un atout, car avec cette technologie, « le client n’est pas bloqué par des investissements grâce au paiement à l’usage » alors que hors du cloud, le principal verrou au changement est l’investissement dans les infrastructures…
https://dsih.fr/articles/4716/en-direct-de-santexpo-2022-pour-dedalus-et-ses-partenaires-claranet-et-aws-le-cloud-est-une-transformation-inevitable-pour-les-si-de-sante
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un collègue bien placé chez Sonic Healthcare germany me dit que la société recherche à investir en France et serait en discussion avec un grand groupe, avez-vous des informations à ce sujet ? Sonic pense que le marché est bas actuellement ce qui créer une belle opportunité à long terme puisque les fondamentaux sont solides et que le marché devrait se libéraliser (assouplissement des règles et du financement public après les baisses drastiques)
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Fondamentaux solides => Le problème est que la consommation de soin évolue plus vite que la richesse créée en France, donc la pression à la baisse sur les tarifs de la biologie va continuer.
Assouplissement des règles => Je n’ai vu aucun projet de loi dans ce sens. En France on est plutôt spécialistes de la complexification des règles. On restera toujours sur un domaine hyper réglementé et sur-administré. Exemple sur la simplification de l’accréditation => création de la notion d’examen représentatif (?) par portée et déclaration complexe à faire sur l’ensemble de son activité. Soit une simplification qui complexifie.
Financement public => D’autres baisses sont prévues l’année prochaine et la croissance globale des prochaines années sera au mieux nulle via l’accord triennal. Vu la situation catastrophique des finances publiques ça ne risque pas d’aller dans le bon sens ensuite.
Bref on est pas sur le domaine le plus porteur des prochaines années. Après c’est sûr que si ils rachètent à 35 % du CA comme Labcorp…
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Bonjour, de ce qu’il m’explique c’est quel’analyse se fonde sur des macrotendances lourdes qui sont les fondamentaux : hausse des besoins de santé y compris en biologie, développement de nouveaux marqueurs, glissement progressif du financement vers le privé (on le voit d’ailleurs actuellement avec le projet sur les consultations médicales) car la politique de baisse va atteindre bientôt ses limites, potentiel de synergie restant avec la baisse du nombre d’acteurs d’une part et la possibilité de synergies techniques associées à la fermeture des sites redondants jugés trop proches. C’est une vision sur 10-15 ans. Cela dit je vous rejoins concernant la valorisation je n’ai pas d’idées sur le sujet, pour Synlab il serait intéressant de connaître la dette qui a forcement jouée dans la valorisation
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En général quand on indique au patient qu’une analyse est payante, dans 80-90 % des cas ils demandent à ne pas la payer.
Il me semble d’ailleurs que les contrats des mutuelles obligatoires (ceux fournis pas les employeurs) donc désormais les plus fréquents, sont dits « responsables » et ne remboursement pas la biologie HN. D’ailleurs en France la SS solvabilise de nombreux patients donc en cas de vrai désengagement il y aurait une sacré baisse des volumes.
Pour Synlab les derniers chiffres que je trouve sont un leverage de 2,75 soit très peu. J’imagine que Cerba, Biogrioup et Inovie doivent être quasiment à 3 fois plus…
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Ce qui est désolant c’est que toutes les règles prudentielles prévues par la loi de 2010 ont été allègrement contournées ou vidées de toute substance :
_ Pas de prise de participation dans un labo par les fournisseurs de réactifs : Eurofins utilise des réactifs de PCR fabriqués par une autre filiale
_ Limitation d’un LBM à 3 territoires de santé : contourné par la consolidation nationale des groupes et par des territoires de santé qui ont été tellement agrandis depuis 2010 qu’il n’ont plus de sens
_ Règle n site n bio parfois non respectée, ré interpretée en n bio au capital pour n site
_ Détention de capital majoritaire par les professionnels exerçant contournée par actions de préférence et labo en 5.1
_ Accréditation obligatoire « théorique » qui fait douter de la qualité réelle de la prestation quand on voit le sous effectif et le sous investissement de certains plateaux techniques ainsi que l’éloignement de certains sites de prélèvement
_ Quasi disparition du CNQ
_ Règle du non monopole sur territoire de santé parfois non respecté et peu pertinente par calcul incluant les labos publiques (alors que patientèle differente)
_ Règle d’indépendance des professionnels contournés par le statut précaire TNS avec révocation possible à tout moment
_ Règle de non publicité contournée par activité de communication et de visibilité sur les réseaux sociaux et les médias
_ Pas de parution de règle claire imposant des délais pour les examens urgents
Le tout toujours avec des interprétations border line de la loi
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Est ce que l’on sais pourquoi la réglementation sur le contrôle du capital par les professionnels exerçant semble quasiment respectée à 100 % pour les officines de pharmacie ? Pourtant il existe aussi depuis des dizaines d’années de grandes chaines capitalistiques de pharmacie à l’étranger et aucune n’a réussi de pénétration même minime en France ? Donc à priori quand la puissance publique a de la volonté elle peut faire respecter la réglementation ?
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Tout simplement parce que le capital des pharmacies n’est pas ouvert « en théorie » aux investisseurs extérieurs, contrairement aux SELs de laboratoire (ouverture à 25%). Néanmoins, les financiers peuvent rentrer par les fenêtres lorsque la porte est fermée, notamment via des pratiques « borderline » de prise de participation via des OCA ou BSA à de jeunes pharmaciens désireux de s’installer, et par le biais du « protocole d’accord », le fonds impose au titulaire ses conditions. Avec des subterfuges et subtilités, selon les estimations de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine, 1 à 5 % des titulaires sont actuellement liés à un fonds d’investissement : Aprium (450 pharmacies), Mediprix (220 pharmacies) avec des noms connus comme Ardian, AXA… On retrouve aussi la BPI à la manoeuvre dans le groupe Lafayette.
« Les fonds constituent des réseaux de pharmaciens séniors chargés d’entrer en contact avec des candidats à l’installation. Une fois associé dans la SEL ce pharmacien qui n’investit pas un seul euro, va aiguiller les décisions dans l’intérêt du fonds. Il est là pour rassurer le jeune diplômé », Car des jeunes diplômés, sans expérience et surtout sans moyens financiers suffisants peuvent être tentés par ces solutions « clés en main » face à des prix de transaction dopés. Comme en biologie, la menace vient de l’intérieur.
Lire ici https://www.unpf.eu/actualites/communiques-de-presse/fonds-speculatifs-dans-les-officines-que-fait-on
et
https://www.lequotidiendupharmacien.fr/exercice-pro/financiarisation-la-ligne-rouge-ne-pas-franchir
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Merci à vous pour cet excellent article! J’observe qu’il y a beaucoup de commentaires concernant la fin de la biologie libérale, mais rien sur le LBI, qui prétend être « le dernier rempart de la biologie libérale ». En réalité le LBI ressemble actuellement plutôt à un « panier de crabes », divisé par les luttes internes. Vu l’image actuelle du LBI il y a peu de chance que d’autres structures la rejoignent dans un futur proche.
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Pouvez vous détailler ?
De l’extérieur le principal problème semble être l’hégémonie de Ouilab.
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Il n’y a pas un pacte réel de non-agression entre les membres LBI et pas de cohésion non plus. Parfois les vrais ennemis se trouvent à l’intérieur et pas à l’extérieur (les financiers). Il n’est pas étonnant que aujourd’hui l’image du président LBI et Ouilab, M. Pax, nous rappelle celle de S. Eimer.
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Bonjour, merci pour vos articles qui sont d’une qualité remarquable. Le budget 2025 de l’état vient d’être annoncé avec de nouvelles négociations prévues concernant la biologie, tout en précisant la possibilité de faire des baisses unilatérales. Clairement je pense que c’est le coup de grâce et la fin de toutes les structures indépendantes, de grands groupes vont aussi faire faillite et se revendre à perte… Nous allons vivre en quelques mois plus de bouleversements qu’en quelques années ! bonne soirée
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Si un grand groupe fait défaut sur sa dette je ne vois pas bien qui pourrait venir éponger vu les faibles perspectives du secteur et l’impossibilité de faire des plans sociaux sans impacter rapidement le chiffre d’affaire
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Bonjour. Vu l’habitude en France de faire toujours la comparaison avec l’Allemagne, est-ce qu’il y a une explication pourquoi nos dirigeants n’ont pas été si résolus, comme les allemands, concernant la réforme de la biologie médicale? Pourquoi la classe politique n’a pas eu la même clarté pour la reforme de ce système?
La biologie allemande a été aussi libérale…à une autre époque. La réforme de 1996 a mis fin définitivement à la biologie libérale, en ouvrant la voie à l’industrialisation. Aujourd’hui leur système est 100% industriel, mais il témoigne d’une stabilité, qui n’existe pas en France. 55% du système allemand (pourcentage inchangé depuis 10 années) est détenu par les grands groupes, contrairement à 70-75% en France.
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Stabilité dû à une loi, un meilleur financement, une meilleure visibilité sur l’avenir ? Comment se transmettent les parts de société indépendante ? J’avais connaissance de ce pourcentage mais je n’ai pas les éléments pour l’expliquer. D’autant que leur médecine de ville est par ailleurs dans un processus de financiarisation avancé, qu’ils essayent de limiter maintenant.
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L’économie allemande est de principe moins financiarisée et concentrée que l’économie UK ou FR par exemple avec notamment des marketcap des places financières nettement plus petit pour Francfort alors que l’économie allemande a un PIB bien plus élevé.
Il y a sans doute de très nombreux facteurs culturels et juridiques qui favorisent l’existence et la persistance de grosses PME/ETI familiales en Allemagne (facilité de transmission ?, décentralisation des banques ?, gouvernance familiale encouragée ?).
Au passage cela avait été abordé dans un autre article mais il me semble que les laboratoires allemands ont plus de marges de manoeuvre tarrifaires et moins d’encombrement réglementaires (accréditation 100 % exclusivité mondiale française à priori ?) ce qui est moins en faveur d’un besoin de concentration.
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Dans le même genre il y a la stabilité de part de marché des financiers dans la radiologie aux USA. La particularité de la France c’est un peu de cumuler les défauts des différents systèmes : il y a trop de règles et de barrières réglementaires à l’entrée, empêchant l’existence d’une concurrence de novo et favorisant les monopoles de situation, par contre les structures suffisamment grandes et influentes peuvent allègrement contourner la plupart des règles.
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Bonsoir,
Je constate un certain nombre de déconventionnement et de passage en secteur 3 de médecins généralistes dans mon secteur.
Est ce que quelqu’un à déjà réfléchit à ce genre éventualité pour les laboratoires ?
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Tout le monde y a je pense déjà pensé, en théorie cela semble possible. En pratique, grosse prise de risque économique si le mouvement n’est pas général. D’autant qu’un reconventionnement pourrait être refusé par l’Assurance Maladie avec un délai de « carence » applicable. Personne ne s’y est risqué jusque là, pas meme les cliniques ou les EHPAD qui pourtant sont dans une situation économique pire que la notre. Par contre, la voie des frais additionnels et tarification libre des examens hors contexte de remboursement seraient envisageables par l’AM avec une assurance dépassement pour les AMC?? Il serait tout à fait licite qu’une forfait annuel soit couvert par les AMC pour le risque biologie, le juste retour aux gains de baisses de NABM cumulées et jamais re-répercutées à leurs assurés.
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Félicitations pour cet article d’une qualité exceptionnelle encore une fois. Petit aparté sur ma situation de jeune bio diplômé en 2023 : sitôt sorti avec mon DES en poche et ayant passé la majorité de mon internat à étudier ce secteur si complexe, j’en suis sorti dégoûté et avec la certitude que rien n’irait dans le bon sens pour les années à venir. J’ai donc postulé à une passerelle pour un autre métier de santé dans lequel je m’épanoui non sans amertume pour tous les efforts fournis afin d’aboutir à cette mascarade. Bonne continuation, un fidèle lecteur.
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Bonsoir. Quelle a été votre reconversion par curiosité ?
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Bonjour, je préfère garder ça à ma discrétion mais il s’agit de l’une des 2 autres professions médicales sanctionnées par une thèse 😊.. Bien cordialement
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Merci beaucoup, bonne continuation et merci de continuer à lire VDB 🙂
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bonjour et merci pour votre article. La part mutuelle des consultations médicales devrait augmenter, pensez-vous que nous pourrions assister à la même chose chez les laboratoires et trouver ainsi une porte de sortie ?
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Bonjour, si l’on regarde déjà ce qu’il se passe au niveau de l’augmentation des participations forfaitaires de l’assurance maladie, de 2 euros PAR examen, quand on voit le tarif actuel de la plupart des examens unitaires de routine (1 ou 2 euros), avec plafond à 8 euros (depuis mai 2024 soit antérieur à la dernière baisse de tarification), rapporté au cout moyen d’un dossier (30 euros), on voit que l’Assurance Maladie fait déjà des économies MAJEURES sur la biologie mais poursuit sa politique de baisse de tarif dorénavant uniquement basé sur la surveillance des EBE/CA des laboratoires (avec un objectif de 10%; 8%?). Pour moi, une solution serait de pouvoir facturer des frais de dossier additionnels aux patients, d’envoi des résultats, comme l’anatomopathologie peut le faire, afin de compenser la perte de marge. Mais c’est encore augmenter le reste à charge, alourdir en contrepartie notre gestion de dossier avec le tiers payant généralisé, sans compter les patients se faisant prélever à domicile…
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Il semblerait que de gros laboratoire d’anapath facturent des frais de dossier de près de 15€ soir parfois proche du prix remboursé des analyses. Est ce qu’il y a une interdiction légale pour les LBM de faire ce genre de choses ? En tous cas regardez par exemple les avis Google de Cerbapath à Paris ou l’IHP Paris c’est édifiant et c’est probablement le niveau de qualité réel vers lequel va tendre la biologie.
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Extrait choisi « Je ne sais pas si c’est un labo, un cabinet d’huissiers ou un association de brouteurs mais la seule relation que j’ai eu avec eux se résume à des relances intempestives par courrier et téléphone pour une facture à régler ».
J’ai d’ailleurs moi même été démarché récemment par un gros cabinet de recouvrement national qui est tombé de sa chaise quand je lui ai dit que le recours au contentieux de notre structure était marginal et que je ne connaissais pas par coeur les frais de recouvrement appliqué par dossier… 🙂
Oui, la convention nationale de 1994 indique :
Il est interdit tout dépassement en dehors des cas suivants, dus à une exigence particulière du malade pour convenances personnelles et sans justification médicale ni technique:
– circonstances exceptionnelles de temps ou de lieu (prélèvement à domicile, sur horaire précis, demande expresse de l’intervention d’un préleveur
particulier, demande d’un compte-rendu de résultats en dehors des délais habituels…) ;
– remise d’un troisième compte-rendu ou plus.
Le motif de ce dépassement, qui doit rester exceptionnel, est indiqué sur la feuille d’honoraires d’actes de laboratoire (D.E.).
En cas d’utilisation abusive du D.E., les dossiers des Directeurs de laboratoire pourront être soumis à la Commission Conventionnelle Paritaire Régionale en vue de l’application éventuelle de la procédure de sanctions.
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Ce qui est intéressant c’est que ces 2 laboratoires d’anapath avec Unilabs Pathologie ont un quasi monopole en Ile de France. Ils ont tous des avis clients google catastrophiques sur des centaines d’avis (alors que les laboratoires de biologie ont encore en majorité des notes très correctes) qui ne parlent que de lettres de relances et de résultats non reçus (ils conditionnent notamment l’envoi des résultats au paiement par le patient). J’ai eu plusieurs cas de patientes de mon entourage directement concernée. Cette situation est forcément connue et tolérée par les autorités de santé ? Pourquoi ne font elles rien ?
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Vous avez répondu à la question : pas de concurrence, monopole. Tant que perdurera une offre tierce « indépendante » dans le secteur des LBM, il y aura un risque de perte de patientèle et donc de CA, les groupes ultra financiarisés ont par conséquent un intérêt économique à maintenir une qualité de service concurrentielle. Par ailleurs, l’anatomo pathologie n’est pas soumise à l’accréditation COFRAC. En 2006, la biologie avait eu droit à un rapport IGAS pour dénoncer le manque de qualité dans les petits laboratoires et ouvrir la voie à la réforme Ballereau. L’anatomo-pathologie initialement incluse dans la réforme en a été finalement exclue, grâce apparemment au lobby des médecins spécialistes. Au final, on voit ce que cela a donné. La même chose et la qualité en moins. Quant au fait que les autorités de santé ne font rien. Que pourraient elles faire ? L’Etat ne peut pas tout. Il faudrait une plainte collective à UFC que choisir, cela avait bien fait bougé les lignes des surfacturations dans les cliniques privées….
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Vous parler de la disparition de la règle « n sites n bios ». Il reste 8000 biologistes en activité. Qu’est-ce qui va se passer avec eux? Fermer des sites et rationaliser les plateaux, nous amène dans une situation similaire à celle du système allemand, 100% industriel. Sauf qu’ en Allemagne il y a environ 1200 médecins de laboratoire (équivalent des biologistes). On va parler alors d’un sureffectif de biologistes?
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bonsoir, à mon sens après la fermeture des laboratoires les samedis et les après midi et en l’absence d’évolution de la réglementation (% sous traitance, nombre de territoires de santé occupés…) le levier sera malheureusement les biologistes… soit via une baisse de rémunération soit une baisse du nombre de biologistes via la fermeture de certains sites non rentables ce qui permettra de rester à l’équilibte sur la n site n bio
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La baisse de rémunération elle me semble effective depuis la réforme Ballererau pour les nouveaux entrant qui ont des revenus stables voir orientés à la baisse soit une baisse/stagnation en valeur nominale et une nette baisse en valeur réelle (30 % d’inflation officielle de 2010 à 2024). Ceci sans parler de la dégradation des conditions de travail et de l’intensification du travail.
Je ne suis pas sur que la fin du n site n bio soit si pertinente désormais pour les grands groupes financiers. Encore quelques années de déflation salariale et on aura des professionnels de santé polyvalent et très compétent Bac + 9 à tarif « low cost ». D’autant qu’avec les nombreux départ en retraite le chiffre est orienté à la baisse et le respect de la règle est de toute façon en pratique peu surveillée par les autorités de santé.
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Bonsoir.
Je ne sais pas si certains lecteurs ont connaissance des réflexions des cercles de gens qui dirigent les grands groupes mais je ne comprends pas leur stratégie de moyen / long terme ?
Ils ont pour certains des murs de dette à taux bas qui arrivent en 2026/2027/2028 je ne vois pas comment ils font faire pour rouler ces dettes ? D’autant qu’avec la stagnation des montant remboursés et la hausse des charges leur EBE va mécaniquement se dégrader. L’introduction en bourse est inenvisageable vu les levier d’endettement.
Pour la croissance externe : En France les cibles restantes sont de petites taille par rapport à leur CA et la majorité des gains de productivité liés à la consolidation ont déjà été effectués. En Europe les marchés accessibles sont beaucoup moins larges et moins solvables (type Espagne ou Italie) et les synergies peu évidentes.
Enfin je ne sais pas si une fusion entre eux serait possible vu les monopoles locaux – régionaux que cela engendrerai.
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Plutôt qu’une fusion entre acteurs très endettés, je verrais plutôt une entrée d’investisseurs acceptant d’injecter des capitaux propres et de racheter une partie de cette dette à risque pour entrer au capital de façon stratégique. A moins d’avoir une fortune personnelle doublée d’une certaine dose d’altruisme, il ne s’agira pas des biologistes médicaux en exercice dans ces groupes ni même ceux de LBI qui vont déjà revoir casser la tirelire pour acheter les parts surévaluées des retrayants plus ou moins anticipés. On l’a vu avec Unilabs (holding AP Moller), on le voit avec Synlab récemment (entrée de l’américain Labcorp!! voir mise à jour de l’article correspondant)…. Demain, la biologie médicale française sera sous pavillon international. Mais elle ne coutera pas cher à la France et pour elle, cela semble bien être le principal… D’où je pense la fébrilité autour de la mise en place à marche forcée des conditions nécessaires à l’interception des données de santé générées par nos structures.
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Je viens de voir cette nouvelle incroyable : si je calcule bien Labcorp rentre avec 15 % de capital pour 140 m€ ce qui valorise Synlab à seulement 933 m€ pour 2.6 milliards de CA soit 35 % par rapport au CA !!!! Pour les labos qui ont fait des rachats post-covid à 300 / 400 % de CA ça va faire drôle dans les prochaines années… Il faut se souvenir que l’IPO Synlab s’est faite à 4 milliards d’euros !
En tout cas beau coup de maitre des américains ! Ça m’étonne toutefois car la biologie européenne est très peu rentable par rapport à l’américaine où les tarifs des analyses souvent souvent 5 à 10 fois plus élevés.
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Le marché ne se trompe que rarement, 21 euros l’action au moment de l’IPO en 2021 pour une sortie rachat à 10 euros, la vraie valeur de l’entreprise serait en réalité de 4 / 2 soit 2 milliards (soit 76% du CA,…). 140 millions = 7%. Comme les bénéfices vont être divisés par 2 en France dès l’année prochaine, ils ont payé le vrai prix futur 🙂 et pas le prix du passé comme les conventions l’exigent habituellement. Bien joué effectivement pour mettre le pied dans la porte de la biologie européenne ! Quant aux EBE de Labcorp, ils semblent se situer autour de 18-23%, soit pas si éloignés de nos EBE en pré covid. Dans l’effondrement, ceux qui détiennent le pouvoir et le capital sont toujours les maitres demain…
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Il reste selon le panorama CNOP 5600 pharmaciens et médecins biologistes dans le privé, avec une diminution programmée dans les années à venir. Dans un précédent article https://viedebio.com/2023/10/29/roledubio/, je comparais l’organisation de plusieurs pays, au final, en tenant compte des taches effectuées par d’autres acteurs dans les centres de santé allemands, les ratios n’étaient pas vraiment différents. Le n site n bio a l’avantage de réguler le nombre de sites. L’ajustement s’est déjà fait sur les salaires. Il reste peut être encore un peu de marge, si toutefois les conditions d’exercice ne se dégradent pas trop. Sinon, le risque sera de voir se multiplier les reconversions professionnelles. J’ai du mal à croire à l’avènement d’un autre système avant la prochaine décennie : trop couteux à tout point de vue. Le système actuel est déjà extrêmement efficient. Mais la France rêve d’une médecine suisse avec un budget de pays d’Europe de l’est…
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Si on arrive à des reconversions professionnelles forcées pour des BAC+9/BAC+10, là on est même loin d’Europe de l’est, on arrivera au niveau des pays du tiers monde. Espérons que la classe politique n’a pas perdu la raison.
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« reconversions professionnelles forcées pour des BAC+9/BAC+10 » => Dans mon petit labo sur les 10 dernières années on a eu 2 reconversions vers un autre DES pour des médecins. Et là j’ai l’impression qu’une de nos autres collègue médecin commence aussi à se poser la question.
Ce qui ne m’étonne pas étant donné qu’on lui a proposé à 35 ans dans le privé dans un labo financier un poste à 90 k€ TNS avec 1 samedi sur 2 => sympa pour un diplôme nécessitant 2 concours, 10 ans au total d’études dont 4 de précarité à l’hôpital, une responsabilité dans le travail, sans horaires, sans mutuelle, ni arrêt de travail, ni chômage, ni congé maternité, ni CE, ni intéressement ou participation et retraite minuscule…
=> A contrario je connais pas mal de gens en IDF diplômés « moyens » d’école d’ingé / commerce / ou cursus de fac lambda qui ont des CDI à 30 ans nettement plus intéressant (même salaire + toute la protection sociale du salarié + intéressement et participation significatifs). A mon sens le deal « historique » du libéral (peu de protection sociale et beaucoup de travail mais en échange de très bon revenus) est clairement brisé.
Au passage j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de validations de diplômes étrangers : Sur Legifrance on a avant 2021 chaque année 0 à 12 personnes obtenant l’équivalence par an. Depuis 2021 c’est entre 20 et 58 selon les années soit une hausse très nette. Ceci couplé à la hausse très importante du nombre d’accès à l’internat coté pharmaciens (253 en 2024 versus 120 en 2012) => cela va faire une belle déflation sur les conditions de revenus / conditions de travail.
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Vu l’industrialisation rapide du système, il se pose une vraie question sur ce maintien du nombre de diplômés en biologie médicale. 5600 biologistes dans le privé, c’est pourtant énorme pour un système qui tend à devenir entièrement industriel et qui transforme les laboratoires en simples sites de prélèvement. Pourquoi l’état n’a rien fait pour assurer l’ajustement du nombre de biologistes à la situation réelle du système?
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On peut commenter de deux façons la nécessité de maintenir l’effectif actuel de biologistes médicaux :
– Respect de la loi : un biologiste doit pouvoir intervenir sur chacun des sites et en est légalement responsable. Certains groupes ont tenté de remplacer le biologiste par un niveau cadre manager (dont le diplôme spécifique n’existe pas !), échec complet, les biologistes ont dû revenir.
– Validation des dossiers : si l’on part du principe que nous pouvons sous-traiter/déléguer toutes les tâches qui entraient jusque la dans nos prérogatives, sauf celui entrant dans le périmètre de la validation biologique, nous allons tous finir par passer à mi temps, qui est finalement le compromis coût/penibilité le plus acceptable. Valider de façon fiable et pertinente à la chaine toute la journée avec les outils dont nous disposons actuellement est complètement abrutissant, il faut bien le dire…
Tout cela pour dire que mathématiquement, le n bio n site est conforme au niveau de qualité exigé en France.
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pour Biogroup c’est exactement ce qui va se passer en janvier 2025 : suppression de 5 biologistes en région paca, fermeture de la plupart des laboratoires l’après midi , fermeture totale pour certains petits laboratoires.
plus aucun renouvellement des salariés partants… on ne sais pas encore pour les plateaux techniques s’il y aura aussi une restructuration.
Cela ne laisse rien présager de bon pour les salariés, encore moins pour les biologistes TNS minoritaires…
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« Suppression de 5 biologistes » : Rupture des contrat TNS ou départs négociés ?
Que vont faire les autres bios sur les sites pré post l’après midi ? Passage à mi-temps ?
Ce qui est terrible c’est que dans le même temps la section G de l’ordre des pharmaciens est super heureuse d’avoir obtenue une augmentation significative du nombre de poste de bio med ouvert à l’internat de pharmacie…
« Non renouvellement des salariés partant » : Ca va forcément entrainer des pertes de CA (si site pré post) ou de la dégradation de service (si plateau technique) ?
Au passage Biogroup n’arrive pas à se deleveragé et reste > 8 fois l’EBE pour 2025 comme depuis 2020 :
https://www.fitchratings.com/research/corporate-finance/fitch-affirms-laboratoire-eimer-selas-at-b-outlook-negative-21-10-2024
C’est à dire qu’en bourse l’action ne tiendrait pas 24 heure et serait tout de suite retiré de la cotation tellement elle serait shorté.
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Est-ce que cela veut dire que l’Ordre des Pharmaciens fonctionne dans une réalité parallèle? D’un côté on ferme des labos sous les contraintes économiques, de l’autre côté l’Ordre a insisté pour l’augmentation des postes en biologie médicale.
L’industrialisation de la biologie médicale a commencé dans les années 70 aux Etats-Unis (création du Labcorp en 1978). Donc le contexte industriel date depuis fort longtemps. Il n’est pas tout à fait étonnant ce qui nous arrive aujourd’hui, la France développant un système de biologie médicale presque parallèle au monde réelle. Est-ce que c’est seulement l’Etat qui n’a pas voulu se rendre à l’évidence et industrialiser le système à temps? Ou bien les Ordres des pharmaciens et des médecins ont leur rôle là-dedans?
De toute façon l’image de la France sera encore plus catastrophique avec des médecins et pharmaciens licenciés en masse.
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voilà un article du journal international de la medecine pour les dernières nouvelles :
https://www.jim.fr/viewarticle/biologie-m%C3%A9dicale-y-aura-t-il-labo-ouvert-%C3%A0-2024a1000jzb?ecd=wnl_all_241105_jim_biologie_
on attend bientôt la confirmation de la part de la direction de Biogroup.
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Merci pour cet article de qualité. Les grands groupes sont en train de s’organiser pour fermer massivement les sites l’après-midi voir le samedi matin. En parallèle ils réfléchissent collectivement à diminuer par deux le nombre de laboratoires notamment dans les grandes villes oú le maillage des laboratoires est relativement élevé (gains sur l’immobilier, les salaires, les biologistes…). Après la concentration des plateaux ils vont concentrer les sites périphériques, les patients devront faire plus de km pour aller au laboratoire et les IDEL auront plus de travail. Les plus petits groupes indépendants n’auront pas cette marge de manœuvre et vont mourir à petit feu.
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Bonjour, merci pour votre commentaire. Il est en effet indéniable que nous allons vers une réorganisation massive du secteur, qui va sans doute faire disparaitre le sans rendez vous et/ou tenter de pousser l’externalisation patient de la partie administrative. La disparition des plus petits groupes indépendants, dont les bilans étaient déjà très affectés au sortir de la crise Covid (moins de 5% de résultat net pour un CA < 5M d'euros), seront inévitablement déficitaires l'année prochaine…
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Merci pour cet excellent article
Quelques remarques :
_ Les « grands groupes » de laboratoire ont réalisés des guérillas juridiques pour arriver à leur fin lors de leurs opérations de prise de contrôles des laboratoires notamment contre les ARS, les syndicats et les ordres jusqu’à aller vers les juridictions européennes. Curieusement ils semblent particulièrement passifs face à la brutalité de la CNAM ? Il y aurait pourtant sans doute des angles d’attaque ? Est-ce une stratégie ? Pensent t’ils tirer parti encore de la baisse de la NABM ? Car cela pouvait être intéressant lorsqu’il restait encore quelques indépendants pour les fragiliser et les racheter mais ce n’est plus le cas ?
_ Plus globalement je ne comprends pas la stratégie de moyen terme des grands groupes ? Ils ne semblent pas incarnés non plus par des directions fortes ? On ne les entend pas beaucoup ?
_ L’une des conséquences de la formation de grand groupes devrait être d’avoir un intense pouvoir de lobbying, cela ne semble pas être le cas ?
_ Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de secteur 2 en biologie ? Est-ce qu’il y a une interdiction légale ? C’est à mon avis ce qui explique les efforts bien moindre d’économie sur la radiologique car toute baisse de cotation risque d’entrainer une hausse des dépassements et un impact sur le reste à charge des patients et sur l’augmentation de la cotisation de leur mutuelle.
_ quand j’ai commencé mes études de pharmacie au milieu des années 2000, la pharmacie d’officine semblait être très menacée en particulier par Leclerc qui réalisait des publicités politiques à l’époque pour obtenir la possibilité de vendre des médicaments. Depuis force est de constater que les pharmaciens d’officine ont obtenus pas mal de nouvelles missions (dont les ventes et réalisation d’auto tests !) et surtout avec un modèle économique associé. Pourquoi depuis 15 ans ce n’est pas le cas des biologistes ? Les rares choses concédées n’ont pas de cotation à ma connaissance (ex : contrôle d’un appareil d’automesure INR qu’on fait chez nous). Est-ce que les syndicats d’officinaux sont beaucoup plus puissant ou ceux des biologistes trop faibles ?
_ Je ne comprends pas non plus la stratégie des syndicats de biologistes. Défendre surtout les cotations de NABM avait un sens il y a 20 ans quand 90 % des intérêts financiers de la biologie étaient aux mains des biologiques. A ce jour c’est sans doute moins de 25 % du capital des laboratoires qui est détenue par des biologistes : quel intérêt dans ce cas de concentrer son combat sur des cotations d’actes qui ne sont pas touchées directement par les adhérents ? Pourquoi pas d’accord avec les groupes sur les conditions de travail et de rémunération des biologistes ? Cela devrait en toute logique désormais être le travail prioritaire d’un syndicat de biologiste libéraux ? Par ailleurs les grèves sont faites au nom des biologistes mais défendent principalement les intérêts financiers des groupes en dégradant l’image grand public des biologistes ; pourquoi cela ne sert pas de levier à des négociations face aux groupes ?
_ Pour les cas du CHU je pense que vous exagérer la différence de productivité qui existe sans doute mais n’est pas du simple au triple à isopérimètre. Les CHU c’est plus de permanence de soin, de la recherche, des publications, des cas très lourd pris en charge (60 bilans tous les matins de réa c’est des gros dossiers avec pleins de redilutions), des examens spécialisés à faible volume et HN, un catalogue d’examen plus large, des internes à former…
_ Avez la biologie la SS à vraiment réaliser un coup de maitre : favoriser la financiarisation pour baisser les couts mais sans effet inflationniste. A contratio la SS est intervenue très vite sur la financiarisation des centres d’ophtalmologie et des dentistes => cela faisait déraper le nombre d’actes / praticien / an et donc le cout total pour la SS.
_ Au passage depuis 15 ans il y a aussi une sacré complexification des règles administratives (NABM qui a eu autant de version entre 1990 et 2017 que sur les 7 dernières années, ajout de NABM systématiquement associées à des conditions complexes, parcours de DPC, accréditation avec les changements régulier de version de norme…).
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Bonjour, merci pour votre commentaire.
Concernant les grands groupes, l’autorité de la concurrence a effectué mi mars 2024 des perquisitions dans les sièges sociaux de plusieurs grands groupes de laboratoire afin d’alimenter son enquête sur des présumées pratiques anticoncurrentielles dans le secteur, autant dire que cela a du refroidir leurs éventuels plans.
Pour avoir un levier de lobbying, il faut beaucoup de moyens financiers, pouvoir proposer des postes à des acteurs politiques : le secteur n’en a pas, car il a été trop vite essoré par ses engagements financiers.
Il n’y a pas de secteur 2 en biologie médicale car la convention historique signée et reconduite tacitement ne le prévoit pas.
Oui, les syndicats d’officinaux sont plus puissants car ils représentent beaucoup plus de professionnels. Leurs positions nationales comme service de santé de 1er recours les protège mais néanmoins, ils restent menacés à moyen terme. La biologie médicale n’a pas su s’emparer à temps de nouvelles missions, mais nous ne pouvions pas être partout (restructuration, accréditation).
Oui, la mission d’un syndicat de biologistes médicaux est de défendre les professionnels, qui sont payés par les groupes. Il parait en ce sens plutot judicieux de défendre la survie économique des laboratoires. Néanmoins, un jour, nous verrons peut etre des grèves de biologistes au sein des groupes…
J’ai bien conscience que l’activité n’est pas exactement la même mais un facteur 3 ou même 2 parait en complète inadéquation avec les efforts qui nous sont parallèlement demandés en libéral. Il y a une énorme crise de recrutement dans le secteur libéral avec une fuite toujours possible et parfaitement compréhensible vers le secteur public, qui est illogique et osons le dire scandaleux au vu du déficit énorme de celui ci. Je ne vois pas de prise de position claire et solidaire du secteur public, au contraire, de nombreux laboratoires ont été réquisitionnés pendant la grève de 4 jours car le secteur public a refusé de prendre leur activité d’urgence. Ce qui se dit en off du secteur libéral dans le public est d’ailleurs assez désolant.
Au total, la crise est installée et il est vraiment temps de faire preuve d’intelligence collective pour gagner ce bras de fer et sauver ce qui peut l’être.
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Effectivement il faudrait peut être changer l’angle de négociation, un secteur 2 pourrait être une vrais bouffée d’oxygène pour la biologie (même si malheureusement cela augmenterait encore les restes à charge pour les patients).
Pour la position des syndicats de biologie libéraux je trouve ça vraiment aberrant que 95 % de leur combat soit sur la lutte contre les baisses de cotation et jamais sur l’amélioration des conditions de travail / rémunération de leur adhérents qui sans doute à au moins 85 % n’ont pas d’intérêt financier direct dans les labos. C’est comme si un syndicat de pharmaciens adjoints en officine passait son temps à discuter avec le ministère des prix et marges des médicaments mais ne discutait jamais avec les syndicats de titulaires.
Pour la fuite vers le public c’est ce que j’ai constaté avec de nombreux ancien co-internes qui après avoir passés beaucoup d’années dans le privé en sont partis écœurés et ont trouvés des postes dans le public (est ce que ça explique une partie des hausses d’effectifs ? Car il y avait beaucoup de postes non pourvus).
Pour la non solidarité malheureusement les PH n’ont aucun lien direct entre la cotation des actes (et en plus la biologie n’est pas facturée au B mais théoriquement intégré forfaitairement dans les cotations des séjours hospitaliers) et leur rémunération donc ça n’est pas étonnant en plus du statut qui rend un titulaire PH indéboulonnable.
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« La biologie médicale n’a pas su s’emparer à temps de nouvelles missions ». Je suis tout à fait d’accord avec vous. Je connais la résistance de nos confrères pour les « nouvelles missions », qui se prévalent de leur rôle technique et refusent aussi plus de médicalisation pour notre métier. Après, on verra bien si, d’ici vingt années, avec une automatisation plus avancée, les biologistes peuvent réclamer de la même façon la responsabilité sur un plateau technique. N’oublions pas qu’il y a des plateau techniques au Japon, où il n’y a aucun responsable technique présent, à part le SAV qui y intervient. Si on veut garder la cohérence de notre métier, il faudra faire des compromis, y compris accepter plus de médicalisation et plus d’interventions auprès des prescripteurs et des patients.
En Allemagne, le médecin de laboratoire (biologiste allemand) est la deuxième spécialité médicale qui reçoit le plus d’appels téléphoniques (après les médecins généralistes). Je doute que ce soit le même cas pour les biologistes français.
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bravo pour cet article remarquable comme d’habitude nous sommes en effet sur la fin d’un modèle de grands bouleversements sont à venir
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Ton juste et remarquablement écrit, comme d’habitude !
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Merci beaucoup
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Merci pour cet excellent article qui mérite d’être mis en avant auprès de nos syndicats et tutelles !
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Merci pour votre travail qui mérite d’être mis en lumière en cette période sombre pour la profession.
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Tout est dit…la biologie médicale privée va mourrir à petit feu et le métier de biologiste va disparaître car il n’est plus du tout attractif pour les jeunes. De toute façon, la France ne forme plus de médecins, elle préfère faire venir de la main d’ouvre étrangère à moindre coût.
La gestion de l’hôpital est scandaleuse..on entend ici ou là que l’hôpital n’a plus d’argent mais si on gérait nos labos comme est géré l’hôpital, ça ferait longtemps qu’on aurait mis la clé sous la porte !
Désolant.
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Encore une fois, un article remarquable, factuel et bien documenté. Votre connaissance approfondie du secteur et votre vision large suffisent à me convaincre de l’absolue nécessité que vous sortiez de l’ombre pour représenter la profession 🙂
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Une fois encore, un grand bravo pour ce travail qualitatif. Si vous étiez notre porte-parole, nous ne serions probablement pas dans cette situation…
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Merci pour vos posts toujours aussi bien documentés et synthétiques.
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