Après une longue période sans nouvelle publication, crise Covid oblige, l’heure est enfin venue de faire un point sur l’actualité des laboratoires de biologie médicale (qui sera amené à être régulièrement mis à jour sous forme d’édit, en fonction de l’actualité de la profession).

En conséquence, le modèle des groupes financiarisés de laboratoires fondant leur modèle de croissance sur les fusions acquisitions via la levée continue de dette LBO continue de prospérer. Refinancement à coup de milliards, entrée en bourse, rien ne semble pouvoir tempérer et stabiliser la course effrénée des rachats depuis les années 2000, dans une fuite en avant permise et accélérée par la levée de dette facile. D’autant que la manne des tests Covid est quasi providentielle. Alors qu’on prévoyait un tassement du niveau de valorisation des parts de laboratoire, ils n’ont jamais été si élevés au sein de ce secteur en voie de consolidation finale.

Pour celles et ceux qui prendraient le train en marche, le nombre total de sociétés exploitant des laboratoires de biologie médicale est ainsi passé de 5 000 en 2008 à environ 400 aujourd’hui. Financée par l’arrivée de fonds d’investissements (PAI, Cinven, Partners, PSP,…) constituant un environnement financier très favorable et la nécessité imposée de maitrise des dépenses de santé, cette consolidation à marche forcée se traduit par l’émergence d’importants groupes tels que Biogroup, Cerba, Inovie, Synlab, Eurofins… dont les chiffres d’affaires annuels dépassent allègrement les 200 M€ pour tutoyer le milliard, et dans lesquels les biologistes médicaux ne sont plus les actionnaires majoritaires.

Aujourd’hui, 40 % du marché est entre les mains de trois acteurs : Biogroup, Cerba et Inovie. Puis viennent Synlab, Unilabs ou Eurofins, qui sont des laboratoires généralistes dont les activités de santé humaine ne représentent qu’une partie du chiffre d’affaires.

Fin 2021, les laboratoires encore indépendants représentent encore 30 à 35% du marché.
Refinancement de dette représentant plusieurs années de chiffre d’affaires cumulée pour le secteur, entrée en bourse, en l’espace d’un an et demi de crise sanitaire, quelles ont été les grandes évolutions des groupes de biologie médicale privée, les tendances actuelles en matière de consolidation et refinancement, la place que peuvent espérer conserver les indépendants libéraux, c’est ce que nous allons tenter de passer en revue et suivre au cours du temps dans cet article de viedebio.

BIOGROUP


Nous l’évoquions il y a plus d’un an, la croissance externe de Biogroup se confirme comme exponentielle. En effet, en l’espace de 4 ans, le groupe est passé de 215 millions de CA à 1.3 milliard de CA en 2020 pour un total de 742 sites de laboratoires / 870 biologistes.
Pour financer sa croissance externe et ses acquisitions, Biogroup-LCD avait jusqu’en 2018 privilégié le recours à l’effet de levier auprès de fonds d’investissement (voir les précédents articles du blog pour plus de détails). Mais son endettement global déjà très élevé de 6.5 x EBE (5.5 x EBE sur la seule dette sénior) l’avait conduit à privilégier un partenaire de plus long terme, renforçant par la même occasion les fonds propres de son groupe.
Fin 2018, le groupe avait donc levé 180 millions d’euros à l’issue d’une augmentation de capital pour la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) permettant au dirigeant-fondateur du groupe, Stéphane Eimer, de rester l’actionnaire majoritaire et ainsi de conserver, au côté de quelques collaborateurs associés, sa position de contrôle à l’issue de l’opération à la tête d’un CA de 400 millions d’euros.
Pour alimenter ses importants besoins de financement, Biogroup avait eu recours fin 2019 à un nouvel add-on de 240 millions d’€ sur son financement Term Loan B.
Ces liquidités et le soutien du pool d’obligataires composé de CDPQ, ActoMezz et EMZ s’avérait de toute évidence insuffisant, puisqu’en début d’année 2021, Biogroup a levé sur les marchés financiers dans la quasi indifférence générale la somme astronomique de 2,8 milliards d’euros.
Rapporté au chiffre d’affaires annuel 2020 de Biogroup (1.3 milliard d’euros), la somme peut sembler pharaonique mais elle est finalement assez logique puisque Biogroup a besoin de refinancer son endettement existant (estimé entre 1.5 et 2 milliards d’euros).

Dans le détail, l’emprunt de Biogroup se décompose en deux prêts.

  1. une émission de 800 millions d’euros d’obligations à haut rendement séniors sécurisées de maturité février 2028 et assorties d’un taux d’intérêt fixe de 3,375 % et une émission d’un montant en principal de 250 millions d’euros d’obligations à haut rendement séniors de maturité février 2029 et assorties d’un taux d’intérêt fixe de 5%.
    Cette dette est différente des dettes précédemment levées par Biogroup car elle représente sa première émission d’obligations à haut rendement. Elle a été levée auprès de fonds spécialisés dans le leveraged loans et high yield. Leurs caractéristiques sont le remboursement régulier (et non in fine comme précédemment) à coupon relativement élevé au regard de l’environnement de taux bas actuel. En conséquence, la charge des seuls intérêts de cette seule partie de dette représente déjà 40 millions d’euros annuel… Le point commun de ces financements « high yield » est qu’ils intéressent des entreprises de notation « speculative grade » (< BBB- sur l’échelle de Standard & Poor’s) c’est-à-dire des entreprises « risquées », fragilisées financièrement du fait de leur niveau d’endettement.
  2. un nouveau contrat de prêt senior term loan B dont le capital n’est dû qu’à terme (7 ans, janvier 2028) souscrit par des investisseurs institutionnels dans le cadre d’opérations à fort effet de levier pour un montant de 1.721 milliard d’euros. Il est composé d’un montant en principal de 1 450 millions d’euros avec une maturité de sept ans et d’une ligne de crédit renouvelable d’un montant maximum en principal de 271 millions d’euros avec une maturité de 6,5 ans. Cette dette a été levée sans covenant (ne peut être remboursée par anticipation en cas de dégradation des ratios financiers).

Dans son rapport de notation, Moody’s explique que depuis 2017, Biogroup a dépensé 3 milliards d’euros dans des acquisitions de laboratoires sur des valeurs de 10 à 12 fois l’EBE…à titre comparatif, lorsqu’une vente entre associés personnes physiques limitées par leur emprunt bancaire sur 10 ans, la valeur se situe généralement dans une fourchette comprise entre 4 et 7 fois l’EBE.

L’effet de levier ou la dette in fine

Environ 70% des moyens consacrés par le groupe dans les fusions/acquisitions ont été financés par l’effet de levier. Généralement, les acquisitions les plus importantes sont financées par une combinaison de nouvelles dettes, de trésorerie et de fonds propres sur un rythme de croisière de 800 millions par an.

Depuis 2017, Biogroup a successivement absorbé BioParis Ouest (35 M€ de chiffre d’affaires), LCD (75 M€), Bioesterel (80 M€), Unilians (31 M€) et Les Laboratoires Associés (15 M€). 1.5 milliard d’euros a été mobilisé sur la seule année 2020, où Biogroup a signé en particulier plusieurs opérations majeures, avec Laborizon (100 laboratoires dans l’Ouest) selon Capital Finance, l’opération représenterait un montant compris entre 450 et 500 M€, soit plus de 10 fois l’Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements), Dyomedea-Neolab (groupe lyonnais de 42 laboratoires), Biomélis, Réseau Bio et Sèvre Biologie (14 laboratoires en pays de la Loire), Biosaga (Val d’Oise et Yvelines).

Cette frénésie de rachats du « boulimique PDG » comme se plait à décrire S. Eimer la presse spécialisée, s’apparente à une course de vitesse, au point que l’Autorité de la Concurrence, pourtant encline à la concentration et l’industrialisation du secteur de la biologie médicale, est à la peine pour valider certaines nouvelles cartographies, obligeant l’acquéreur à céder 7 laboratoires à Lyon et dans son agglomération et 3 sites très proches dans la campagne vendéenne, dont le choix peut laisser perplexe, ignorant les positions les plus dominantes dans des grandes villes à proximité.

Edit de 09/2021 :

L’Autorité de la concurrence a donné son feu vert fin juillet au groupe de laboratoires d’analyses médicales Biogroup pour racheter son homologue Oriade-Noviale près de Grenoble (CA de 100 M€, 55 sites, 3 plateaux techniques), à condition de céder huit de ses sites. Quatre se trouvent en Haute-Savoie, deux dans l’Isère et deux dans le Rhône. L’Autorité a considéré « qu’il existait de sérieux risques d’atteinte à la concurrence sur le marché des examens de biologie médicale de routine » dans ces départements. Avec ce rachat, Biogroup, qui dispose déjà de plus de 700 sites d’analyses médicales en France, en acquiert 47 de plus.

Edit de 10/2021 :

Biogroup annonce le rachat des laboratoires Biocéliande, Biolam, Laborizon Bretagne et Réseau Bio au sein d’une nouvelle entité fusionnée conservant le nom de Laborizon Bretagne dirigé par Jean-Baptiste Defaux, pharmacien biologiste à Nantes. Celle-ci compte 47 sites répartis sur 4 départements (Côtes-d’Armor, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique et Morbihan) détenus par 51 biologistes et 460 collaborateurs pour la prise en charge de 6500 patients par jour. Désormais, les équipes disposent de 2 plateaux techniques (Noyal, en périphérie de Rennes, et Saint-Nazaire), de 2 plateaux techniques d’urgence (Clinique de l’Europe et Redon) et de 3 plateaux techniques secondaires (Plancoët, Ploërmel et Fougères). Ce rapprochement permet d’ouvrir trois nouveaux laboratoires, deux en Loire-Atlantique à Châteaubriant et Vertou, et un à Saint-Grégoire en Ille-et-Vilaine, ainsi que la création d’un nouveau plateau technique de près de 2 000 m² à Carquefou (communiqué de presse).

Edit de 11/2021 :

Biogroup fait l’acquisition du laboratoire jurassien Medilys, 7 sites et réalisant un chiffre d’affaires de plus de 23 M€ en 2020. Sans surprise, 4 biologistes sur les 6 associés ont plus de 60 ans.

Edit de 05/2022

Biogroup procède à l‘acquisition du groupe DiagnoVie dans les Hauts-de-France, 27 sites de prélèvement et 3 plateaux techniques, pour un CA de plus de 50 millions d’euros en 2020 et une ouverture du capital de Biogroup à 30 biologistes associés. Cette acquisition est réalisée sur fonds propres. DiagnoVie était le fruit du rapprochement en 2018 de Nord Biologie et Bioflandres.

L’expansion de Biogroup à l’international

Une alliance capitalistique avec un partenaire belge

2021 aura été l’année marquant la volonté de Biogroup de renforcer sa position au sein de l’offre de biologie en Europe et de nature à renforcer les fonds propres de l’entreprise, dans des contrées où l’évolution du prix des actes possède peut etre aussi de meilleures perspectives…

En 1er lieu, le rapprochement avec le groupe CMA Medina en Belgique en partie financé par de la dette (nouvelle extension de son term-loan B, à hauteur de 536 M€, lors d’une émission menée sur le marché et une ligne de second-lien augmentée de 118 M€). Ce groupe de 8 laboratoires et 25 centres de prélèvement pour un chiffre d’affaires de plus de 165 M€, représentant une part de marché proche de 25 % sur un échiquier national déjà largement consolidé en Belgique où le groupe possédé par la famille De Raedt-Verheyden, est déjà en concurrence avec des acteurs du calibre de Synlab, de Cerba et de l’australien Sonic Healthcare. A l’issue de cette opération et de la prise de participation minoritaire d’un nouveau fond (ICG) au capital de la société Biogroup, le contrôle majoritaire de celle-ci sera aux mains de Stéphane Eimer et de la famille De Raedt-Verheyden.

Biogroup a par ailleurs acquis en juillet 2021 le groupe Laboratoires Réunis Luxembourg S.A., entreprise privée fondée en 1959 qui emploie environ 260 personnes et compte plus de 60 centres de prise de sang au GrandDuché. Les Laboratoires Réunis restent sous une direction luxembourgeoise et continueront d’opérer sous la même enseigne.

Par ailleurs, Biogroup a racheté 80% du groupe Cerba Internacional. Cerba Internacional, acteur dans le domaine des tests médicaux spécialisés en laboratoire en Espagne, ayant généré 30 M€ de chiffre d’affaires hors Covid. Le groupe est également actif au Portugal et en Pologne. Leur fondateur et actionnaire, Marcelo Weisz, un ancien d’Unilabs, a réinvesti à l’occasion une part importante de sa participation dans le groupe à hauteur de 20% du capital.

Biogroup s’est également associé avec le groupe Analiza en Espagne, devenant ainsi le second acteur dans le domaine de la biologie médicale en Espagne. Fondé en 2011, Analiza (417 sites) également codétenu par Marcelo Weisz et le groupe d’assurance Asisa, opère dans le domaine de la biologie médicale mais aussi de l’anatomo-pathologie et de l’imagerie médicale. Le groupe vient également d’entrer sur le marché suisse et sur le marché brésilien, tous deux en 2019, puis sur le marché portugais en 2021. Le groupe d’assurance Asisa a su résister au Eimer Power et conserve tout de même une part de 50% dans le groupe…

L’entité Biogroup compte donc désormais plus de 900 sites en France pour un CA estimé à 1.3 milliards en 2021 (versus 950 millions en 2020).

La success story Biogroup intrigue par sa rapidité de croissance, la combinaison dette LBO associée à la possibilité pour les biologistes associés de réinvestir en capital significativement dans le groupe étant visiblement concurrentielle, avec une ouverture vers l’international, dans la mesure où ce modèle de croissance par la dette nécessite d’être exponentiel pour rester viable sur le plan financier, dans la mesure où la tarification des ventes (analyses) fait l’objet d’une convention et n’est pas révisable à la hausse.

L’agence de notation Fitch livre une analyse approfondie en 01/2021 et 11/2021 de la solvabilité de la société, dans sa stratégie de fusions/acquisition financée par la dette avec un effet de levier décrit comme « agressif » (8X EBE brut jusqu’en 2025). Un effet de levier oscillant entre 5.7 en 2021 (activité Covid exceptionnelle) jusqu’à 10.6 …. en 2022, du fait de la fiscalité élevée des revenus de 2021, de rémunérations exceptionnelles des associés (hors dividende annoncé comme nul jusqu’en 2025) et primes aux salariés… avec parallèlement une chute prévisible du volume en tests PCR et une renégociation de l’enveloppe de remboursement par l’Assurance Maladie pour fin 2022. Le dernier bulletin de l’agence Fitch de novembre 2021 dégradait à CCC+ la note de la dette de 250 millions d’euros d’obligations à haut rendement 5% bond, avec un maintien à B/B+ des autres types de dette sécurisées ou institutionnelles. Dans un contexte d’inflation galopante (non répercutable) et de risque de remontée brutale des taux avec un désengagement prévisible des partenaires bancaires dans le refinancement de la dette risquée, la notation révisée de la dette 2022 de Biogroup pourrait s’annoncer plus défavorable.

Edit 06/2022

Mercredi 22 juin 2022, la presse annonce le décès par défenestration du président de la société Biogroup, M. Stéphane Eimer, 52 ans. Une enquête policière sur les circonstances exactes de ce drame est en cours, laissant entrevoir un probable suicide, du fait d’une lettre mentionnant notamment une situation conflictuelle avec son épouse, pharmacienne biologiste également.

Un nouveau cygne noir dans le paysage déjà bien complexe de la biologie médicale.

Biogroup a annoncé dans un communiqué le 29/06/2022 la nomination de l’épouse du fondateur Mme Isabelle Eimer, à la présidence du groupe, détenu majoritairement par les familles Eimer et De Raedt-Verheyden (laboratoire CMA-Medina), pour en assurer la présidence et la direction. Isabelle Eimer pourra s’appuyer sur l’équipe de direction emmenée par le directeur général adjoint, Prosper Attias.

Biogroup est une société solide qui connaît un développement ambitieux et une performance exceptionnelle. Je souhaite préserver notre culture entrepreneuriale et familiale forte qui fait de Biogroup une entreprise en forte progression, implantée en France comme en Europe et riche de son collectif de biologistes pour le plus grand bénéfice des patients et de la santé.

Isabelle Eimer le 29/06/2022

Le communiqué précise par ailleurs que Biogroup s’assurera de faire évoluer la direction du groupe afin que celle-ci puisse poursuivre son développement comme leader européen de la biologie médicale. L’agence Fitch accueille favorablement cette nomination (communiqué du 18/07/22), ne remettant pas en question la politique de croissance externe de la société Biogroup.

Edit 09/2023

Dorénavant très peu « médiatisés », les rachats se sont activement poursuivis sur ces deux dernières années puisque Bio86 (Poitiers), CBM25 (Besançon), Mirialis (Ain/Haute Savoie), Alphabio (Bouches du Rhone), Bio-Santis (Vaucluse/Gard) ont rejoint en toute discrétion l’entité Biogroup.

Biogroup se remet lentement du décès de son PDG Stephane Eimer survenu le 22 juin 2022, et cherche à reconstituer une équipe de direction, après le départ récent de plusieurs cadres clés, dont le directeur général adjoint Prosper Attias. Le Dr Isabelle Eimer, veuve et PDG par interim « n’a pas vocation à assumer un rôle opérationnel de direction pendant dix ans », selon les déclarations de la société. Du coté des actionnaires, la Caisse de Dépôts et Placements du Québec (CDPQ), détentrice de 35% des droits financiers, avec un investissement de 150 millions d’euros en 2018, serait pressé de céder ses parts mais le marché des LBO n’est comme chacun sait, pas très propice en 2023. Les deux autres fonds, le français EMZ (2015) et le britannique ICG (2020), semblent un peu plus patients, sans pour autant être prêts à rester indéfiniment. Autre difficulté, le testament du défunt PDG, détenteur de 38% des droits financiers de Biogroup, compliquerait la succession dont il faudra bien assumer les frais. D’autant que lorsque l’embellie reviendra, les actionnaires financiers pourraient souhaiter tous sortir en même temps. Quid du ou des nouveaux investisseurs et de la direction actuelle ? Concernant l’aspect financier, fin de la crise Covid oblige, le CA de Biogroup atterrit à fin mars 2023, sur les douze mois précédents, à 550 millions d’euros avec en 2021, une dette accumulée de 2,8 milliards d’euros de créances, avec des échéances à terme encore lointaine, entre 2027 et 2029.

Edit 11/2023

Le Dr. Isabelle Eimer, pdg de Biogroup, a annoncé la nomination de Frédéric Dauche à la direction générale du groupe à compter du 6 novembre 2023 : Frédéric Dauche, 51 ans, diplômé de l’INSEEC, a été successivement DG chez Sephora, puis chez Morgan Europe, puis de Rinascente-Upim (haut de gamme textile et équipement italien), puis de GrandVision (Grand Optical et Générale d’Optique). Il vient remplacer une équipe de direction qui a quitté progressivement l’entreprise depuis le décès de S. Eimer. Avec pour objectif “après plusieurs années d’une croissance externe”, d’engager Biogroup “dans une stratégie de consolidation de ses appuis tant en France qu’en Europe“. Sans doute aussi dans la poursuite d’intégration d’entreprises et dans le développement à l’international, appelé à devenir le moteur de la croissance des groupes au vu des pessimistes perspectives françaises prévoyant une nouvelle baisse d’un centime du B (0.25 à 0.24), à partir du 01/01/2024 afin de faire face à l’engagement de régulation prix/volume.

INOVIE, l’indépendance c’est fini, la croissance en mode accélérée


C’est une décision qui aura finalement peu secoué le petit monde devenu impassible de la biologie médicale. Se revendiquant 1er groupe libéral de biologistes médicaux, le groupe Inovie, implanté à Montpellier, a lui aussi cédé aux sirènes de la financiarisation en ouvrant début 2021 son capital au fonds d’investissement français Ardian, ex AXA Private Equity qui devient actionnaire majoritaire avec 60% de capital de la structure via cette opération sans grande originalité… de LBO avec effet de levier.
Ardian, ex AXA private Equity, spécialiste de l’investissement dans les sociétés non côtées, est l’un des géants du secteur avec plus de 100 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Elle compte plus de 1000 investisseurs : investisseurs institutionnels, fonds de fonds, agences gouvernementales, fonds souverains, family offices, fonds de pension ou compagnies d’assurance et se concentre sur cinq piliers d’investissements : fonds de fonds, fonds direct, infrastructure, Private Debt et Real Estate.

Il serait tentant de se réconforter par la nationalité française du fond rachetant une société tirant ses ressources de l’Assurance Maladie mais il n’en est rien puisqu’il s’est allié pour cette opération à trois firmes à capitaux étrangers : APG (fond de pension néerlandais), Mubadala (le fonds souverain des Emirats Arabes unis) et GIC (le fond souverain de Singapour).
Les 380 biologistes associés du groupe (sur 515 biologistes au total), jusqu’ici actionnaires à 100% de la société, ont approuvé la décision à plus de 93% avec pour objectif de financer sans douleur le départ de 150 biologistes en contrepartie de l’entrée au capital de seulement une quarantaine de biologistes mais aussi bien sûr, de disposer de moyens plus importants pour poursuivre sa croissance en rachetant des laboratoires autour de 250% du CA.
L’opération intervient dans un contexte de plus en plus concurrentiel pour Inovie, marqué par « l’accélération de la concentration, la concurrence entre l’exercice libéral et les groupes industriels, l’émergence des groupes hospitaliers de territoire et une financiarisation toujours plus forte », d’après Georges Ruiz, le président d’Inovie. De plus en plus de biologistes rechignent à rejoindre son groupe, « car la valorisation de nos concurrents s’est envolée. Jusqu’à présent, nous ne sommes développés que sur de la dette simple. Nous devons structurer notre endettement, ce que va permettre cette opération de LBO (leveraged buy-out) avec Ardian ».
Comprenez : la dette avec effet de levier, celle que l’on remboursera un jour, quand tout ira mieux.

Le groupe a su tracer son chemin. De son 50 millions de CA en 2010, le groupe, grâce à un mécanisme de filialisation externe (échange d’actions entre SEL) est passé à un chiffre d’affaires de 550 millions d’euros en 2018, 120 M€ d’Ebitda pour 350 sites, 55 plateformes techniques et espère dépasser hors Covid le milliard d’euros en 2025, par des croissances externes et le développement de filiales au Moyen Orient (INOVIE MENA Liban) et en Afrique du Nord (INOVIE AFRICA Maroc). Parallèlement, des pôles d’excellence ont été construits : Inovie Fertilité, Imagenome (tests oncogénétiques innovants), Inovie Vet et Inopath.


La valorisation retenue pour Inovie monte à 1.548 milliards d’euros (pour un CA de 550 millions d’euros). Cette somme sera principalement financée par endettement, à hauteur de 915 millions d’euros, dont le remboursement sera à la charge d’Inovie, sur ses profits futurs. Le complément sera apporté en fond propre à hauteur pour les fonds et les biologistes associés (ayant choisi de réinvestir dans la société) de 633 millions d’euros soit un classique montage à 60% dette / 40% capital ou fond propre et plus spécifiquement concernant les fonds 75% dette/25% capital (pour plus de détails sur les mécanismes du LBO, voir les précédents articles du site). A ce stade, il est facile de constater que l’opération devrait s’annoncer très profitable pour les 4 fonds sur ce LBO primaire : un investissement de seulement 400 millions d’euros (pour s’offrir 60% d’un groupe pesant 550 millions de CA annuel) et le reste de la dette à charge de la société de rembourser le principal in fine, c’est-à-dire dans 7 ans avec la charge d’intérêt annuel estimé à 40 millions d’euros par an soit 70% des bénéfices pour un taux de 4.25% sur sa dette sénior…

En 2021, le groupe Inovie a inauguré sa nouvelle plateforme technique de 3.000 m2 basée à Montpellier et pour laquelle le groupe a investi 11 millions d’euros. Fin 2021, le chiffre d’affaires du groupe, porté par l’activité Covid, dépassera le milliard d’euros, contre 741 millions d’euros en 2020. Inovie a déclaré avoir investi 100 millions d’euros pour atteindre l’objectif de dépister 300 000 personnes par semaine (source).

Forte de ce LBO primaire, disposant d’importantes et fraiches liquidités, la société Inovie va être au centre de la politique de rachat de laboratoires dans les prochaines années.

Edit 10/2021

RéuniLAB, groupement de laboratoires indépendants créé en 2012 (29 sites, 28 biologistes médicaux, 2500 patients jour, 2 plateaux techniques) rejoint le Groupe INOVIE.

Edit 12/2021

Inovie rachète le groupement francilien de laboratoires d’analyses de biologie médicale Biofutur (52 sites majoritairement localisés dans les Yvelines, le Val d’Oise et la Seine-et-Marne). Récemment investi par le fond d’investissement Omnes pour un 1er LBO à hauteur de 60 M€ d’equity (71 M€ de CA en 2019, 100 M€ en 2021) afin de financer le départ de 30 biologistes médicaux associés à la retraite (les 30 autres ayant choisi de réinvestir dans le montage).

L’objectif fixé était alors de doubler de taille à l’horizon cinq ans en comptant sur les capacités de réinvestissement des actionnaires financiers pour financer sa politique de croissance.

Au final, la deal avec Omnes n’aura duré que 18 mois, Inovie rachètera avant la fin de l’année la totalité de la participation du fond (source). Sans que les détails de l’opération financière ne soient entièrement connus, nul doute qu’Omnes aura réalisé une plus value record sur cette courte opération de « leveraged buildup« …

Edit 03/2022

A peine plus d’un an après l’ouverture de 60% de son capital au fonds Ardian, ce dernier prévoirait déjà de s’alléger selon l’article d’Agefi.

Edit 04/2022

Inovie étend sa prospection outremer. La société Bio Pôle Antilles : 18 biologistes, 1500 dossiers / jour, 30 millions d’euros de CA, 14 laboratoires, dont deux à Saint-Martin, un à Saint-Barthélemy et onze en Guadeloupe va être absorbée par le groupe Inovie. Dans sa quête, Inovie a signalé son intention de procéder également à l’acquisition d’une participation minoritaire « non contrôlante » dans le capital de la société Synergibio, unique concurrent privé de Bio Pôle Antilles en Guadeloupe et à Saint-Martin. Pour la première fois dans le secteur des rachats de laboratoire, l’Autorité de la Concurrence a usé de son droit de veto. Pas de chance pour ce biologiste cédant.

Elle a en effet estimé que cette prise de participation conférerait à l’acquéreur différents droits sur Synergibio qui, cumulés à une prise de contrôle exclusif de la société Bio Pôle Antilles, seraient notamment de nature à :

  1. entraîner une augmentation des prix ou une baisse de la qualité sur le marché des examens de biologie médicale de routine en Guadeloupe et à Saint-Martin. En effet, à travers ses droits à revenus, la participation minoritaire permettrait à Inovie de récupérer la quasi intégralité des bénéfices réalisés par Synergibio, son principal concurrent, annihilant ainsi toute animation concurrentielle du marché sur ces territoires ;
  2. permettre à Inovie d’obtenir des informations sur son principal concurrent, puisqu’un de ses représentants aurait participé au conseil d’administration de Synergibio ;
  3. verrouiller toute possibilité d’entrée d’un autre groupe privé concurrent dans le capital de Synergibio et plus généralement sur le marché des examens de biologie médicale de routine en Guadeloupe et à Saint-Martin, Inovie étant présent au capital des deux seuls groupes de laboratoires privés présents dans ces territoires.

Afin de maintenir l’intensité concurrentielle en Guadeloupe et à Saint-Martin, le groupe Inovie s’est engagé à renoncer à toute prise de participation dans le capital de la société Synergibio, pour une durée de dix ans.  

L’information est notée : Inovie accepte donc de prendre des participations minoritaires au capital de laboratoires, suivant le principe bien connu du « pied dans la porte ».

Edit 06/2022 :

Le média financier AGEFI annonce la fusion / acquisition du groupe Bioclinic, dirigé et contrôlé à 100% par le Dr Philippe Dabi, 57 ans, pour la somme annoncée de 500 millions d’euros, comptant une centaine de site à Paris et en Ile de France et 100 millions de chiffre d’affaire, à comparer aux 70 M€ de 2019. Avec une croissance organique d’environ 5% par an, l’impact des tests Covid a contribué pour près de 15 M€ dans cette importante progression. C’est donc une valorisation à près de 500% du CA, un record, témoin des liquidités importantes dont dispose le groupe Inovie qui n’en est qu’au stade du LBO primaire. Le désengagement du fond Ardian du capital d’Inovie au bout de seulement un an (un record du genre) ouvre le champ à l’entrée de nouveaux partenaires financiers pour un LBO secondaire avec une recomposition de l’actionnariat pour « donner vie à l’un des plus gros LBO de ces dernières années en France« . Les partenaires financiers actuels de Bioclinic depuis 2018 sont : Idia Capital Investissement, Amundi PEF, ActoMezz et Socadif. Plusieurs grands noms du capital-investissement sont parallèlement sur les rangs pour se disputer le deal : Antin, Brookfield & Macquarie, TPG, CVC… (source 1 source 2). Les discussions se poursuivent sous l’égide de Rothschild & Co et devraient donner lieu à la remise d’offres indicatives fin juin 2022.

Mi-juin 2022, le groupe annonce l’intégration des laboratoires LxBio (Aveyron, (12 sites, 150 collaborateurs, 15 biologistes médicaux, 2500 dossiers/jours, CA de 30 millions d’euros), Biolab Avenir (grand Toulouse, (17 sites, 150 collaborateurs, 17 biologistes médicaux, 1 500 patients/jour, CA de 27 millions d’euros), Olivot-Mariotti (Lot-et-Garonne et Gers, 5 sites, 50 salariés, 6 biologistes médicaux, 12 millions de CA) ainsi que le développement de sa filiale Inovie Byoliss en Corrèze (rattachement du laboratoire Chanut).

Edit 2023

L’information était passée inaperçue mais Ardian a finalement accepté de rester au capital d’Inovie (voir article l’Agefi). La problématique se situait sur le financement des départs du 1/3 de biologistes en âge de partir à la retraite pour lequel Inovie s’était engagé à valoriser le départ.

« Le plan que nous avons convenu avec Ardian a harmonisé les intérêts de chacun : il a permis aux plus âgés de partir à la retraite et aux jeunes biologistes de rester et de créer une nouvelle valeur au cours des quatre à cinq prochaines années. Mais en contrepartie de cette opportunité, ils ont dû accepter un salaire inférieur pour nous aligner sur les normes du secteur. Il n’est pas aisé de convaincre des professionnels de la santé de renoncer du jour au lendemain à plus de la moitié de leur salaire, aussi a-t-il fallu un certain temps pour expliquer la proposition aux intéressés« 

G. Ruiz, PDG d’Inovie (source)

L’exercice n’a pas dû être facile, sachant que le fonds se félicitant dans le même temps que leur « equity story » (comprendre leur ROI, retour sur investissement) avait été réalisée en moins d’un an contre les 5 ans prévus. Les biologistes restants à bord ont dû se contenter de la promesse d’un rendement de leurs actions dans la holding suivant un partage de la valeur dépendant bien sur de la catégorie d’action détenue.

Edit 2024

Le fonds Ardian relance de nouveau sa sortie du capital d’Inovie. En 2022, l’investisseur avait reçu des marques d’intérêts de la part de plusieurs fonds dont Antin et CVC, sur la base d’une valorisation d’au moins 4 milliards d’euros mais s’était soldé par un échec, du fait (officiellement) de l’instabilité économique. Beaucoup d’actionnaires placent d’énormes espoirs dans la valorisation 2024, car le périmètre du CA a évolué en lien avec les acquisitions de groupes Biofutur et Bioclinic. Néanmoins, le fait qu’Inovie ne soit pas plus développé à l’international jouera peut être en sa défaveur. Le manque de diversification géographique d’Inovie est en partie compensé par une offre de produits plus diversifiée, avec environ 15 % de ses revenus hors Covid-19 provenant des tests spécialisés, car ces tests sont moins réglementés (non inclus dans le périmètre budgétaire régi par la loi triennale) et offrent une plus forte croissance à long terme. Inovie se distingue par une croissance externe moins agressive ces dernières années, caractérisée par des financements plus prudents, des partenariats en fonds propres avec des biologistes et des acquisitions ciblées de moindre envergure.

Comme ses concurrents, Inovie a dû encaisser la chute de l’activité Covid (ne représentant plus que 5% de l’activité versus plus de 50% au pire de la crise…), l’inflation sur ses coûts opérationnels, la hausse de la charge d’intérêts de sa dette et la baisse d’un centime de B intervenue le 15 janvier 2024 ( B = 0.25 centime).

Une sortie réussie du capital d’Inovie serait d’un grand réconfort pour le fonds de la place Vendôme, qui a multiplié les cessions ratées pour ses fonds Buy-Out ces deux dernières années (Staci, Grand frais, réseau d’écoles privées AD Education, Expléo…), malgré des actions visant à étendre la maturité de la dette des entreprises à charge.

DU COTE DE CHEZ CERBA

Cerba, c’est 600 laboratoires, en France, en Belgique, au Luxembourg et en Italie pour 9 000 salariés dont 720 biologistes. On estime que le groupe réalise 80% de son CA en France.
Profitant de l’effet Covid-19, le groupe présidé par Catherine Courboillet a généré, l’an dernier, un chiffre d’affaires d’environ 1,5 milliard d’euros contre 630 millions d’euros en 2017 et 250 millions d’euros en 2010. Selon nos informations, son Ebitda ajusté s’élèverait à près de 350 millions d’euros, bénéficiant de l’effet covid, en hausse de +25%.

Pour mémoire, en 2017, le suisse Partners Group et le fonds de pension canadien PSP Public Sector Investment Board reprenait Cerba à PAI Partners 1.8 milliards d’euros soit 12 fois son EBE sur un 5ème LBO avec un levier d’endettement se situant à environ 6 Ebitda. 4 ans plus tard, un nouveau mandat de vente est donné, les enchères ont rassemblé des fonds classiques comme PAI Partners mais également beaucoup de fonds d’infrastructures tels que l’américain I-Squared Capital, déjà propriétaire de l’opérateur d’Ehpad Domidep. C’est finalement le fond d’origine suédoise EQT qui reprend les rênes en devenant actionnaire majoritaire pour ce 6ème LBO, au côté de PSP Investment qui réinvestit une petite partie de son produit de cession pour une valorisation totale d’environ 4.5 milliards d’euros, soit un multiplie d’Ebitda de près de 13,5. Partners Group quant à lui n’a pas choisi de réinvestir. Le package de financement s’orienterait sur un attelage Term Loan B plus une émission high-yield pour un montant supérieur à 1,6 Md€. Le tout en s’appuyant sur une tranche B de dette senior proche de 2,5 milliards d’euros, apportée conjointement par Deutsche Bank, Natixis, UBS et Goldman Sachs.


Le LBO sponsor less ne semble pas prêt d’être à l’ordre du jour. Alors qu’à la précédente opération, le nombre de managers et biologistes actionnaires avait doublé (200 à 400), cette fois, il semble qu’il n’augmentera que sensiblement. Jusqu’à aujourd’hui, les quelque 430 biologistes et dirigeants détenaient 20 % du capital, mais 80 % des droits de vote.

L’un des plus gros montages financiers de tous les temps

Cette acquisition par emprunt (LBO) constitue l’un des plus gros montages financiers en France de tous les temps. La crainte d’un veto de Bercy a par ailleurs fait hâter les négociations.
«L’environnement est très sensible compte tenu du contexte sanitaire. Il fallait éviter que les autorités interviennent trop tôt et émettent hâtivement un veto par principe, comme pour l’opération Carrefour-Couche Tard», explique ainsi aux Échos une source proche du dossier.
Car la valeur de ce LBO surprend. Alors que Bloomberg mentionnait une valorisation potentielle de l’ordre de 3 milliards d’euros quelques semaines auparavant, la transaction s’est finalement nouée autour de 4,5 milliards. Selon certaines informations, « le sujet est extrêmement sensible car certains n’hésiteront pas à souligner que cette rentabilité s’est faite sur le dos de la sécurité sociale. Le réseau de cliniques Elsan, racheté par KKR l’été dernier, a d’ailleurs été chahuté par les autorités pour cette raison », note un connaisseur du secteur. Dans les faits, Cerba se défend dans les colonnes du Point en déclarant avoir été l’un des premiers laboratoires à investir massivement pour s’équiper et réaliser à grande échelle des tests de dépistage. Somme déclarée comme investie ? 15 millions d’euros…
Le bond de la valeur de Cerba tient aussi à une politique d’acquisition très offensive ces dernières années. Après le rachat des laboratoires de génétique vétérinaire Antagene, Cerba a racheté, en 2017, les laboratoires italiens Deltamedica et Fleming Research, puis BIO 7 l’année suivante – pour un peu moins de 500 millions d’euros.
La direction du groupe mise sur un doublement des ventes d’ici à 5 ans, en s’installant dans d’autres pays européens, au Moyen-Orient et en Afrique (Lancet Africa, leader en Afrique). Autre axe de croissance, l’extension de la gamme, sur des tests innovants (génome, maladies métaboliques, cancer), et autres analyses type biologie préventive, bilans d’oligoéléments, microbiote…
En 2017, Cerba Healthcare est attaqué en justice par trois syndicats professionnels qui l’accusent de ne pas respecter l’indépendance des biologistes médiaux, censés détenir plus de 50% des droits de vote et du capital des laboratoires médicaux. L’issue de la procédure est attendue courant 2021.

Edit du 05/07/2021 : BPI s’invite à la table des actionnaires

Dans le cadre de la recomposition de son actionnariat, Cerba HealthCare accueille Bpifrance, organisme français de financement et de développement des entreprises, en tant qu’actionnaire institutionnel de long terme aux côtés des 400 biologistes et managers du Groupe. Bpifrance rejoint le consortium mené par EQT et Investissements PSP et accompagnera Cerba HealthCare dans la poursuite de sa stratégie autour de l’innovation au service du diagnostic et de la santé.

La transaction, soumise à notifications administratives et approbations réglementaires, a été validée par les autorités.

Edit du 05/08/2021 : la poursuite outre-Alpes de la consolidation

Cerba a annoncé l’acquisition de son homologue italien, le laboratoire de biologie médicale/analyse environnementale et alimentaire « Lifebrain« . Fort de 360 sites dans 17 régions, il a été fondé en 2013 par rachats successifs de nombreux laboratoires en Italie et devient en 2016 le 2ème acteur italien en part de marché. Racheté en 2018 par le fond d’investissement Investindutrial, il aurait généré un CA annuel de 160 millions d’euros en 2020. Animé par Goldman Sachs et JP Morgan, le processus d’enchères sur lequel Biogroup et Inovie était également en lice, a tourné à l’avantage de Cerba qui a mis 1,2 milliards d’euros sur la table pour remporter la transaction, soit un multiple de 12 fois l’EBE (EBE estimé à 100 millions d’euros pour 2021, qui aurait doublé en 2 ans, suite aux dernières restructurations menées ainsi qu’au volume de tests Covid).

De belles perspectives financières pour Cerba pour ce laboratoire qui a pu se diversifier dans la biologie « HN/hors nomenclature » (Life DNATest, bilan « préventifs »…)

Edit du 24/11/21

Cerba rachète le groupe de laboratoires Labexa, qui s’est constitué via le rapprochement progressif de plusieurs réseaux (Exalab, LBA et Sealab puis, en 2019, Accolab Sud-Ouest) pour un total de 94 sites répartis sur 7 départements dans la région l’Aquitaine/Pyrénées et 900 salariés. La dernière ligne droite du processus d’enchères a permis à Cerba de dépenser leur réserve de cash obtenu de leur dernier LBO et l’emporter face à Biogroup, Inovie et Eurofins. La valorisation de Labexa (150 millions de chiffre d’affaire et 23% d’EBE en 2020) et auparavant détenu par 83 associés biologistes s’élèverait à près de 500 millions d’euros selon un article de CFNews. L’Autorité a toutefois considéré «qu’il existait de sérieux risques d’atteinte à la concurrence sur le marché des examens de biologie médicale de routine dans le département des Hautes-Pyrénées». Par conséquent, la nouvelle entité s’est engagée à céder le site d’analyses médicales actuellement détenu par Labexa, situé à Maubourguet. Cette cession a pour effet de supprimer le chevauchement d’activité résultant de l’opération dans cette zone, souligne l’Autorité (voir le rapport de l’ADLC).

Edit du 18/02/2022

Cerba HealthCare, a signé un accord en vue d’acquérir le groupe Yourlab, groupe de biologie médicale implanté dans l’ouest de la France : 6 filiales (Biolaris, Biomedilam, C+BIO, LBR, Orn Biomedi Cal, Tonnellerie) et 49 sites répartis en Bretagne, Val de Loire, Pays de Loire et Normandie. La réalisation de l’opération reste soumise à l’autorisation de l’Autorité de la Concurrence française.

Edit 08/2022

Bio D’Oc, groupe indépendant de 9 laboratoires de biologie médicale dans la région de Carcassonne, comptant 12 biologistes et 120 salariés, pour une activité de 2000 dossiers/jour se vend à Cerballiance Occitanie. Auparavant affilié LBI (les biologistes indépendants), les deux biologistes actionnaires majoritaires de 55 ans ont pris la décision de vendre leurs parts après 2 années de bénéfices records. Cerba réussit par conséquent à gagner du terrain sur le territoire d’Inovie dans la région du Sud Ouest et illustre encore une fois le devenir des groupes de laboratoires indépendants dirigés par des actionnaires majoritaires.

Edit 09/2023

Transition manageriale en vue. La présidente Catherine Courboillet en poste depuis 2005 a transmis en avril la direction à Jérôme Thill, directeur général du groupe, dans l’attente de la nomination d’un nouveau dirigeant.

SYNLAB/LABCO


La pandémie sourit également aux laboratoires Synlab/Labco, la plus grande chaine de laboratoire d’Europe, née en 2015 de la fusion des deux laboratoire Labco et Synlab, employant plus de 20 000 personnes et présent dans plus de 30 pays sur quatre continents. Le groupe basé à Munich a en effet annoncé un chiffre d’affaires en hausse de +38% (2.6 milliards d’euros) et un EBE supplémentaire généré par l’activité Covid de 680 millions d’euros (+71%) en 2020. La société prévoit un chiffre d’affaires de plus de 3 milliards d’euros en 2021, la biologie humaine représentant environ ¼ de son CA.

Cherchant à tirer profit de l’amélioration de leur situation financière, dans le sillon d’autres sociétés d’analyse de biologie médicale, comme les américaines LabCorp ou Quest Diagnostics, ayant vu le cours de leurs actions s’envoler sur les marches côtés, Synlab/Labco espérait une introduction en Bourse prévue à Francfort après Pâques, avec une fourchette de prix entre 18 et 23 euros par actions soit une valorisation maximale à 5.5 milliards d’euros. C’est chose faite depuis le 30/04/2021 mais avec une valorisation de seulement 4 milliards d’euros, la demande des investisseurs ayant été moins élevée que prévue. Rappelons que les associés détenant 10% du capital avaient acquis leurs titres sur la base de 15€ l’action…
« Il y a des doutes parmi les investisseurs quant à savoir si Synlab peut maintenir le niveau de ventes et de bénéfices après la pandémie corona, qui a donné un boom à la société de médecine de laboratoire », déclare Konstantin Oldenburger, analyste de marché chez le courtier CMC Markets.

La société a proposé 22 millions d’actions nouvelles soit une augmentation de capital de 400 millions d’euros. Au total, c’est 42,9 millions d’actions ordinaires (soit une émission d’une valeur de 772 millions d’euros) qui arrivent sur le marché, quasiment moitié moins que ce qui avait été initialement prévu par la société (71.5 millions d’actions pour une valeur de 1.5 milliards si le prix de l’action avait réussi à atteindre 20 euros) car au vu de la réticence des investisseurs, les actionnaires de Cinven (groupe de capital-investissement) ont préféré conservé 20,7 millions de leurs actions, laissant présager une sortie en 2 temps de l’investisseur (clause de lock-up).
Les autres anciens actionnaires, dont l’investisseur danois Novo Holdings et la caisse de retraite des enseignants de l’Ontario au Canada (Teachers Pension Plan Board), vendront également une partie de leurs participations.

De cette opération boursière, l’entreprise elle-même recevra un montant brut de 400 millions d’euros, dont le produit sera utilisé pour rembourser en partie la dette high yield très couteuse émis par le groupe en 2011 et estimée à 700 millions d’euros. Au total, le groupe Synlab/Lacbo détiendrait pour 2,5 milliards de dettes totales. Son ratio de levier de dette s’élèverait à 6.4 (chiffre Debtwire de 2019).

Synlab prévoit de continuer à se développer grâce à des acquisitions, consolidant ainsi le marché européen du diagnostic médical encore « très fragmenté». Il a mis de côté 200 millions d’euros par an pour ses projets de fusions/acquisitions.

Pour mémoire, le laboratoire Labco est un précurseur du LBO sur le marché des laboratoires de biologie médicale en France depuis 2004. En 2015, suite à l’échec de sa 1ère tentative d’introduction en Bourse (voir le document AEBM analysant les raisons de cet échec), le fonds d’investissement Cinven avait acheté Synlab pour 1,7 milliard d’euros (13 x EBE) au groupe rival BC Partners, puis l’a fusionné avec la société française Labco qui à ce moment n’a été valorisé qu’à seulement 8.5 x EBE.

La société est à présent dirigée par Mathieu Floreani, formé à l’ESSEC et ayant travaillé pour Total, DHL et Mc Kinsey et succédant en 2018 au co-fondateur de Synlab, le Dr Bartl Wimmer.

Il est vrai que le nombre d’entreprises en LBO réussissant à entrer pour se valoriser sur le marché boursier est assez restreint car d’une part la capitalisation boursière de l’entreprise doit être suffisante (idéalement d’au moins 400 millions d’euros) pour s’attirer les faveurs de suffisamment d’investisseurs et permettre au quotidien, si les conditions sont réunies, des volumes d’échanges d’actions significatifs (ce qu’on appelle la liquidité), d’autre part, l’autre écueil est celui de léser financièrement les fonds dans le cadre d’une décôte de ses titres liée à l’IPO…

Quels avantages et risques pour le groupe Synlab/Labco d’être côté sur le marché boursier ?

Dans le cas de Synlab/Labco, l’atout majeur est de façon opportuniste de venir renforcer les fonds propres de l’entreprise (dont l’encours de dette est très élevée du fait de sa politique de croissance externe, notamment sur le marché français) via l’augmentation de capital réalisée au travers de l’IPO.
Le second avantage est de pouvoir lever des fonds supplémentaires, voire de créer une monnaie d’échange pour les acquisitions à venir : certaines opérations de fusions/acquisitions pourront être réglées en titres ; à la condition d’une certaine prédictibilité de ses résultats financiers et d’un maintien des cours de l’action pendant une longue période.
La cotation est aussi un moyen d’augmenter sa visibilité dans le tissu économique et social, par rapport aux fournisseurs, aux clients, aux banquiers et parfois même vis-à-vis du recrutement
En contrepartie, la société devra fournir publiquement des informations régulières sur l’état financier de l’entreprise, répondre à la pression sur les résultats et sur la stratégie d’entreprise. Et il faudra être fin communicant car malgré l’atout Covid, l’encadrement tarifaire français, l’environnement juridique et la concurrence acharnée pour la croissance externe sont autant d’handicaps dont il faudra réussir à s’affranchir, pour convaincre les investisseurs boursiers de souscrire pour assurer le refinancement de la dette LBO du groupe…
Pour les managers, les IPO constituent également le moyen d’accéder à des bons de souscriptions d’action (voir le détail sur les stock options). Il faut par conséquent prendre en compte la possible démotivation des managers (et biologistes) si jamais le cours de Bourse n’est pas à la hauteur des espérances… Car le marché boursier a sa propre logique et rend impossible la maitrise de la valorisation de son entreprise, il peut en effet exister une décorrélation importante entre résultats financiers corrects et un cours de la Bourse qui ne suit pas.
Le fait que l’IPO de Synlab/Labco n’ait pas été largement sursouscrite, malgré la vague porteuse du Covid, invite à la prudence sur l’avenir de la société. Ne pas oublier le risque de défiance aussi subite qu’irrationnelle du marché à l’égard des entreprises présentant un effet de levier important…

“Tout ce qui affiche un endettement de plus de 3 fois l’EBITDA peut être massivement vendu (“shorté”), sans distinctions sur les raisons de cet endettement

Nicolas Tabor, analyste chez Mainfirst.

Pour suivre le cours de l’action, c’est ici (21 euros au 03/05/2021 ; 18.3 euros au 04/07/2021 soit un rapide retour au prix d’introduction, 22,2 euros au 09/12/2021, 16,6 au 02/03/2022, 14.08 au 06/05/22, et 11 euros en juillet 2024, dernière cotation disponible au moment du retrait du groupe Synlab de la côte boursière par Cinven). Comme prévu, la fin de la pandémie de Corona et les prix régulés sur le marché français ont contribué à effondrer les marges et la charge d’intérêts consommait en 2023 les deux-tiers du profit d’exploitation de € 97 millions. A 1.3 MdE, la dette nette, représente plus de treize fois ce montant…(source

Quand tout va mal, il faut accepter de se séparer de certains de ses actifs : en juin 2023, le groupe Synlab a vendu ses activités en Suisse à l’entreprise australienne Sonic Healthcare. La transaction permettra d’apporter un effet positif sur la marge Ebitda ajustée dans le cadre des prévisions de 16 à 18 pour cent pour l’exercice 2023.

Les américains débarquent dans le marché européen du diagnostic

Fin 2023, Cinven, détenant 43% des parts de Synlab passe à 86%, par le biais de la holding Ephios, en se portant acquéreur pour 10 euros par action (source). Le sulfureux milliardaire américain Paul Singer, entre également à ce moment de façon minoritaire au capital. Il est le dirigeant d’un puissant fonds d’investissement américain gérant 30 milliards d’euros avec la réputation de faire trembler les Etats et les multinationales depuis 45 ans. Sa spécialité ces dernières années est d’investir dans de grandes entreprises cotées aux résultats décevants. Sa méthode consiste à s’inviter au capital de façon ultra minoritaire puis imposer une nouvelle stratégie, avec la réputation de ne jamais laisser respirer les managers aux commandes des entreprises ciblées, tant qu’une amélioration sensible de leurs performances n’est pas constatée. À la fin, il encaisse les plus-values pour la plus grande satisfaction de ses clients, offrant des rendements annuels exorbitants (plus de 13 % annuels en moyenne sur les quarante dernières années). L’entreprise Pernod Ricard en a fait l’amère expérience (lire ici+++).

Sortie du marché boursier

L’investisseur financier Cinven, contrôlant 86% de Synlab a annoncé en mai 2024 la signature d’un accord de radiation avec Ephios Bidco GmbH, une filiale d’Ephios Luxembourg S.à rl, toutes deux contrôlées par les fonds d’investissement de Cinven Limited. Parallèlement, Ephios BidCo GmbH a décidé de lancer une offre publique d’acquisition de radiation visant à acquérir toutes les actions en circulation de SYNLAB non directement détenues par Ephios BidCo GmbH. Pour mémoire, Cinven avait introduit Synlab sur le marché des actions au printemps 2021, sur la base d’une valorisation de 5,9 milliards d’euros, dette comprise. La société munichoise s’est toutefois révélée être un échec en bourse après la fin du boom des tests Corona, ce qui a poussé Cinven à la racheter. La valorisation de Synlab s’élève alors à près de 2,4 milliards d’euros (100% de son CA).

Le 17 septembre 2024, la société internationale de capital-investissement Cinven a conclu un accord pour vendre une participation minoritaire indirecte de 15% de SYNLAB au laboratoire américain Labcorp, pour 140 millions d’euros... Labcorp sera représentée au sein du conseil d’administration de la société holding aux côtés de Cinven et des autres co-investisseurs. La finalisation de la transaction est attendue au premier trimestre 2025 et est soumise aux approbations réglementaires.

« Notre investissement dans SYNLAB en tant qu’actionnaire minoritaire confère à Labcorp un rôle au sein du conseil d’administration de la société holding des co-investisseurs et l’engagement d’explorer les opportunités possibles à l’avenir pour commercialiser les tests spécialisés innovants de Labcorp sur les marchés européens, d’envisager d’éventuelles collaborations en matière d’approvisionnement, d’évaluer opportunités de soutenir les progrès dans les essais cliniques et le recrutement et d’améliorer les soins personnalisés ».

Glenn Eisenberg, directeur financier de Labcorp

Edit 01/04/25

Synlab se sépare de ses activité de diagnostic clinique au profit d’Eurofins Scientific. Ces actifs comprennent des services de tests de diagnostic clinique, notamment des services de génétique et d’anatomie pathologique, fournis dans tout le pays, réalisant un chiffre d’affaires d’environ 140 millions d’euros en 2024. Ils complètent fortement les activités de diagnostic clinique existantes du réseau Eurofins en Espagne, dirigées par Eurofins Megalab. Le montant de la transaction n’a pas été précisé.

UNILABS

Voir ici l’article

EUROFINS : un modèle financier résilient


Autre poids lourd de la biologie médicale française, le laboratoire Eurofins Biomnis, société cotée en Bourse, au catalogue de 200 000 méthodes d’analyse et 3200 tests de biologie médicale, contrôlée par la famille fondatrice Gilles Martin réalise 20% de ses ventes en France et emploie 58000 personnes. Le chiffre d’affaire du laboratoire de bio-analyse (produits alimentaires, produits pharmaceutiques, tests environnementaux, services en agrosciences, diagnostics cliniques, laboratoires d’analyse) s’élevait à 4,56 milliard d’euros en 2019 et s’est porté à 5,4 milliards d’euros en 2020, et 6.7 milliard d’euros en 2021 dont 2 milliards issus de la seule activité Covid. Sur l’activité biologie médicale, le réseau est composé de 12 LBM sur plus de 210 sites en France Métropolitaine et en Guyane. Le bénéfice de l’entreprise avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement s’élève en 2020 à 1,4 milliards d’euros, soit 52 % de plus que l’année précédente (931 millions d’euros). Le groupe a généré plus de 800 millions d’euros de recettes provenant des seuls tests et des réactifs liés à la Covid-19. En 2021, sa rentabilité a fait un bond, avec un taux de marge d’Ebitda, parmi les plus élevés du secteur, qui est passé de 20,4 % à 28,3 %.

Portée par ces bons résultats et perspectives, le cours de son action a repris des couleurs (40 euros fin 2019 pour atteindre 125 euros en septembre 2021 et retomber à 84 euros en mars 2022), éloignant le spectre de la vente à découvert concertée de titres par des fonds spéculatifs (hedge funds) cherchant à réaliser des plus-values, jugeant le passif de dette du groupe trop important. Heureux les biologistes médicaux détenteurs d’actions “sur la base de critères de performance individuels et de « fidélité » au groupe”… Eurofins compte proposer en 2021 un dividende annuel d’un euro par action, en hausse de 47% sur un an. En septembre 2021, Eurofins fait sa rentrée au CAC 40 où Sanofi était jusqu’à présent le seul représentant du secteur de la santé : sa capitalisation dépasse désormais 24 milliards d’euros, soit le niveau de celle de Michelin.
L’effet de levier est dans l’ADN d’Eurofins découle d’une politique de croissance externe dynamique. Le groupe a construit à coups d’acquisitions ses positions de leader mondial, d’abord dans le contrôle alimentaire et environnemental, puis dans les services précliniques et le contrôle des produits pharmaceutiques.
Habitué aux opérations ciblées dites « bolt on » sur de petits laboratoires, Eurofins a changé de braquet avec les rachats de l’américain EAG pour 780 millions de dollars fin 2017, suivi par celui début 2018 d’un autre américain, Covance Food Solutions, pour 670 millions de dollars. Il a ensuite repris TestAmerica, société américaine spécialisée dans les analyses environnementales, pour 175 millions de dollars. Il ne dit cependant pas non lorsqu’il s’agit de racheter quelques labos de ville que l’Autorité de la Concurrence refuse de vendre en bloc à ses concurrents (cf affaire Oriade Noviale de juillet 2021).
Avec ces acquisitions parmi les plus grosses de son histoire, Eurofins a atteint une taille critique sur ses métiers, le groupe disposant de positions de leader ou co-leader sur ses principaux marchés en Europe et en Amérique du Nord. Par régions, l’Europe demeure son premier marché, avec des ventes atteignant 1,8 milliard d’euros au premier semestre (-7% sur un an). La division des tests alimentaires a été sous pression, notamment en raison de l’inflation qui a amené des entreprises du secteur agroalimentaire à limiter leurs investissements, selon le groupe. L’Amérique du Nord a, elle, connu une solide croissance (1,2 milliard d’euros, +20%). Le reste du monde enregistre aussi une nette hausse (+35% à 351 millions d’euros).

La société rembourse un emprunt hybride à taux fixe jusqu’en 2020 et 2023 pour environ 680 millions inclus dans les capitaux propres au bilan consolidé. D’après des informations émanant de Debtwire au 31/12/2018, la dette totale d’Eurofins serait de 3 milliards d’euros. Son ratio de levier s’élevait à 3.5, la limite à l’endettement habituellement toléré pour les sociétés cotées en Bourse.
Ses objectifs ? la résilience…. tout d’abord se désendetter en se concentrant sur l’intégration des acquisitions précédentes, la finalisation de l’infrastructure de ses laboratoires en étoile, les solutions informatiques sur mesure, l’amélioration des marges et de la génération de trésorerie ainsi que le lancement de laboratoires nouvelle génération ou « start-ups »… Le groupe table sur un CA prévisionnel de 6,55 milliards pour 2023 et 7.25 milliards pour 2024.

« Nous allons continuer à faire des investissements significatifs pour accélérer notre croissance à long terme, à travers l’innovation et la digitalisation, de nouveaux laboratoires startup, l’expansion de notre réseau de laboratoires et de nouvelles acquisitions« , a indiqué Gilles Martin.

Néanmoins, comme tout groupe côté en Bourse, les performances financières sont scrutées de prêt. Ainsi, début aout 2022, l’action est en chute de 5%, passant à 77 euros, les investisseurs s’inquiétant de la pérennité des bénéfices d’Eurofins tant un contexte de ralentissement de l’activité Covid. Nul doute qu’une baisse du B prévue par la CNAM pour pouvoir appliquer les baisses de nomenclature de180 millions d’euros par an à partir de 2022 impacterait pour la 1ère fois les bénéfices d’une société telle que Eurofins Biomnis, jusqu’à présent peu mise à contribution (les baisses de cotation ne concernant majoritairement en volume que les actes de biologie dite « généraliste »).

Edit 09/2023

Un article paru dans Le Figaro « Eurofins freiné par le coup d’arrêt des fusions et acquisitions » reflêtant l’atonie généralisée du secteur en terme de croissance externe.

Edit 01/04/25

Eurofins Scientific a acquis les activités de diagnostic clinique de Synlab en Espagne. Ces actifs comprennent des services de tests de diagnostic clinique, notamment des services de génétique et d’anatomie pathologique, fournis dans tout le pays, réalisant un chiffre d’affaires d’environ 140 millions d’euros en 2024. Ils complètent fortement les activités de diagnostic clinique existantes du réseau Eurofins en Espagne, dirigées par Eurofins Megalab. Le montant de la transaction n’a pas été précisé.

DU COTE DES INDÉPENDANTS

Leur discrétion les honore mais ces derniers représentent encore entre 30 et 35% de l’offre de biologie, soit d’une manière totalement indépendante (10%) soit sous la bannière d’une cooperative type LBI ou Armoris (25%).
La coopérative LBI (« les biologistes indépendants ») continue de tirer son épingle du jeu et renforce ses positions en rassemblant près de 1000 biologistes, 650 sites (+ 100 sites depuis 2019) et un chiffre d’affaires consolidé de 810 Millions d’Euros. Il est juste derrière Biogroup en termes de nombre de sites de laboratoire et chiffre d’affaires et 1er en terme de nombre de biologistes en exercice, confirmant les chiffres du site Ekipaj (le ratio CA/biologiste se confirme être en chute libre dans les groupes dirigés par des financiers…un poste d’économie vite trouvé !)
LBI aspire à consolider 30% de la biologie médicale française pour un CA de 1 milliard d’euros pour 800 sites de laboratoires et vient d’intégrer l’APBM (association pour le progrès de la biologie médicale) au côté des opérateurs nationaux financiers afin de représenter les professionnels de santé indépendants y exerçant auprès des autorités et faire valoir le modèle économique et organisationnel du réseau.

Le 1er regroupement de laboratoires indépendants s’ancre dans l’Est de la France

Dans le quart nord Est, 4 laboratoires indépendants ont annoncé courant 2021 la création du groupe OuiLab, dont le biologiste Michel Pax prend la direction. Empiétant historiquement sur le territoire de Biogroup, il totalise plus de 120 sites et quinze plateaux techniques sur treize départements du Grand Est, de la Bourgogne-Franche-Comté et de l’Ile-de-France, emploient 1.500 salariés, dont 150 biologistes, et traitent plus de 15.000 dossiers patients par jour, avec mise en place d’une plateforme de séquençage, de génétique constitutionnelle et DPNI sur différents sites. Ils auront réalisé 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021. Le nouveau groupe compte parmi eux les anciens laboratoires EspaceBio (LBI) et Bio67 qui travaillaient déjà en coopération depuis de nombreuses années. Les deux entités s’étaient rapprochées en 2018 avant des prises de participation dans les laboratoires BioAllan situés en Franche Comté et Dynalab, respectivement à hauteur de 70 % et 40 %.

Ces regroupements vont permettre de générer de plus gros volumes d’achats ou de financer à plusieurs certains postes, faciliter la levée de prêts et rester « attractif » vis-à-vis d’autres laboratoires (croissance externe future). Mais aussi de rester maitre en matière d’investissement. Le dernier en date s’est élevé à un million d’euros, pour installer en cette fin d’année une plateforme de génétique constitutionnelle à Strasbourg. Elle permet de détecter chez les patients des variants génétiques à l’origine de certaines pathologies et de favoriser leur prise en charge. Une plateforme de séquençage haut débit a aussi été acquise début 2021 et installée à Laxou, en Meurthe-et-Moselle. Les membres de OuiLab ont, grâce à elle, travaillé en lien avec les centres nationaux de référence pour séquencer le génome du Covid-19. S’ajoute une stratégie de spécialisation des laboratoires renforcée par ce regroupement. Avec deux domaines en particulier : le dépistage prénatal non invasif et l’aide médicale à la procréation (source Les Echos).

Parallèlement, le groupe B2A finalisé quasiment dans le même temps issu de la fusion dans le grand Est des laboratoires Analysis, Biolia et Biorhin, pesant 60 millions de chiffre d’affaire (2019).

Deuxième opération d’envergure en 2020 concernant les biologistes indépendants, quatre laboratoires indépendants de la région Ouest se sont alliés au sein d’une structure commune baptisée « Ouest Biologie ». Réunissant SBL Bio (présent dans le département des Côtes d’Armor), Biolor (Morbihan et Finistère), Biodin (Côte d’Armor et Ile-et-Vilaine) et Bioemeraude (Ille-et-Vilaine et Manche), cette nouvelle entité rassemble 31 biologistes associés de façon égalitaire, 400 collaborateurs, 27 sites et 6 plateaux techniques. Ses premiers projets vont porter sur le déploiement d’un système d’information unique, la mutualisation des fonctions de back office et l’équipement de nouvelles machines d’analyses pour faire face au surcroît d’activité lié à l’épidémie de la Covid-19. Avec un chiffre d’affaires consolidé pro forma de l’ordre de 53 M€, Ouest Biologie se hisse parmi les 20 laboratoires leaders au niveau national. Son président, Nicolas Dubois, reconnaît le caractère défensif de cette alliance, l’industrialisation et la concentration croissante du secteur laissant de moins en moins de place aux biologistes isolés. Ne souhaitant pas être adossé à un gros groupe comme 70 % des structures actuelles, Ouest Biologie revendique son « indépendance ». Les membres de la nouvelle structure sécurisent ainsi leur périmètre, « face aux acquisitions de différents groupements à forte composante financière ». Il se dit d’ailleurs prêt à accueillir d’autres laboratoires indépendants. Détenue à égalité par 26 biologistes fondateurs de leurs laboratoires, Ouest Biologie dispose d’une ligne de crédit de 10 M€ pour intégrer de nouveaux arrivants.

A suivre du côté de la Normandie et des Hauts-de-France, le groupe de laboratoires BIOLAM, appuyé par le fonds d’investissement coté en bourse belge GIMV, poursuit une stratégie de croissance organique et externe rapide (60 millions d’euros de chiffre d’affaires (pro forma des dernières acquisitions, ayant triplé en 1 an)). L’histoire du groupe a débuté en décembre 2019 lorsque BIOLAM a acquis une plateforme de 3 laboratoires à Amiens, dans le but de combiner deux stratégies de croissance : l’ouverture de laboratoires dans des zones en déficit d’offre et la conduite d’opérations de croissance externe.
Au programme de 2022, Biolam compte poursuivre sa croissance organique avec l’ouverture de 6 nouveaux laboratoires, plusieurs acquisitions en cours de négociation et des investissements significatifs dans le renouvellement de son outil industriel.

Au total, les laboratoires “indépendants” (non financiers, non LBI) représenteraient encore environ 400 sites de laboratoires sur les 4000 que comporte la France…

Groupes de laboratoire 310 SEL (2022)  CHIFFRE D’AFFAIRES CONSOLIDE TOTALNombre de site en France PT = plateau technique 400 PT 4200 sites (2022)Nombre de biologistesActionnariatDette  LBO/Corporate
BIOGROUP 930 M€ (2020) 1300 M€ (2021) 750 M€ (2022) 5 pays930 sites 130 PT
1500 sites (monde)
    1100Eimer, biologistes médicaux, ICG, CDPQ, famille de Raedt-VerheydenLBO 1000 M€ (2019) 3000 M€ (2020)
CERBA Healthcare1350 M€ (2021) (50 pays) 900-1000 M€ France700 sites (F)
84 PT (monde)
     ?EQT Private Equity et PSP BPI (banque publique d’investissement)  LBO n°6 1700 M€ (2019)
INOVIE    > 1000 M€ (2021) 6 pays  630 sites 70 PT     550Ardian, Mubudala  Capital (Emirats arabe unis) GIC (Singapour) APG Group (Pays Bas) Biologistes associés    LBO primaire 1000 M€ (2021)
SYNLAB3765 M€ (2021) 36 pays 830 M€ France (2021)  400 sites 40 PT      400 ?  Cinven Capital Novo Nordisk Fonden Cotation bourse 04/2021LBO 2875 M€ (2019) 1400 M€ (2021)
UNILABS1400 M€ (2020) 17 pays
Biologie + radiologie
  210 sites   190  AP MollerLBO 1960 M€ (2019)
EUROFINS BIOMNIS4600 M€ (2019) 6720 (2021)
315 M€ France (2020)
  27044 biologistes + 280 techniciens (plateau technique)

280 biologistes
Eurofins Scientific BourseCorporate 2900 M€ (2019) 2200 M€ (2021)
LBI  1350 M€ (2021)  650 (2022) / 610 (2023)  1030  Biologistes médicaux  /
Données 2022/2023 (en cours de mise à jour)


L’effet Covid, le cygne noir pour la biologie médicale française ?

Le coup d’arrêt lié au confinement du printemps 2020 ayant fait chuter de plus de 50% l’activité de routine des laboratoires pendant 2 mois aura été très largement compensé par l’activité Covid, qui, dans certaines structures et dans certaines régions, a égalé voire dépassé le volume de l’activité de routine. Le remboursement des tests PCR Covid par l’assurance maladie en 2020 se porte à 2.6 milliards d’euros, soit plus de la moitié de l’enveloppe habituellement consacrée aux remboursements de biologie médicale. En quelques mois, des années de baisse de coût ont ainsi été consommées. Malgré tout, cela passe sous les radars de Bercy car il s’agit d’un investissement inestimable, évitant un confinement des milliers de fois plus coûteux sur le plan économique et budgétaire.


Une question intéressante m’a été posée il y a quelques mois via la rubrique contact de ce blog
Est-ce que les groupements financiers dont le modèle nous a été vendu en 2008 par la puissance de leur pouvoir d’investissement et leur modèle d’efficience ont apporté une plus-value, qu’elle soit en termes de volume ou de rapidité de rendu ?


« La crise sanitaire a montré qu’un groupe national avait plus de poids face aux fournisseurs, qui choisissent leurs priorités […].Pour répondre en 24 heures à des tests partout en France, nous avons acquis une soixantaine de machines PCR en six mois », Chaque machine coûte entre 200.000 et 800.000 euros, des sommes inaccessibles pour un labo indépendant. Si l’on suit ce raisonnement, les petites entités régionales ont vocation à disparaître ».

Stéphane Eimer

Le chiffre rendu public par Biogroup est qu’il a investi plus de 70 millions d’euros depuis le début la pandémie dans des machines de test PCR et des réactifs sur le coronavirus.


« Nous réalisons 1 test virologique sur 5 en France, que nous rendons en vingt-quatre heures sur tout le territoire »

Stéphane Eimer.


Que ce soit en termes d’investissement ou en nombre de tests réalisés, rapporté à son nombre de sites, il n’y ici rien d’exceptionnel ! Il est logique qu’un groupe pesant 20% de l’offre de biologie réalise 1 test PCR Covid sur 5 en France. Au vu de la tarification généreuse initiale, des groupes indépendants déjà accrédités en biologie moléculaire ont pu sans difficulté financer l’achat d’autant d’automates que nécessaire pour venir renforcer leur plateau analytique et faire face à la demande. Il n’y a eu aucune “désert biologique” où aucun test ne pouvait être rendu dans des délais corrects en France. Au contraire, dans certains grands groupes que nous ne citerons pas, les tests étaient parfois rendus avec des délais de plusieurs jours, ayant forcé les autorités sanitaires à taper du poing sur la table et renégocier les tarifications en fonction des délais de rendu.


Du coté de Cerba, l’investissement n’aurait été que de 15 millions d’euros (article Le Point 4/03/21). La société au milliard de chiffre d’affaires s’est même vu mettre à disposition par l’Etat 3 automates PCR haute cadence (300 000 à 400 000 euros pièce) pour son entité Cerballiance Provence Côte d’Azur (voir page 280 le rapport du Sénat en lien avec la commission d’enquête pour l’évaluation des politiques publiques face à la crise sanitaire de la covid-19)

Rien d’illogique à tout cela. Lorsqu’une société est valorisée à 10, 12, 14 x son EBE, la charge de la dette, et surtout des intérêts de la dette, devient de plus en plus conséquente, la structure financière se détériore et les investissements doivent au contraire être d’autant plus rationnalisés.


Quel avenir pour la biologie médicale en France pour les prochaines années ?

Incontestablement, l’épidémie de Covid-19 a nourri la croissance de l’ensemble des laboratoires, dans des proportions variables suivant que l’activité analytique Covid ait pu être réalisée sur place ou a dû être sous traitée, l’activité de routine subissant parallèlement des ralentissements liés aux périodes de confinement (report des chirurgies programmées, consultations annulées, etc…) et participe ainsi au désendettement accumulé depuis une décennie essentiellement pour les « majors » de la biologie médicale.
Néanmoins, ce surcroit d’activité et de bénéfices supplémentaires, quoique bien entamé par la chute du tarif PCR, n’a à priori pas vocation à perdurer dans le temps et le strict maintien des retours sur investissement reste plus que jamais d’actualité, dans un environnement économique plus que dégradé.
En effet, le quoiqu’il en coûte présidentiel pour sauver l’économie déverse des centaines de milliards depuis plus d’un an au travers de plans des soutien, d’aides directes ou indirectes aux entreprises et aux ménages, prêts garantis d’Etat, débloquant des fonds pour l’hôpital, finançant des dépenses sans précédent. Une partie de ces dépenses viendront alourdir le déficit de la Sécurité Sociale, alourdissant son deficit, à plus de 41 milliards d’euros, du « jamais-vu ».
Nous essayerons dans un prochain article de discuter de l’ensemble de ces contraintes et tenter de prédire comment ils pourraient façonner l’avenir de la biologie médicale française, à la manière d’un cygne noir, capable de bouleverser l’ordre établi ou…. projeté.

« L’avenir est un pur hasard, on perd son temps à le prédire. »

— Nassim Nicholas Taleb, auteur du Cygne noir

85 commentaires sur « Actualités financières des groupes de laboratoires de biologie médicale »

  1. Une petite question m’interroge ?

    comment se fait il qu’il n’existe aucun syndicat de biologiste 1-n parts ?

    si je ne me trompe pas : les seuls représentants des biologistes sont :

    • Un lobby qui ne dit pas son nom (représentant des groupes, et vantant une certaine forme de « progrès » en biologie)
    • Des syndicats de biologistes mais qui défendent plutôt leurs intérêts qu’ils soient indépendants ou non. On ne parle que de tarification mais jamais des conditions de travail/remuneration/protection sociale

    Nous n’avons pas réellement de représentant des biologistes salariés (déguisés), mais plutôt des syndicats de « laboratoires »

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  2. Bonjour,

    Travaillant dans le secteur je m’interroge sérieusement sur l’ensemble de ce secteur qui semble mépriser les lois ainsi que la réglementation :

    • Tout le monde sait que certains groupes réalisent des bilans de HIV/sans ordo de manière abusive pour ne pas dire frauduleuse. Que fait la sécurité sociale ?
    • Tout le monde sait que les biologistes TNS-une part sont dans une situation de salariat déguisé qui est un délit pénal, et qui est également quelque chose d’immoral au regard de la précarité social pour les jeunes générations. Que font les pouvoir publics et l’administration fiscale ?

    L’ordre, les syndicats s’émeuvent de la perte de vocation dans notre discipline : mais au final pourquoi les jeunes générations devraient accepter un monde professionnel devenu invivable. Pour permettre à un fond de private equity de faire son n-ième LBO ? Pour permettre à des indépendants d’exploiter une entreprise qu’ils vendront à un fond financier ?

    Pour ma part j’ai régulièrement des jeunes qui m’appellent pour me demander mon avis sur la spécialité : je leur conseille de fuir.

    Et entre nous tous : est ce réellement éthique que la sécurité sociale rembourse des actes à des entreprises qui maltraitent ses salariés déguisés et à une profession qui a fait le choix de précariser ses confrères.

    Globalement : la situation actuelle de biologie médicale est celle que beaucoup ont provoqués. Ce n’est pas seulement les gouvernements successifs, ni même les fonds de Private Equity mais les biologistes d’une certaine génération qui ont sciemment massacrés leur profession par appât du gain.

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    1. On peut ajouter la fraude au n site n bio, les prescriptions urgentes comme le paludisme refoulées et orientées sur l’hôpital, le contournement de l’esprit de la loi sur le contrôle du capital par les professionnels exerçant, et maintenant les publicités pour des bilans biologiques génériques sans aucune base scientifique…

      A ce niveau de fraude / contournement généralisé il y a forcément des appuis politiques et dans l’administration très haut placé pour se permettre cela au vu et au sus de tous…

      Et effectivement tout cela sur le dos des salariés qui cumulent intensification du travail, pression constante, qualité de vie au travail égal à zéro, turnover, salaires orientés à la baisse, télétravail impossible, dispositifs d’intéressement / participation / primes ridicules…

      Le plus drôle est la mission qu’avait réalisé la section G de l’ordre des pharmaciens sur l’attractivité de la profession et qui avait abouti à de magnifiques affiches. Comme si la communication pouvait remplacer la réalité des conditions de travail / rémunération sur le terrain…

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      1. personne n’est dupe concernant la qualité de vie au travail dans ce secteur.

        Une chose pour nous consoler : malgré leur malhonnêteté ils perdent plus d’argent que autre chose.

        dommage pour les biologistes qui ont investi chez eux qui vont perdre de grosses sommes d’argent. La plupart du temps les titres en questions ont été achetés à titre personnel en in fine. Il risque d’y avoir des drames humains de manière certaine.

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  3. bonjour,

    doit on attendre une baisse de valorisation des sociétés indépendantes de biologie médicale reprise par des groupes ? Et dans quelles proportions ?

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    1. Bonjour,
      Oui, il faut s’attendre à une compression des valorisations des laboratoires indépendants rachetés par des groupes.

      Pourquoi ? Parce qu’on cumule : marché mûr et régulé, plafonnement des tarifs (et mécanismes correctifs renforcés), hausse du coût du capital, fin des effets Covid, capex/qualité récurrents, et tensions RH.

      En pratique, cela signifie une baisse des multiples (moins de « prime de promesse ») et un recentrage sur ce que l’activité rapporte durablement.

      Ordre de grandeur indicatif (pas une prédiction) : des multiples passés de type ~9–12x EBITDA pourraient, selon les dossiers, se recaler plutôt vers ~6–8x, soit une décrue de l’ordre de 15–35 %.

      Et oui : dans ce scénario, les jeunes générations peuvent à nouveau espérer reprendre la main sur des entreprises encore indépendantes – si le financement reste accessible et si les plans d’investissement/qualité sont au rendez-vous.

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      1. Pour le dire de manière plus triviale, les jeunes biologistes pourront à nouveau s’associer significativement lorsque les labos ne seront plus rentables. On verra alors le champs de ruine qu’il restera après le départ des financiers comme ça a été le cas sur plusieurs secteurs.

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  4. Une chose est assez ironique dans cette crise : bon nombre de biologistes vendeurs (à des groupes financiers) ont reçu une partie du paiement en titres (illiquides, potentiellement dilués prochainement). Ils auraient mieux fait de vendre à leurs jeunes confrères (Même cher). Ils auraient fait une meilleure opération.

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  5. Partie I : Analyse Critique du Rapport IGAS/IGF

    Ce document n’est pas un simple rapport technique ; c’est le manifeste d’un changement de paradigme, où une logique budgétaire et industrielle prend le pas sur la logique de soin et de reconnaissance professionnelle. Son analyse, bien que brillante sur le plan financier, repose sur des prémisses contestables, des comparaisons trompeuses et une cécité volontaire face à ses propres conséquences systémiques.

    I.1. Le Postulat Fondateur : L’Illusion de la « Rente » et une Analyse de Rentabilité Fondamentalement Biaisée

    Toute l’argumentation du rapport est ancrée dans un chiffre : la marge EBE/CA de 17,0% du secteur privé en 2023, jugée excessive par rapport à la moyenne du secteur de la santé (FTD/CA de 6,9%). Cette conclusion, présentée comme une vérité objective, est en réalité le fruit d’une analyse partiale qui ignore les facteurs explicatifs fondamentaux.

    • Le Facteur Explicatif Ignoré : La Modération Salariale des Biologistes comme Variable d’Ajustement.
      Si les 5 600 biologistes du secteur privé avaient eu en 2023 une rémunération moyenne équivalente à celle de leurs confrères radiologues le surcoût salarial aurait fait chuter la marge EBE/CA du secteur. La « sur-rentabilité » n’est donc pas un surprofit magique, mais le produit mathématique de la sous-rémunération relative de ses experts. Depuis 15 ans, les biologistes ont vu leurs revenus baisser de 33% (selon le rapport lui-même) et ont servi de variable d’ajustement pour permettre au secteur de maintenir ses marges malgré la pression tarifaire. Le rapport dénonce une conséquence (la marge élevée) sans jamais en analyser la cause principale (la compression de la rémunération de l’expertise).
    • L’Angle Mort Temporel : L’Impact Ignoré des Baisses de 2024 et la Rentabilité Future.
      Le rapport, bien que publié mi-2025, se base sur les chiffres de 2023. Il ignore ou minimise l’impact des baisses de tarifs massives de 2024 (environ -15% en cumulé sur certains actes). Ces baisses, appliquées sur une année pleine, auront un effet dévastateur en 2025. Une marge de 17% en 2023 se traduira mécaniquement par une marge qui sera sans aucun doute bien en dessous de 10% en 2025, la rapprochant, voire la faisant passer sous la moyenne du secteur de la santé. Le rapport préconise donc des baisses futures pour corriger une « anomalie » qui, au moment de son application, aura déjà disparu, ce qui constitue une faille logique majeure.

    I.2. Les Leviers de Transformation : Des Postulats Dangereux et des Contradictions Internes

    Le rapport propose de forcer une mutation du secteur. Chacun des leviers proposés révèle des failles profondes.

    • Le Dogme de l’Hyper-Concentration et la Perte de Résilience.
      Le rapport postule que la concentration sur des méga-plateaux est une source inépuisable d’économies. C’est ignorer la loi des rendements décroissants. Les plateaux français, souvent à plus de 10 000 tubes/jour, sont déjà à un niveau d’optimisation très élevé. Passer de 4 à 8 lignes d’automates ne double pas l’efficience. Cela augmente la complexité, crée des goulets d’étranglement (pré/post-analytique) et surtout, fait exploser les coûts logistiques. De plus, un tel système centralisé est extrêmement fragile et non résilient. Le moindre incident majeur (incendie, cyberattaque, panne d’un automate clé, crise sanitaire localisée) sur un seul de ces sites paralyserait l’accès au diagnostic pour des millions de personnes, sans aucune capacité de compensation possible.
    • L’Optimisation du Capital Humain : Une Vision de Déqualification.
      La suggestion de remplacer des biologistes par des « profils moins chers » est une aberration.
      • Coût réel d’un ingénieur senior : Pour avoir un niveau de responsabilité comparable à un biologiste, il faut un ingénieur avec 15-20 ans d’expérience. Son coût total « package » pour l’entreprise (~123k€) n’est pas significativement inférieur à celui d’un biologiste (100-120k€ en début de carrière pour 10 ans d’études). L’économie est marginale, voire nulle, pour une perte de compétence médicale et légale massive.
      • Impact sur l’attractivité : La proposition d’un salaire net mensuel après impôt de ~4 510 € pour un Bac+10, combinée à la menace de remplacement, est un signal qui détruira toute attractivité pour la filière. C’est une stratégie qui programme une pénurie de compétences à long terme.
    • La Chimère du POCT : Une Dépense Non Financée et Sous-estimée.
      Le rapport promeut la biologie délocalisée (POCT) comme une source d’efficience, sans jamais en chiffrer le coût. Une extrapolation basée sur le modèle allemand suggère qu’un déploiement à une échelle comparable en France nécessiterait un budget annuel de près de 300 millions d’euros. Le rapport propose donc de créer une nouvelle dépense massive, ce qui est en contradiction totale avec son objectif de maîtrise des coûts.

    I.3. La Confiscation des Gains et la Comparaison avec d’Autres Professions Réglementées

    • Une Politique Anti-Investissement : En proposant que l’Assurance Maladie récupère 100% des gains de productivité, le rapport supprime toute incitation à l’investissement et à l’innovation. Une multinationale n’a aucune raison rationnelle d’investir dans l’amélioration de son outil de production en France si le retour sur cet investissement est nul.
    • Le Cas Unique du Biologiste : Aucune autre profession réglementée (médecins, notaires, avocats) n’a connu une telle trajectoire. Les biologistes sont les seuls à subir simultanément une pression à la baisse sur leurs revenus (-33% entre 2010 et 2023), une remise en cause de leur périmètre d’expertise, une perte totale d’indépendance et une intensification de leur conditions de travail. C’est une profession que l’État a décidé de « prolétariser » et d »uberiser » avec une brutalité inédite.

    Partie II : Analyse Comparative Exhaustive France vs. Allemagne : La Réalité Factuelle

    Cette comparaison rigoureuse, basée sur les nomenclatures officielles et les données de volume, offre un contrepoint factuel dévastateur aux conclusions du rapport.

    II.1. Dépense Globale et Volumes : Le Modèle Français, un Modèle de Sobriété

    • Coût Total du Marché (Est. 2025) : France ~8 Milliards € vs. Allemagne ~16-18 Milliards €.
    • Dépense par Habitant (Est. 2025) : France ~118 €/an vs. Allemagne ~190 €/an. Le système français est globalement 60% à 80% moins coûteux.
    • Volumes de Prescription : L’Allemagne prescrit entre 24% et 73% d’analyses en plus par habitant.

    II.2. La Structure des Tarifs : Le Piège de la Comparaison Directe

    L’Allemagne a un système à deux vitesses (public EBM / privé GOÄ) qui fonctionne par subvention croisée. Les tarifs publics (EBM) sont artificiellement bas car ils sont compensés par les profits colossaux du marché privé (GOÄ). La France a un système unifié où chaque tarif doit se suffire à lui-même.

    II.3. Le Tableau Comparatif Final : Le Prix Moyen Pondéré

    La seule comparaison juste est celle avec le tarif moyen pondéré allemand (calculé avec 75% du volume au tarif public EBM et 25% au tarif privé GOÄ).

    Analyse (Libellé Français)

    France (NABM, B=0,25€) / Allemagne (Tarif Pondéré Moyen)

    1

    Hémogramme (NFS) Pathologique

    4,25 €

    5,36 €

    2

    Créatinine (enzymatique)

    1,50 €

    1,41 €

    3

    Ionogramme (Na+K)

    2,25 €

    0,90 €

    4

    Glucose (Glycémie)

    1,25 €

    0,89 €

    5

    Transaminases (ALAT+ASAT)

    2,25 €

    1,40 €

    6

    Exploration Anomalie Lipidique (EAL)

    4,00 €

    4,85 €

    7

    Gamma-GT (GGT)

    1,25 €

    0,89 €

    8

    CRP (quantitative)

    1,75 €

    5,43 €

    9

    TSH

    5,00 €

    10,21 €

    10

    Ferritine

    4,25 €

    10,29 €

    11

    HbA1c

    3,25 €

    2,86 €

    12

    Vitesse de Sédimentation (VS)

    0,50 €

    0,84 €

    13

    Phosphatases Alcalines

    1,25 €

    0,89 €

    14

    Acide Urique

    1,50 €

    0,89 €

    15

    Calcium

    1,50 €

    0,89 €

    16

    ECBU

    12,50 €

    11,25 €

    17

    Bilirubine (totale)

    1,50 €

    0,89 €

    18

    PSA (total)

    7,50 €

    10,29 €

    19

    Albumine

    1,50 €

    4,03 €

    20

    Vitamine D (25-OH)

    6,25 €

    19,63 €

    Conclusion Finale

    Le rapport IGAS/IGF est un document dont la logique budgétaire interne conduit à des recommandations qui sont en profonde contradiction avec la réalité économique, humaine du secteur et les comparaisons internationales objectives.

    1. Une Prémisse Fausse : Il part du principe que la biologie française est trop chère, alors que les données montrent qu’elle est l’une des plus efficientes d’Europe en termes de coût global par habitant.
    2. Des Comparaisons Trompeuses : Il compare des rentabilités sans en analyser les causes (modération salariale), et des tarifs sans en comprendre la structure (système à deux vitesses allemand).
    3. Une Stratégie Dangereuse : Il propose un modèle d’hyper-concentration qui détruit la résilience du système, une déqualification qui menace la qualité des soins, et une politique tarifaire qui annihile toute incitation à l’investissement et à l’innovation.
    4. Une Injustice Sociale Unique : Il s’attaque à une profession de santé avec une brutalité inédite, en organisant une baisse de revenus et un déclassement sans équivalent dans d’autres professions réglementées.

    En définitive, ce rapport n’est pas un plan de « bonne gestion » visant à normaliser un système. C’est un projet politique de « déflation compétitive » visant à transformer une profession médicale en un service industriel à bas coût. Il ne résiste pas à une analyse factuelle approfondie, qui révèle que la France, loin d’être un cancre, est l’un des élèves les plus économes d’Europe. Poursuivre dans la voie tracée par ce rapport serait une décision purement budgétaire, prise au mépris des réalités du terrain et des comparaisons internationales.

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    1. chapeau pour votre intervention très pertinente et structurée, le genre d’argumentaire à transmettre à nos syndicats et decideurs politiques !

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    2. Bonjour

      Un autre rapport est sorti récemment sur la financiarisation de la santé

      https://igas.gouv.fr/causes-et-effets-de-la-financiarisation-du-systeme-de-sante

      Le rapport point clairement le risque d’avoir des acteurs « too big to fail »

      « Le niveau de concentration atteint dans certains secteurs crée toutefois un risque
      systémique, analogue à celui qui s’est réalisé dans le secteur médico-social avec le
      défaut du groupe Orpea, qui n’existait pas dans la configuration diffuse d’autrefois. Si
      l’autorité de la concurrence81 veille, pour les opérations qu’elle est chargée de contrôler
      (c’est-à-dire au-dessus de certains seuils), à ce que les opérations de rachat ne conduisent pas
      à générer des situations monopolistiques, ce contrôle ne permet en rien de répondre à la
      dégradation de l’offre de soins qui pourrait résulter de la défaillance d’un acteur majeur, local
      ou national. L’anticipation de ce risque et la prévention de ses conséquences doivent être
      considérés comme un enjeu, à ce jour non appréhendé ni traité par le régulateur. »

      Plus loin :

      « Or il ne paraît pas acceptable que, par un défaut d’anticipation du régulateur, des situations de
      ce type ne trouvent d’issue que dans une « nationalisation des pertes » : la sécurité du système
      ne saurait se résumer à l’hypothèse implicite qu’à la fin l’Assurance maladie pourra solvabiliser
      les acteurs par des mesures tarifaires ad hoc, ou qu’à défaut l’État ou la Caisse des dépôts se
      substitueront aux actionnaires. »

      C’est quand assez dingue

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      1. Les 2 rapports de l’IGAS sont alors contradictoires (ils ne se parlent pas entre eux ?) car une pression tarifaire accrue sur les tarifs de biologie va probablement ramener le nombre d’acteur majeurs de 6 à 3/4 (je verrais bien Unilabs trop petit en France quitter le marché par revente à un autre acteur et Eurofins (qui est financièrement très bien) racheter un des 3 gros surendetté) ce qui augmenterait encore plus la fragilité de l’ensemble.

        Au passage écrire que la faillite des holding n’aurait aucun impact sur les sociétés opérationnelles est incroyable et montre une méconnaissance de ces procédures : ça sera forcément une période très pénible de gel des investissements / limitation des avantages des salariés / absence de revalorisations salariales impliquant de la démotivation et des départs accrus.

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        1. La contradiction est dans le discours (ce rapport exprime comme une crainte ce que l’autre exprime avec légereté) mais pas dans le fond. Dans le rapport financiarisation ils déploient clairement le même raisonnement que le rapport sur la bio, mais implicite :

          • la sécu n’épongera pas la dette des groupes financiarisés
          • il faut qu’ils se préparent à de sérieux problèmes (renégociation de leur dette voire pire), ce n’est pas le problème des autorités

          C’est assez préoccupant.

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          1. Les grands groupes en faillite, pas Cerhaut mais l’autre, envisage TRES sérieusement de délocaliser les plateaux en Europe de l’est.

            Transmis au shift project pour analyse de la pertinence…

            C’est la seule solution pour eux de s’en sortir.

            Le plus dur n’est pas la chute mais l’atterrissage.

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            1. Ne serait ce pas l’aboutissement logique du libre-échange défendu par l’Europe et la France, qui est « l’ouverture au commerce international en supprimant les barrières à la circulation des marchandises et des capitaux. L’augmentation de la concurrence et de la taille des marchés est censée favorable à l’innovation et à l’investissement tout en réduisant les coûts pour les consommateurs ». La question est : création d’un site technique délocalisé ou externalisation ? Avec les problématiques réglementaires diverses type ISO15189 et RGPD…

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              1. Ce serait presque une suite logique : plutôt que de faire venir en France des biologistes formés en Europe de l’Est, autant les faire travailler chez eux. Sans jugement de valeur, mais avec un constat : les cursus ne sont pas les mêmes, ni en durée ni en niveau d’exigence, quand les biologistes français en exercice libéral sont à bac+9/10. Et dans la pratique, bon courage pour trouver une équivalence réelle de praticien : elle n’existe que sur le papier validé par l’Ordre professionnel (aveugle ?).

                Pour les délais de rendu, ce sera finalement une formidable opportunité pour le patient moderne : déjà habitué à attendre ses colis Temu ou Shein, il découvrira peut-être la joie de recevoir ses résultats dans les mêmes délais… voire dans le même carton ?

                Tout cela en oubliant soigneusement l’opportunité que cela représenterait pour la biologie médicale libérale et indépendante, pour laquelle le délai de rendu, la proximité et l’échange avec le prescripteur ont encore un sens – et une valeur.

                L’avenir est beau pour eux en tout cas car ils n’ont pas oublié les besoins essentiels des patients.

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                1. Vous êtes complètement à côté de la plaque. Il y a une législation européenne depuis longtemps qui établit les équivalences en matière de diplômes. L’inscription dans les deux Ordres pour les biologistes étrangers s’appuie sur cette législation. S’il y a des biologistes formés dans d’autres pays européens, qui travaillent en France, ils sont sûrement des BAC +9/+10.

                  Il faut arrêter de s’apitoyer sur son sort. Quand les Américains créaient des géants industriels dans les années 60 et 70, qui valent aujourd’hui plus que toutes les entreprises françaises réunies, vous vous en foutiez complètement. Quand les Allemands basculaient vers une biologie industrielle avec la loi de 1996, pareil, vous vous en foutiez complètement.

                  Peu de biologistes étaient vraiment conscients de ce qui se passait en dehors des frontières françaises. Tout le monde autour de la France était en plein changement, sauf la France.

                  L’industrialisation de la biologie médicale dans le monde est entamée depuis longtemps, bien avant la reforme Ballereau de l’année 2009. Il a fallu quelques grands esprits de l’intérieur, pour déclencher une réforme absolument nécessaire. Je peux vous rappeler la plainte de Labco, entreprise française, auprès de la Commission Européenne, contre l’Etat Français. La France était le dernier pays européen qui refusait d’ouvrir le capital de ses laboratoires.

                  Au lieu de pleurnicher maintenant, il fallait se préparait par avance et aujourd’hui la France serait toujours parmi les meilleurs, avec le capital Français gardant la main sur ses entreprises.

                  Une chose est sûre, avec des gens comme vous, qui s’accrochent désespérément au passé, on serait tous obligés d’apprendre le chinois dans quelques décennies….

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                  1. La réalité est sans doute plus nuancée. Je n’aime d’ailleurs pas du tout le ton que vous employez et n’hésiterait pas à modérer vos prochains posts.
                    Oui, il existe une législation européenne qui encadre la reconnaissance des qualifications professionnelles, y compris pour les biologistes. Elle permet à un praticien formé dans un autre État membre d’exercer en France, sous réserve de satisfaire aux critères fixés par les ordres et les autorités compétentes. Mais dans les faits, les cursus et les pratiques diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre, tant sur la durée que sur le contenu de formation. L’équivalence juridique ne garantit donc pas toujours une équivalence de compétences ou de responsabilités sur le terrain.

                    Sur le fond, la France n’a pas ignoré les évolutions internationales : elle a engagé, avec la réforme Ballereau, une structuration nécessaire de la biologie médicale autour de la qualité avec un certain nombre de règles prudentielles. Ce choix a peut etre retardé les mutualisations industrielles, mais il a contribué à préserver un relatif niveau de compétence et une proximité clinique qui restent des atouts reconnus du modèle français. Vous parlez de Labco, mené par un médecin psychiatre qui déclarait que la biologie n’avait rien de médicale, vous parlez de 1996, la génération actuelle des 45 ans était en train de passer le brevet des collèges, vous parlez d’ouverture du capital, il l’était depuis MURCEF en 1990, un peu de sérieux. Ceux qui n’ont rien fait pour la biologie, ce sont justement ceux qui ont préféré vendre lors de la bulle créé par les taux bas, entre 2010 et 2020, aux financiers, optant massivement et de façon complètement opportuniste pour le rachat à effet de levier, en partant avec la caisse au fur et à mesure des débouclages, laissant une dette insoutenable logée au passif des entreprises. Cette génération a eu le beurre et l’argent du beurre. Cela a profondément modifié les dynamiques de propriété et de contrôle, dont on pourrait discuter les impacts au quotidien, avec des implications pour l’investissement, l’innovation mais aussi l’engagement de la jeune génération.

                    Rejouer l’histoire comme vous le faites n’apporte strictement rien au débat. La vraie question est que faire pour concilier aujourd’hui l’impératif de coûts très bas, la dette et le modèle à haut service médical rendu et de proximité auquel le système de santé français semble malgré tout très attaché. Tant que la concurrence de ce modèle que certains voudraient voir disparaitre co existera avec le modèle international de « biologie de plateau » sans aucune valeur ajoutée ou presque, cet équilibre sera préservé. C’est ensuite une question de temps et d’orientation politique. « Quand tous les dégoutés seront partis… »

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                    1. Je vous parle d’une industrialisation qui a été effectuée trop tardivement (il faut juste comparer les années 80 aux Etats-Unis, 1996 l’Allemagne et 2009 la France), avec les effets que vous voyez aujourd’hui. Une industrialisation effectuée tardivement et à la va-vite, avec une concentration actuelle du secteur à 75% dans les mains des multinationales. On est passé d’une extrême à l’autre. Quand on ne fait pas les choses au moment opportun, on va supporter les conséquences plus tard.

                      Et les seuls coupables, selon vous, sont les biologistes qui ont vendu leurs parts entre 2010 et 2020? Parce qu’ils n’en avait pas le droit? parce que la biologie médicale est une religion ou une idéologie, qui demande une certaine moralité et qui condamne la cupidité?

                      Ou peut-être parce qu’il y a eu une résistance farouche de l’intérieur aux reformes? de la classe politique mais aussi au sein d’une spécialité médicale très privilégiée dans les années 90? qui n’a fait que retarder l’inévitable?

                      Quoique vous pensiez, vous n’auriez eu la moindre chance de vous opposer ni à l’industrialisation du secteur, ni aux regroupements. La France, pleinement intégrée dans l’économie mondiale, n’aurait pas pu faire autrement. Mais cette évolution industrielle, effectuée à temps, aurait pu se passer différemment, plus équilibrée et avec des entreprises sous contrôle du capital français, tout en gardant « un modèle à haut service médical rendu et de proximité ».

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                    2. Soyez rassuré, je n’ai aucune prétention d’empêcher l’industrialisation du secteur. Quand à la cupidité, à quel moment peut on raisonnablement penser que tout peut bien se terminer lorsqu’on vend X 2 voire X 3 ? Personne n’a voulu se poser de question. C’est la tragédie des biens communs, lorsque chacun poursuit son intérêt individuel sans coordination ni réflexion à long terme. Mais si l’on cherche la cause ultime, il faut accuser la politique monétaire. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, même si l’industrialisation avait débuté plus tôt, les état de quasi faillites auraient juste été décalés dans le temps. LBO + tarifs administrés + inflation + remontée des taux = catastrophe. Le numérique/I.A peut par contre changer la donne, c’est tout ce que l’on peut espérer à moyen terme.

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                    3. Pour compléter le débat, je parle aussi d’expérience de terrain : j’ai travaillé avec des médecins biologistes d’Europe de l’Est. Certains n’étaient pas sur des parcours bac+9/+10, mais plutôt autour de bac+6/7 (de mémoire), et surtout avec une exposition très limitée à la biologie clinique telle qu’on la pratique en France (interprétation, dialogue clinicien, responsabilité médicale au quotidien).

                      Oui, les Ordres valident cela, et ça cause parfois du désordre — avec l’Ordre. C’est poussé par l’UE.

                      Et il faut répondre très précisément à ce qui a été affirmé plus haut : l’inscription dans les Ordres sur la base du cadre européen de reconnaissance ne signifie absolument pas que les biologistes formés dans d’autres pays européens qui travaillent en France sont “sûrement” bac+9/+10. L’inscription repose sur une équivalence réglementaire, pas sur une uniformité réelle des cursus. Autrement dit : la loi organise la reconnaissance, elle ne standardise ni la durée de formation, ni le contenu, ni l’exposition à la biologie clinique. Il faut donc éviter la confiance aveugle dans un résultat “mécanique” des textes.

                      La France reste un modèle d’exception et beaucoup de choses sont à faire en biologie clinique. Il ne s’agit pas de tout accepter, telle une serpillère, et de dire qu’il faut se laisser emporter au nom de la mondialisation. La mondialisation a de grands torts et l’actualité nous le rappelle tous les jours. On ne peut pas produire une biologie de qualité en faisant n’importe quoi. Il faut arrêter de croire que tout est sans limite et sans conséquences.

                      Quand on s’intéresse réellement aux patients et à leur expérience, il faut bien se rendre compte que la proximité et le délai de rendu sont essentiels pour une prise en charge correcte des pathologies en France. Si les gens souhaitent une biologie dégradée, ils l’auront : il n’y a rien de plus simple que de casser ce qui fonctionne. Mais cela se fera avec des professionnels tirés vers le bas, car cela n’attirera personne (le mal est déjà en partie fait…).

                      En revanche, je pense aussi qu’il faut arrêter de jeter la pierre à ceux qui ont vendu leur laboratoire à des financiers. Déjà, tous ne l’ont pas fait. Ensuite, compte tenu de la rareté des exerçants et de la valeur d’un outil construit sur une vie de travail, beaucoup ont probablement eu raison de valoriser leur trajectoire professionnelle. On peut être pour ou contre le capitalisme en santé (c’est un autre débat, et il est vrai que nous sommes un pays profondément socialiste), mais quand le capital est là, il ne sert à rien de faire comme s’il n’existait pas. Et, accessoirement, ceux qui ont vendu avaient aussi, à un moment, acheté.

                      On doit sans doute se réjouir que certains pharmaciens d’officine partent à la retraite avec une roue de vélo ; mais si le capital était ouvert en officine, cela n’arriverait certainement pas. Et personnellement, je n’ai pas envie d’acheter un outil professionnel pour repartir avec une roue de vélo à la retraite.

                      En conclusion, pour sauver notre biologie, il faut que les politiques aillent chercher l’argent ailleurs — et il y en a. Il faut défendre la biologie médicale “à la Française” et arrêter de regarder avec fascination la fermeture des plateaux techniques. C’est malsain et cela démontre que l’être humain n’est parfois adorateur que d’une chose : les fermetures, les blessures, les effondrements.

                      Nous avons fait suffisamment d’efforts dans les économies de santé ; aux autres d’y contribuer désormais.

                      Pour finir sur l’industrialisation arrivée tard, n’oublions pas que les professionnels ne la voulaient pas spécifiquement et que la France avait des moyens suffisants. Elle apporte son lot de qualité et d’homogénéisation de la prestation sur le territoire national, mais elle apporte aussi son lot de bizarreries.

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                    4. Sur la question de jeter ou non la pierre à ceux qui ont vendu à des financiers. Certains n’ont pas eu le choix, pour diverses raisons liées à l’âge des dirigeants majoritaires ou ont été entrainés via des clauses aussi obscures que malhonnêtes. D’autres l’ont eu et ce fut seulement une question de prix pour les retrayants. Exemple : entre prendre 1 million (à 100% du CA) ou 3 millions effectivement, cela fait réfléchir (et on est loin de la roue de vélo). Bien placé, la (véritable) rente était assurée. Ont ils eu raison ou pas, c’est un débat quasi philosophique. Au passage, l’Etat en a aussi profité via la taxation des plus values. Mais personne pour se demander d’où venait ces 2 millions de delta ? De la dette ? Portée par qui ? Avec quelles conséquences potentielles ? C’est là où le bas blesse aujourd’hui : cette liberté individuelle (ou inconscience collective) qui fait que dans les grands groupes, l’unique charge de la dette (intérêts à des taux de niveau junk) absorbe une part majoritaire et croissante des bénéfices. Lorsqu’un entrepreneur vend mieux à un financier qu’à un pair, la différence de prix n’est pas issue d’une meilleure performance économique, d’une récompense d’avoir été un bon gestionnaire mais uniquement de l’effet de levier de la dette, qui repose sur des lendemains toujours meilleurs. Ces millions supplémentaires proviennent en réalité d’un transfert de risque : c’est la société — et dans le cas de la santé, la collectivité — qui en assumera le coût futur : pression accrue sur les bénéfices pour rembourser les créances, réduction des investissements dans l’innovation ou la recherche, voire, à terme, des faillites si la rentabilité ne suit pas. C’est cette vérité là qui a été soigneusement occultée, par tous les conseils qui sont intervenus (et qui ont également pris leur pourcentage dans les transactions).

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                  2. Avant la réforme, la biologie médicale française était de très bon niveau, et plutôt un modèle pour les américains, déjà fort industrialisés.

                    L’industrialisation est loin d’être un gage de qualité :

                    https://westgard.com/qc-applications/basic-qc-practices/2025-qc-survey-usa.html

                    On industrialise et on fait rentrer la finance dans un secteur de la santé : le service rendu à la population se dégrade. Et on parle ici de finance, qui n’a rien à voir avec l’économie.

                    On pourra chercher toutes les excuses possibles, le constat est sans appel.

                    Les exemples de dérives sont quasi quotidiens, encore ces jours ci ;

                    https://www.marianne.net/monde/europe/en-espagne-le-scandale-de-torrejon-reflet-de-la-privatisation-de-l-hopital

                    La rentabilité à court terme est incompatible avec le secteur de la santé, dont j’espère la biologie médicale fait encore partie (ou alors effectivement on la déclare comme l’UE le souhaite, comme une prestation de service, au même titre que le chauffeur VTC et alors là effectivement, plus besoin de se prendre la tête).

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      1. C’est certain que cette obligation sera adaptée au maximum d’ici 2030 en France.

        • prévoir n dossiers pour n biologistes (comme en Belgique par exemple)
        • règles complémentaires démographiques pour les sites de prélèvement (peut-être plus strictes que celles qui existent actuellement, sur le modèle de la pharmacie d’officine par exemple).

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      2. J’avais demandé un contact à l’IGAS, réponse : « L’IGAS ne répond pas aux demandes individuelles à la suite des publications de ses rapports ». J’avais notamment un exemple chiffré et prouvé de travail sur la pertinence de prescription à l’hôpital avec plus d’un millions d’euros d’économies. Mais en fait on comprend bien que le deep state technocratique avait déjà décidé des conclusions du rapport avant même sa rédaction.

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  6. Un rapport IGAS viens de sortir et il enterre définitivement la profession de biologiste médical :

    https://igas.gouv.fr/pertinence-et-efficience-des-depenses-de-biologie-medicale

    _ Nécessité de baisse importantes des tarifs des actes de biologie à partir de 2027. Demande de baisse de la rentabilité du secteur car la mission estime qu’il n’est pas du ressort de l’Assurance Maladie de garantir des tarifs élevés pour permettre aux groupes de rembourser leurs dettes d’acquisition. Toutefois si on avait eu des pouvoirs public responsables c’est ces rachats spéculatifs qui auraient été interdit. Au passage utilisation des chiffres 2023 alors que l’impact majeur des baisses sera surtout visible sur 2025 (année pleine de la baisse de 10 % de Septembre 2024).

    _ Baisse des tarifs des prélèvements infirmiers et alignement sur les techniciens pour économiser 50 millions (est ce que les techniciens seront massivement intéressés à aller faire du 100 % prélèvement sur site périphérique ??).

    _ Mise en place de la biologie délocalisée en dehors des établissements de santé dans un cadre simplifié délié de la responsabilité du biologiste. Mise en place de financements dédiés (irréaliste et couterait plusieurs centaines de millions d’euros par an, curieusement ce poste n’est pas budgété à l’inverses des économies putatives).

    _ Requalification des biologistes en salariés qui générerait 108 milions ( !!!) de cotisations supplémentaires (en réalisé plutôt une baisse du salaire net à package total inchangé ?). Le rapport table sur un salaire net moyen annuel post réforme de 64 k€.

    _ Le rapport constate que le niveau de rémunération des biologistes libéraux a fortement baissé en quinze ans ; baisse de 33 % de 2010 à 2023 en nominal et de 60 % en incluant l’inflation. Le rapport encourage de continuer cette baisse dans les prochaines années !

    _ Révision de la règle « n biologistes / n sites ; assouplissement et remplacement par un ratio sur l’activité. Réduction de « 800 équivalents temps plein de biologistes, remplacés par d’autres professionnels impliquant une moindre charge salariale (ingénieurs biologistes par exemple => qu’est-ce ?? quelle formation ??) » pour économiser 50 M€. On imagine le dumping et la pression sur les biologistes restant qui seraient moins nombreux sur des plateaux techniques plus grands. Qui sera assez fou pour se lancer dans un double concours et des études de 9 / 10 ans pour viser ce genre de poste ?

    _ Suppression des limites relatives aux 3 territoires de santé pour augmenter la taille des SEL.

    _ Fermeture des petits sites en zone sur dense (qui va forcer ces fermetures alors que c’est le résultat de la sacro-sainte concurrence ?) entrainant une économie miracle de 90 millions d’euros par an.

    _ Augmentation des possibilités de sous traitance (au-delà de 15 %) pour augmenter encore la taille des plateaux techniques (on imagine le plateau technique unique national de bactériologie de Cerba, délai de rendu 1 semaine pour un ECBU).

    _ Respect de délais maximaux de rendu des analyses fixés par la réglementation (totalement irréaliste, trop complexe à mettre en œuvre et surtout impossible à surveiller et à sanctionner ; cela avait été tenté en 2010 mais vite abandonné). Quand on voit qu’aucune des règles prudentielles de la réforme Ballereau n’a été respectée on est ici dans la pensée magique technocratique la plus pure.

    _ Le rapport attends de manière quasi certaine des défauts sur les dettes des labos (on se demande quel investisseur sera suffisamment suicidaire pour investir dans le secteur ensuite) : « Les holdings propriétaires des groupes de laboratoires et leurs actionnaires qui doivent rembourser des dettes d’acquisition élevées se verraient contraints de restructurer leur passif. La mission estime que cette perspective est inévitable au regard des risques qui ont été pris par les investisseurs et les prêteurs ». Ils pensent aussi que cela n’aura aucun impact sur le fonctionnement quotidien des SEL (la bonne blague !).

    _ Recommandation de négociations directe CNAM – groupes (on imagine l’impact sur la baisse d’influence des biologistes).

    Avec tout ça au moins l’avenir attendue par l’état pour la biologique médicale est clairement annoncée !

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    1. Merci pour le résumé.

      Franchement, ça surprend quelqu’un ici?

      En 2011, j’écrivais sur le forum SJBM à l’époque que la 15189 protégerait les laboratoires, certainement pas les biologistes.

      Il aura fallu moins de 15 ans pour arriver à effacer une profession sous couvert de la Norme.

      Le secteur va sortir exsangue de la financiarisation autorisée par ceux qui aujourd’hui encore proposent les mauvaises solutions: fin actée des derniers laboratoires indépendants via les baisses de rém, industrialisation à outrance du secteur, au final, les gros se boufferont entre eux ou se feront digérer par encore plus gros avec au final, fermeture des sites peu / pas rentables et des délais de rendu encore plus longs…

      et bien sûr plus de biologistes pour prendre en charge les urgences médicales (vous savez, celles de vendredi 19h00 ou du samedi aprés midi, quand il reste nous et le patient).

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    2. pas très surprenant.

      nous pouvons remercier chaleureusement toutes les banques, fonds de private equity, avocats d’affaires spécialisés mais aussi : biologistes indépendants qui surfaient sur la vague des valorisations stratosphériques et exploitaient leurs jeunes « confrères ».

      Maintenant, tout le monde va enfin comprendre que : les affaires valent ce qu’elles rapportent.

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      1. En ce moment, on parle beaucoup des inégalités entre générations avec notamment les retraités français au niveau de vie supérieurs au actifs (quasi unique dans l’OCDE). Et dans ce débat, nous pouvons avoir une pensée pour les biologistes médicaux de la génération du baby-boom qui ont clairement bénéficié d’un contexte ultra favorable, qu’aucune génération suivante n’a retrouvé.

        Dans les années 80 et 90, beaucoup ont pu acheter des labos pour une bouchée de pain — souvent à moins de 80 % du chiffre d’affaires annuel. À l’époque, la demande explosait, l’inflation aidait, les volumes grimpaient, et la concurrence était quasi faible. Bref, le ticket d’entrée était bas et les profits rapides.

        À partir des années 90 et surtout dans les années 2000, les choses se sont encore améliorées pour eux : l’automatisation a fait un bond énorme, boostant la productivité. C’est aussi là que les premiers regroupements de labos ont commencé à se faire, souvent en s’appuyant ensuite sur une main-d’œuvre jeune, sous-payée, et coincée dans des statuts TNS. Ces jeunes biologistes, corvéables mais jamais associés à la valeur créée, ont largement porté la restructuration de ces structures sans en voir les bénéfices.

        Puis est arrivée la grande vague de rachats par les groupes financiers, entre 2010 et 2023. Ces labos, parfois achetés à prix cassés quelques décennies plus tôt, ont été revendus à 200 voire 300 % du chiffre d’affaires. Résultat : des départs en retraite avec plusieurs millions d’euros, pour des biologistes qui ont souvent travaillé avec une productivité bien inférieure aux standards actuels — parfois trois fois moindre.

        Aujourd’hui, ceux qui arrivent dans la profession se retrouvent à bosser plus, avec plus de contraintes, pour bien moins de perspectives.

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        1. Concernant les jeunes biologistes en statut TNS : la vraie solution serait certainement des dénonciations massives aux URSSAF pour salariat déguisé.

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      2. Pourquoi « une affaire ne vaut que ce qu’elle rapporte » est une idée fausse et dangereusement simpliste

        Réduire la valeur d’une entreprise à sa seule rentabilité immédiate est une erreur d’analyse majeure. L’histoire économique et les marchés financiers actuels montrent que de nombreux facteurs, souvent déconnectés des profits présents, influencent la valorisation.

        1. Création monétaire et gonflement artificiel des actifs

        Depuis plus de 20 ans, la masse monétaire (M3) augmente bien plus vite que la création réelle de richesses.

        Cette surliquidité, dopée par les politiques monétaires accommodantes, a provoqué une inflation généralisée des valorisations : immobilier, actions, cryptos, start-up… quasiment tous les actifs ont été poussés à la hausse, indépendamment de leur rentabilité.

        2. Pétrolières : des géants sous-valorisés à cause du 

        peak oil

        Les grandes compagnies pétrolières restent parmi les entreprises les plus rentables du monde. Pourtant, leur P/E moyen sur les 10 dernières années est resté relativement bas (autour de 10–12× pour le secteur), bien en dessous de nombreuses entreprises technologiques non rentables.

        Une des raisons : la légende du peak oil, annoncée presque chaque année depuis le début des années 2000, a pesé sur les anticipations des investisseurs et sur les multiples de valorisation. Résultat : un secteur massivement rentable… mais sous-valorisé par rapport à son potentiel réel.

        3. Cryptomonnaies et altcoins : valorisations sans aucun rendement

        Environ 99 % des altcoins n’ont aucun modèle économique viable, pas de revenus, pas de cash-flow positif… et pourtant certains ont atteint des capitalisations colossales uniquement portées par la spéculation et l’effet de mode.

        Ici, la valeur est totalement déconnectée de la rentabilité — preuve que la rentabilité actuelle n’est pas la seule variable.

        4. Bulles et effondrements

        Les marchés regorgent d’exemples où la valorisation s’est effondrée brutalement, indépendamment des bénéfices passés.

        • Orpea : valorisé plusieurs milliards avant de chuter à quasi zéro en quelques mois, malgré une activité encore rentable peu de temps avant.

        5. Start-up : la valeur sur la promesse

        Certaines start-up sont valorisées à plusieurs milliards alors qu’elles ne sont jamais rentables.

        • Sorare : société française de NFT sportifs, valorisée à plus de 4 milliards d’euros en 2021, alors que le modèle économique repose sur un marché ultra spéculatif et instable.
        • Ynsect : licorne de la French Tech (production de protéines à base d’insectes), ayant levé plus de 550 millions d’euros, mais avec des ventes dérisoires (568 000 € en 2022) et des pertes énormes (90 millions €). Entrée en redressement judiciaire en 2025 avec 70 % des emplois supprimés.

        6. Laboratoires de biologie médicale

        Dans ce secteur, les valorisations actuelles sont environ 3 fois plus élevées qu’il y a 25 ans… alors que la rentabilité moyenne a été divisée par deux.

        Cela montre que les investisseurs paient aujourd’hui beaucoup plus cher des entreprises moins rentables — l’exact inverse de « une affaire ne vaut que ce qu’elle rapporte ».

        Conclusion

        Dans un système économique saturé de liquidités, marqué par la spéculation, les effets de mode, et en France par un capitalisme de connivence, la valeur d’une entreprise dépend de bien plus que ses profits immédiats :

        • anticipations de marché,
        • environnement macroéconomique,
        • récits dominants (peak oil, transition énergétique, révolution blockchain…),
        • abondance ou rareté du capital.

        Dire qu’« une affaire ne vaut que ce qu’elle rapporte » revient à ignorer l’essentiel de la mécanique des marchés et à oublier que, dans un système malade, la valeur est souvent une construction spéculative plutôt qu’un reflet fidèle de la rentabilité.

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        1. La biologie médicale n’est pas la tech : sur un marché mûr, la valeur reste ancrée dans les flux réels

          Oui, le vieillissement de la population soutient la demande. Mais dans un secteur arrivé à maturité, sans rupture technologique imminente, avec des tarifs régulés et un volume déjà élevé, on s’éloigne de la logique “promesse = valorisation” propre à la tech. Ici, la valeur dépend d’abord de ce que l’activité rapporte durablement, pas de narratifs spéculatifs.

          1) Un cadre de tarifs et de volumes qui plafonne mécaniquement la valeur

          • La biologie est sous objectif de dépense (ONDAM) avec un cadre prix–volumes : quand l’enveloppe dérape, les tarifs sont ajustés par avenant… voire unilatéralement si nécessaire. C’est écrit noir sur blanc dans les textes et synthèses récentes du PLFSS 2026.
          • On sort d’une séquence de baisses tarifaires (dont –10 % en 2024), ce qui rappelle la capacité de la CNAM à réguler vite et fort. Difficile, dans ces conditions, de bâtir une thèse de valorisation sur des multiples expansifs.

          2) Des fondamentaux “matures”, loin des profils de croissance spéculatifs

          • Pas de “disruption” courte vue à l’horizon : accréditation ISO 15189, exigences qualité, capex/opex récurrents, tensions RH… Tout cela contraint la marge et l’élasticité des volumes. Les pouvoirs publics visent d’ailleurs explicitement une hausse lente des dépenses de santé et plus de mesures correctrices.

          3) Le PLFSS 2026 renforce l’asymétrie de risque pour les investisseurs

          • Les documents officiels et notes de synthèse indiquent que, en l’absence d’accord, le Directeur général de la CNAM peut abaisser des tarifs. Pour un investisseur, cela veut dire : downside réglementaire asymétrique et scénarios de cash-flow plus prudents → spéculer sur une expansion de multiples devient hasardeux.

          4) Conclusion : ici, la réalité prime sur le récit

          Les marchés peuvent parfois “payer la promesse”. Mais la biologie médicale en France reste un service régulé, à rendement borné par des mécanismes publics actifs. Dans ce contexte, “les affaires valent ce qu’elles rapportent” n’est pas un aphorisme simpliste : c’est le bon référentiel de valorisation pour un actif mûr et régulé, où la croissance démographique soutient l’activité sans lever les plafonds de prix.

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    3. Il y a une vraie réaction de panique parmi les biologistes, on dirait que le rapport IGAS serait mis en application à la lettre par le gouvernement dans les mois à venir. Est-ce que la réforme Ballereau de 2009 a tenu pleinement compte du rapport IGAS 2006?

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      1. La biologie medicale sous le contrôle des biologistes va disparaître, c’est ecrit. La biologie industrielle sera sous la supervision d’ingénieurs et les ebmd sous la supervision directe des cliniciens. Je souhaite beaucoup de courage aux jeunes biologistes qui devront probablement se reconvertir en cours de carrière et je pense particulièrement à ceux lourdement endettés qui ne retrouveront jamais l’argent investi. Avec du recul, c’est quand même un sacré scandale la façon dont cette profession est traitée par l’etat.

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      2. Le rapport IGAS de 2025 est une véritable douche froide. J’ai mal au cœur pour nos jeunes internes qui, après avoir réussi des concours d’une grande sélectivité, se donnent corps et âme à leur formation. Ils enchaînent les gardes de nuit et de week-end, font leur mémoire, leur thèse, publient, se forment en continu (cours de DES, DU…) et participent activement à l’innovation diagnostique. Tout cela pour une rémunération dérisoire et avec un statut précaire, sans véritable contrat de travail. Cet investissement sans faille est pourtant essentiel au fonctionnement de nos laboratoires.

        Ce rapport ouvre la voie à une logique purement économique. Quel avenir laisse-t-on à ces jeunes ? Celui d’une possible reconversion, malgré tant d’années de sacrifices. C’est un message décourageant et un immense gâchis de compétences pour notre système de santé.

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    4. Concernant la biologie délocalisée, le rôle du biologiste va bien au-delà de la simple validation des résultats. Il comprend l’installation et la qualification des équipements, la formation et l’habilitation du personnel, la gestion des pannes et des stocks de réactifs pour éviter ruptures ou péremptions, l’adéquation entre la demande médicale et les besoins en matériel ainsi que la traçabilité des résultats.

      Dans ce contexte, si j’ai bien compris, le rapport recommande un achat public groupé pour les futurs EBMD sortis de la responsabilité des biologistes. On imagine facilement la lenteur et la lourdeur de ces appels d’offres, avec des prix finaux souvent élevés, comme c’est souvent le cas pour les commandes publiques.

      Ensuite, il est difficile d’imaginer qui aurait l’autorité pour répartir les machines et surtout qui pourrait juger de la pertinence de leur implantation selon les besoins locaux (les fameux technocrates des ARS ?)

      Si la fourniture des réactifs était également centralisée, on peut craindre une quantité importante de gaspillage et de péremption, faute d’une gestion fine au plus proche du terrain.

      Enfin, trouver un équilibre sera très compliqué : si la cotation est trop basse, personne ne voudra participer, et si elle est trop élevée, cela risque d’entraîner une surprescription

      Dans ces conditions, on aura surement une efficience globale inférieure au système actuel avec une enveloppe globale qui déraperait rapidement.

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    1. Plus grand monde… sauf les fonds de catégorie spéculative qui vont se payer sur la bête, voire sa carcasse.
      https://pe-insights.com/restructuring-wave-draws-hedge-fund-interest-in-french-pe-backed-firms/
      A noter que la France semble s’illustrer dans les LBO, notamment dans la distribution, les télécommunications… et la santé !
      Depuis 2015, la France a connu 4 675 LBO, dépassant largement les 2 786 de l’Allemagne et les 1 749 de l’Italie.
      Complètement expérimental dans la situation économique actuelle.

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      1. Cerba est au bord du goufre d’après les proches du dossier, il y aurait un projet de re capitalisation de l’actionnaire principal pour baisser la dette énorme, les biologistes actionnaires vont probablement être dilués significativement et rincés au passage ce dossier est à suivre +++

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        1. Je ne sais pas quelles sont vos sources mais j’imagine mal les biologistes actionnaires se laisser faire et perdre de l’argent sachant qu’ils sont juridiquement maîtres des SELAS et majoritaires en droit social avec un vrai pouvoir de nuisance (cartes cps, remontée de trésorerie…) il y aura forcément un arrangement intelligent sans compter que peu importe le repreneur les labo ne peuvent pas fonctionner sans bio

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          1. Vue de l’exterieur ce pouvoir juridique des biologistes semble uniquement formel et non réel : il suffit de voir l’évolution des conditions d’embauche, de travail et de rémunération des bio TNS depuis 15 ans pour avoir de très très fort doutes ? Par contre effectivement ça serait une première je pense pour une profession « libérale » d’avoir une sorte de ruine collective… En plus les contrats TNS c’est des sièges éjectables donc je ne vois pas quel peut être le pouvoir de négociation dans ce contexte.

            En tout cas ont peut être rassuré pour tous les banquiers qui ont accordées des prêts insoutenables, pour les avocats d’affaires et les financiers des fonds de private equity qui ont structurés les deals foireux sur base de projections et de prévisions irréalistes : les supers bonus qu’ils ont obtenus lors des signatures des deals ne seront pas affectés eux…

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            1. Lorsqu’une société en LBO rencontre des difficultés financières, la priorité des intérêts suit une hiérarchie stricte dictée par la structure financière et les mécanismes contractuels du montage.
              Les créanciers seniors en premier lieu qui disposent de la priorité absolue grâce à la sécurité offerte par leur statut juridique et garanties contractuelles, d’autant qu’ils sont souvent majoritaires dans le montage. Ensuite viennent les créanciers mezzanine en position subordonnée. En dernier lieu et de façon assez contre intuitive, les actionnaires/investisseurs en fonds propres qui supportent le risque résiduel.
              Leurs intérêts peuvent être préservés par :
              – Des mécanismes de gouvernance renforcée (droits de veto)
              – Des clauses pour éviter la dilution (ratchet clauses)
              – La possibilité de recapitaliser la structure via des apports en « new money »
              En situation de crise, cette hiérarchie se renforce par des mécanismes juridiques et financiers :
              – Les créanciers seniors peuvent déclencher des procédures d’accélération des dettes et prendre le contrôle via des debt-to-equity swaps
              – Les actionnaires voient leurs droits dilués lors des augmentations de capital d’urgence
              Les tribunaux privilégient habituellement les plans de continuation favorisant les créanciers seniors lors des procédures collectives.
              Un récent rapport d’Independent Business Review (IBR) montre que dans 78% des LBO français en difficulté entre 2015 et 2023, les créanciers seniors ont récupéré plus de 60% de leurs créances, contre moins de 10% pour les actionnaires. Cette asymétrie reflète la logique contractuelle du LBO où le levier financier accru s’accompagne d’un transfert de risque vers les investisseurs en capital. Ce qui apparait assez scandaleux quand on connait le montage des fonds en 25% capital propre/75% dette… et le fait que la dette soit portée par la structure rachetée et non par les créanciers.
              En résumé, le LBO dans une situation de croissance des bénéfices démultiplie les gains pour tous mais lorsque la situation se tend, les associés professionnels semblent susceptibles d’éponger les pertes…

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              1. Bonsoir, si cela se produit pour Cerba ou d’autres groupes je pense qu’il y aura un mouvement de révolte sans précédents des biologistes, c’est ce que je ferai si j’étais dans un groupe financiarisé…

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                1. Bonjour,

                  Je ne vois vraiment pas quelle forme pourrait prendre ce mouvement de révolte.

                  Avec la fin du n sites n bios (pas officielle mais officieuse, c’est certain), une carte CPS pour 5000 dossiers, une nouvelle génération qui pense déjà à faire autre chose (et qui ne va pas se battre, à juste titre, pour des postes dénués d’intêret), qui pour prendre le flambeau de la révolte?

                  A la limite Marc, mais bon …Marc quoi.

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    2. bonsoir,

      En cas de faillite d’un grand groupe, une action coordonnée des biologistes médicaux est à anticiper.

      Le modèle économique repose entièrement sur leur présence. Sans biologiste médical en poste, un laboratoire ne peut ni fonctionner légalement, ni produire de chiffre d’affaires. La validation biologique est une obligation réglementaire. Sans elle, aucun examen ne peut être réalisé, aucun résultat transmis, aucune facture émise.

      Autrement dit, même si le groupe change d’actionnaire ou tente une restructuration, les biologistes détiennent un levier décisif : s’ils se retirent collectivement ou cessent leur activité, l’exploitation des laboratoires devient impossible.

      Il s’agit du seul secteur où les salariés peuvent, de fait, arrêter la machine, même sans en détenir le capital. Une désorganisation coordonnée de leur part mettrait à l’arrêt immédiat tout le réseau Cerba, quelles que soient les ambitions des créanciers ou du fonds de retournement.

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      1. Il me semble que cela dépend de la participation des biologistes medicaux aux fonds propres de Cerba. Je croyais (peut etre que j’avais tort) que les biologistes chez Cerba avaient effectivement vendu leur participation dans le cadre de l’acquisition de leur laboratoires respectifs.

        Apres la consolidation, ils sont donc plutot devenus salaries qu’actionnaires. Selon les documents publics, les biologistes chez Cerba ne retiennent que ~10% du groupe. Vu que les biologistes s’organisent avec un cabinet d’adocats pour defendre leur interet, je suppose que la structure de l’actionnariat est plus compliqué que ca.

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        1. Bonsoir, je ne suis pas au fait du package des biologistes Cerba mais j’imagine qu’il doit y a voir une Holding englobant les actions des biologistes et des partenaires financiers. Je ne connais pas le % de chacun mais il me parait évident, dans l’intérêt des biologistes évidemment mais aussi des actionnaires, qu’en cas de refinancement un accord Win Win doit être trouvé entre les actionnaires et les biologistes.

          En effet, si dilution forte des parts des biologistes, le groupe Cerba va se confronter à une fuite de biologistes (départs de ceux qui n’ont plus rien à perdre) avec peu de recrutements (du fait d’une image désastreuse). Théoriquement, il n’est pas non plus exclu des mesures plus fortes avec blocage de remontées de trésorerie.

          En revanche, si les actionnaires comprennent l’intérêt de maintenir les biologistes engagés en ne les diluant pas (ou peu, de façon à espérer un ROI à la fin), alors in fine le groupe peut bien rebondir et tout le monde sera satisfait.

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  7. Bonjour, sujet intéressant et merci pour votre travail. N’oublions pas que contrairement à la quasi totalité des lbo ou les managers sont salariés et remplacables en cas de mécontentement dans ces gros groupes les biologistes sont TNS, majoritaires socialement dans les selas, et surtout réglementairement indispensables au fonctionnement (n bio n site) et à la rentrée d’argent (carte cps). Aucun repreneur (y compris les banques en cas de prise du capital) ne peut ignorer cette situation à haut risque. Nous pouvons donc penser raisonnablement qu’il y aurait des négociations pour que les biologistes ne soient pas totalement rincés puisqu’ils sont dans une relative position de force.

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    1. Il ne faut pas oublier non plus qu’il y a un modèle industriel de plus en plus répandu dans le monde: celui des sites de prélèvement, qui se multiplient sans cesse partout (même sur les grandes surfaces ou dans les stations de métro) et qui n’ont jamais connu la présence d’un biologiste. Ce model vous le trouverez partout dans le monde (Asie, Europe, Etats-Unis). Dans un tel modèle, le biologiste n’existe que sur les plateau techniques. Si la France suit le modèle « des autres », il sera impossible de mettre 6000 biologistes (biologie privée) que sur les plateaux techniques (qui d’ailleurs se concentrent de plus en plus). L’avenir des biologistes n’est pas du tout assuré et il y a bien le risque des « biologistes en excédent ».

      Par ailleurs, il semblerait que suite à la reforme PASS de 2020, il y a déjà des places non pourvues en pharmacie, ce qui impacte la biologie médicale. Ce n’est peut-être pas un simple hasard.

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      1. Bonjour, tout à fait d’accord avec vous, tout va dépendre de la vision et de la stratégie de nos dirigeants, et du lobbying des ordres/syndicats. A mon sens cela évoluera vers le modèle industriel avec un nombre réduit de biologistes qui seront des experts techniques et/ou managers dirigeants. Cette évolution devrait quand meme prendre quelques années.

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      2. La question la plus importante sera: comment le nombre de biologistes sera réduit dans les années à venir? Je ne pense pas que cette réduction soit un processus « naturel », avec des biologistes qui partent à la retraite et de moins en moins de jeunes qui rentrent dans le système. On voit très bien que l’évolution des coupes budgétaires est très rapide. Presque chaque année on nous demande de faire des économies. Il est fort probable que des changements économiques majeures arrivent même avant 2030.

        Alors, est-ce que le gouvernement aura la capacité d’offrir une alternative aux biologistes, surtout à ceux qui sont très peu ou pas du tout impliqué en technique? Il y a aujourd’hui beaucoup de biologistes qui n’ont plus de responsabilités techniques (pour de différentes raisons) ou qui y sont très peu impliqués. Ca ferait peut-être des milliers de biologistes qui ne se retrouveraient plus du tout dans le nouveau modèle hyper-industriel (qui exigerait une présence exclusive sur le plateau technique).

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        1. Merci pour le commentaire. La vraie question est finalement : dans les conditions réglementaires actuelles, de combien de biologistes par nombre de dossiers avons nous besoin ? Si l’on regarde dans d’autres pays, qu’avons nous en biologie : beaucoup de scientifiques et des médecins sur les plateaux techniques (ou comme en Allemagne à l’interface clinico bio dans des centres de santé). La « validation » tient aussi une place très importante en France. Elle a son efficience propre, mais jamais quantifiée. Je ne vois pas une réduction drastique du nombre de biologistes sans un changement radical dans l’organisation de la biologie, avec l’apparition de métiers intermédiaires, une qualité allégée, de la prescription connectée avec responsabilisation des prescripteurs (prescription, consultation des résultats). Pour cela, une nouvelle loi sera nécessaire. La multiplication des centres de prélèvement est un sujet à part et le n bio n site ne sert qu’à contenir ce phénomène. Nous nous situons actuellement dans un entre deux avec d’un coté un très haut niveau d’exigence et de responsabilités pour les biologistes et des tensions RH non négligeables sur le personnel secrétariat, IDE….que les biologistes doivent compenser. Parallèlement, beaucoup de biologistes partant à la retraite ou passent à temps partiels. Je le vis actuellement et ce non remplacement, également à visée économique, est source d’inquiétude. Le nombre d’heures de travail et d’astreintes augmente, avec une rémunération qui ne suit pas et une qualité de vie au travail qui se détériore. Peut etre est ce différent dans les grands groupes qui peuvent compter sur une meilleure mutualisation.

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      3. Il me semble que nous sommes déjà en France de facto sur une biologie industrielle : il reste à peine quelques centaines de vrais plateaux techniques et dans le privé leur taille moyenne est toujours en augmentation et probablement actuellement de l’ordre de 2000 / 3000 dossier jours soit proche de 10 000 échantillon / jours : ce n’est plus du tout le monde des années 90 avec 4500 sites techniques et une moyenne de 70 dossier / jours. Il faudrait avoir des informations précises sur un panorama des autres pays développés (Japon, Corée, US, Europe, Emirats…) mais je ne suis pas sur que la taille moyenne des plateaux techniques français soit désormais en dessous.

        Par ailleurs en allant sur de la biologie vraiment ultra industrielle comme au Brésil je pense qu’on aurait vraiment une très forte réprobation des cliniciens et des sociétés savantes car c’est low cost mais aussi vraiment très low service (délais délirant notamment). Mais d’une certaine manière ça coïnciderait bien avec le déclin et la tiers mondisation du pays (recul dans les classement GDP, IDH, mortalité infantile, système de santé…).

        En parlant de biologie industrielle ce qui est intéressant est que Cerba en ce moment communique beaucoup sur l’ouverture du « plus grand laboratoire d’Europe ». J’ai tapé « responsable + Cerba » dans LinkedIn (et on peut faire pareil avec chargé de projet ou directeur) et on trouve une armée mexicaine de middle manager monotache (en télétravail pour la plupart ??) dont on imagine le fonctionnement siloté : responsable RSE / projet DATA / technique / commercial / grand compte / échange de donnée / communication / QSE / achats / production / qualité / facturation / pré-ana / métier / paramétrage/ business développement / service client / compatibilité / recouvrement / scientifique / RH / ventes / fournisseur / affaires réglementaires / DPO / SIRH / sourcing / IT / export / marketing / développement / relation patient / SI / contrat / projet IT / contrôle financier / transport… Et pendant ce temps les biologistes et techniciens des plateaux techniques sont hyper-contigencés et sur-pressurisés et il est vraiment difficile d’avoir un humain au téléphone… Est-ce que c’est vraiment plus efficace au global ? De plus finalement le bio TNS mal payé et préssurisé est plutôt une bonne ressource à coté de tous ces CDI statut cadre.

        En terme de tarif, là encore il faudrait fait une étude précise mais j’avais comparé récemment sur quelques analyses les tarifs US / Belgique / suisse / Allemagne / France et on était désormais plutôt positionné assez bas. Sur l’HBA1c on avait le tarif le plus faible.

        C’est vrai que l’exigence n site n bio pour les sites de prélèvement empêche la libéralisation complète des sites de prélèvement mais tout le reste est déjà industrialisé, à date ça ne changerai pas grand-chose de la faire sauter à part sans doute un peu plus de sites et de concurrence dans les grandes métropoles (mais jeu à somme nulle de toute façon).

        Pour une évolution du cadre global j’ai vraiment du mal à croire à une simplification même avec la fin du n bio n site : l’administration inventera d’autres exigences pour le nombre de biologistes. Je connais le milieu depuis 30 ans et systématiquement toutes les décisions des politiques et des administrations sont allées vers la complexification et l’augmentation des contraintes : la NABM est 3 fois plus longue et chaque ajout est désormais conditionné à des contraintes cliniques ou autre, les autorisations d’ouverture se sont complexifiées, le DPC est apparu et bientôt la certification périodique va s’ajouter, l’accréditation bien sur (et même son allègement théorique avec les « examens représentatifs » a généré une paperasse délirante et son lot de déclaration ARS), les inscription ameli pour les techniciens, le nombre de maladies à déclaration obligatoire a augmenté…

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        1. A propos de l’armée mexicaine, cela me fait penser à un article intitulé « On a basculé dans l’idiocratie » : quand les incompétents grimpent les échelons », soit la tendance croissante dans les grandes entreprises à la valorisation des indicateurs de performance et de la conformité aux normes au dépens des fonctions et compétences réelles des salariés. Maîtriser les outils de reporting et piloter avec des dashboard plutôt que miser sur le bon sens et l’intelligence collective. En conséquence, il y a une logique démobilisation des rameurs entretenant la nécessité de fliquer tout le monde pour tenter de sauver les apparences et maintenir la barque à flot. Tout cela coute de plus en plus cher !

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        2. Merci pour l’analyse publiée ; elle décrit avec justesse l’étrangeté de notre écosystème. J’y ajoute – en professionnel directement concerné – quelques constats et pistes de réflexion.

          1. Une spécialité médicale… réduite à la portion congrue

          Aujourd’hui, moins de 5 % de notre temps relève réellement de l’acte médical. Les biologistes venus pour soigner se retrouvent cantonnés à l’administratif : la déception est logique.

          2. Un BAC + 10… pour des tâches de BAC + 2 à BAC + 5

          • Prélèvements : missions de technicien (BAC + 2).
          • Gestion & management : tâches de cadre (BAC + 5).
            La polyvalence, oui ; le détournement permanent de compétences, non. Cette mésutilisation alimente la lassitude.

          3. La valeur du capital fragilisée

          Les baisses tarifaires successives visent in fine à éroder un capitalisme « humain », porté par les praticiens eux-mêmes. La valorisation des parts devient incertaine ; les investissements d’avenir sont freinés.

          4. Un mépris qui nie une expertise irremplaçable

          Dix ans de formation médicale, un savoir d’interprétation unique… mais une reconnaissance qui s’effrite. À force, la profession pourrait tout bonnement disparaître, au détriment du service rendu au patient.

          5. Institutions et copier-coller mal ajustés

          • Ordres professionnels : leurs plans de sauvetage semblent déconnectés du quotidien des laboratoires.
          • Mimétisme avec l’officine : notre valeur ajoutée n’est pas de « faire comme les pharmaciens », mais de garantir un conseil biologique de haut niveau.

          6. Régulation géographique : le grand absent

          L’ouverture ou la fermeture des sites échappe toujours à une vraie logique sanitaire. Résultat : des laboratoires qui se superposent au lieu de se répartir intelligemment sur le territoire.

          7. Défendre le diplôme, pas l’abaisser

          Multiplier les sites sous responsabilité de biologistes, c’est protéger notre qualification. Les biologistes doivent être mobilisés sur l’interprétation et le conseil, pas cantonnés aux prises de sang.

          8. Financiarisation à marche forcée

          Les montages poussés par certains avocats et experts-comptables flattent les aînés mais refroidissent les jeunes générations. À long terme, c’est l’attractivité même du métier qui s’effondre.

          Quelques pistes pour remonter la pente

          1. Revaloriser l’acte de consultation biologique : donner un prix à l’interprétation et au conseil. C’est donner une valeur au biologiste.
          2. Mettre en place une vraie carte sanitaire des laboratoires, pilotée par les ARS, pour réduire les aberrations géographiques.
          3. Créer des parcours d’accueil et de tutorat pour les jeunes biologistes, centrés sur l’expertise, pas sur l’administratif.
          4. Associer systématiquement les biologistes aux décisions tarifaires afin que la logique économique reste compatible avec la mission de santé publique.
          5. Ne jamais supprimer le n sites n bios. Il a déjà été suffisamment détourné par les diplômes loués qui ridiculisent notre profession.

          La biologie médicale libérale ne manque ni de compétences ni de motivation ; elle manque de reconnaissance, de cohérence réglementaire et de visibilité économique. Tant que ces leviers ne seront pas actionnés, le risque est clair : voir une spécialité indispensable s’étioler faute d’attraction pour les générations suivantes.

          Restons mobilisés – et bonne journée à toutes et à tous !

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          1. Bonsoir, je ne veux pas refroidir l’ambiance mais je pense que nos autorités souhaitent la disparition du biologiste médical au profit d’une industrialisation et de façon plus ou moins ils vont y arriver

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          2. Bonjours. D’excellentes observations. Cependant on voit un manque de volonté de l’Etat pour innover, en ce qui concerne le rôle du biologiste. Il y a eu beaucoup de propositions pour l’extension du rôle des biologistes, y compris pour une section HAS pour la biologie médicale. Pour l’Etat c’est plus simple de suivre la voie « des autres », en accélérant l’industrialisation, même si, chez les autres, il y a probablement très peu de biologistes. Le modèle allemand reste attirant pour nos politiciens, par son niveau d’industrialisation, mais le nombre de biologistes ne dépasse pas 1200. On ne peut pas appliquer le même modèle pour la France qui a 8000 biologistes.

            En l’occurrence Il faut vraiment innover et ne pas juste copier un autre modèle. Mais l’innovation a toujours ses détracteurs, y compris de l’intérieur.

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  8. Bonjour je découvre votre site, merci beaucoup pour ce travail titanesque très intéressant ! Comment voyez-vous l’évolution financière des groupes très endettés ? Nous voyons notamment qu’inovie, biogroup et cerba sont en très grande difficulté, faut-il prevoir un rachat de la dette par les prêteurs ce qui ruinerait complètement les actionnaires actuels ? Rachat par un groupe concurrent à prix cassé ? Rétablissement de la situation via de nouvelles économies de fonctionnement et de nouveaux investissements ?

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    1. un rachat de la dette par les prêteurs ce qui ruinerait complètement les actionnaires actuels => Cela semble le plus probable

      Rachat par un groupe concurrent à prix cassé => Tous les groupes sont dans cette situation de levereage délirant, à part peut être Eurofins. Cela me semble compliqué.

      Rétablissement de la situation via de nouvelles économies de fonctionnement et de nouveaux investissements => Le volume de remboursement de biologie à fait – 13.8 % entre janvier 2024 et janvier 2025, c’est improbable de pourvoir faire de nouveaux investissements dans cette situation (de quels types d’ailleurs ? quels effets à court terme ?). Le plus probable va être un fort plan d’économie mais dans un secteur déjà fortement restructuré ça risque de ne pas avoir beaucoup d’effet. Et si il y a des licenciements cela impactera forcément le volume d’activité, hors tout le « buissness model » est basé sur les économies d’échelle via les volumes.

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    2. Bonjour,
      Il faut regarder les échéances de dette sénior et les dates d’entrée des fonds (4/5 ans étant une durée moyenne) mais il semble que tout va se jouer entre 2026 et 2028.
      Quoi qu’il en soit, ils n’ont pas énormément d’options au vu du contexte (restructuration déjà accomplie, peu de possibilité de réduction de la masse salariale sans impact sur le CA/qualité de service) :
      – Risque de défaut sur la dette => solution = négocier les covenants / prolonger la maturité des dettes sénior en attendant un nouvel assouplissement monétaire (ce dernier est peu probable et ces entreprises ont déjà une dette majoritaire de qualité spéculative)
      – Se séparer d’actifs non essentiels à visée de désendettement (même principe qu’au monopoly quand on commence à vendre ses hôtels)
      – Faire de l’externalisation immobilière (vente de l’immobilier pour récupérer des liquidités et devenir locataire de bailleurs externes, si cela n’est pas déjà fait)
      – Vente à un industriel partenaire stratégique, probablement étranger
      – Convertir la dette en capital avec un effet dilutif pour les actionnaires actuels
      – Renforcer les fonds propres (actionnariat salarié? attention, risque de perte en capital…)
      – En dernier recours, rachat par la caisse des dépôts (cf Orpea)
      Mais malheureusement, dans ce genre de configuration, les actionnaires minoritaires sont toujours perdants.
      Au final, le modèle des rachats par endettement utilisé par les fonds de private equity fait courir un risque financier énorme pour les structures cibles qui ne peuvent répercuter ces frais sur leurs prix. Un pari complètement fou dans le domaine de la santé qui ne peut se permettre une liquidation lorsque les structures sont devenues aussi hégémoniques. Or, en biologie ou en radiologie, cela a été encouragé par l’intervention et le soutien de BPI France dans les premières opérations. Les tarifs de la radiologie sont maintenus depuis des années malgré de très forts EBE pour attirer les investisseurs et permettre la transformation du secteur. Si l’on lit entre les lignes de l’actualité, il existe une vraie volonté de financiariser à présent les soins primaires, l’objectif final étant purement économique : négocier des prix concurrentiels entre l’Etat et des réseaux intégrés, la principale variable d’ajustement étant la rémunération des soignants, notamment des médecins, qui sont perçus via leur BNC comme des rentiers injustifiés. La mort de la médecine libérale ne doit donc rien au hasard.

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  9. Franchement… quel travail impressionnant. Une véritable investigation truffée d’informations utiles qui retrace la financiarisation fulgurante de ce secteur. Respect pour votre travail.

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  10. Il faut reprendre la convention collective,trop vieille,pour améliorer les conditions des employés.Les salaires n’évoluent plus malgré des rythmes et la quantité de tâches qui ne laissent aucun répit.

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      1. Pour préciser : 46 % des laboratoires avait un accord d’intéressement en 2023 (contre 30% en 2018), et parmi ces derniers, 72% ont donné lieu à un versement (versus 28% en 2018). Source : rapport de branche 2024 / données 2023. Mais tout cela va effectivement disparaitre, puisque d’après l’Assurance Maladie, les laboratoires ne doivent plus enregistrer de bénéfices.

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      2. L’intéressement est un dispositif facultatif mais les gens ont quand même la participation qui est obligatoire pour les structures de plus de 50 salariés ?

        Mais sinon effectivement à force de baisse des rémunérations et des avantages ont ne trouvera plus grand monde pour vouloir travailler dans les laboratoires…

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  11. En tant qu’ancien de chez Inovie, l’arrivée d’Ardian à été un coup de couteau dans le dos, chez les techniciens y compris qui ne méritaient pas ça. Les cadences de travail digne d’esclavagistes en pleine épidémies, et le petit mail de la direction pour annoncer aux collaborateurs que désormais le groupe appartenait à des financiers, par conséquent, qu’il allait falloir travailler plus ! ( que 110%) pour évidemment moins ( pertes d’avantages et stagnation des salaires ). Techniciens comme biologistes ont été impactés car effectivement ces derniers ont perdu également leurs avantages. Je me souviens très bien de ces financiers venus en costard cravate dans le laboratoire, ne prenant pas la peine de mettre gants, masques et ne s’embarrassant pas d’une blouse blanche au milieu des virus et bactéries que nous manipulions. Un bel exemple qui en dit long. Ce n’est quemon témoignage.

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  12. Bonjour,
    fuire Inovie ! Quand vous écoutez votre PDG vous dire que jamais des fonds d’investissements entreront dans le groupe et que six mois après Ardian devient actionnaire majoritaire….
    Des mensonges qui pèsent sur les employés qui démissionnent les uns après les autres car surcharge de travail et
    non reconnaissance.
    Par contre, le nouvel actionnaire se gave !

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  13. Entre l’article (Actualités financières des groupes de laboratoires de biologie médicale) truffé de termes anglais (ou américains…) et le contenu qui ne parle que de finances on comprend qu’il faille éradiquer le la surface du globe tous ces vendeurs de savonnettes et leur monde pourri.

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  14. Après avoir en partie guider mon mémoire, vous réalisez cet excellent article qui me servira dans l’ouverture de ma soutenance. Un grand merci pour votre travail d’excellente qualité.

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  15. Bonjour,
    merci pour ce beau résumé de la biologie française (et européenne) en 2021. Je me pose la question de la suite de Cerba..
    Nous avons vu l’entrée en bourse de Synlab cette année, mais pour ce 6° LBO de Cerba, comment cela va t-il finir : entrée en bourse, nouvel LBO avec une valorisation record? Que peuvent attendre les actionnaires d’un tel montage et d’un énième LBO?
    encore merci!

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    1. Bonjour, les arbres peuvent monter un peu plus haut jusqu’au ciel, tout dépendra des projets des actionnaires majoritaires. Quant au retour sur investissement, tout dépend où vous vous situez sur la pyramide de Ponzi… mais ce site n’a pas vocation à donner des conseils financiers à ses lecteurs…

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  16. Merci énormément pour ce résumé de la situation et tout le travail effectué. Vos articles sont excellents.
    Et je me demande tristement quoi faire au milieu de tout ça.
    (une trop jeune biologiste dépitée)

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    1. Merci de tout cœur pour ces encouragements à poursuivre ce travail de recherche et de réflexion. En tant que professionnels de santé, je trouve qu’il est primordial de connaitre la nature du monde dans lequel nous sommes contraints d’exercer et d’évoluer. Il ne faut surtout pas se décourager et être conscient de sa valeur. Bonne soirée !

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  17. quel beau mensonge :
    Pour répondre en 24 heures à des tests partout en France, nous avons acquis une soixantaine de machines PCR en six mois », Chaque machine coûte entre 200.000 et 800.000 euros, des sommes inaccessibles pour un labo indépendant. Si l’on suit ce raisonnement, les petites entités régionales ont vocation à disparaître ».

    Stéphane Eimer

    Cout d’un thermocycleur biorad acheté par biogroup : cfx 96 ou 384 : 25 000 euros : remboursé en 48h.
    tout les grosses activités ont été réalisées en lyse direct pour eviter l’extraction qui effondre la cadence.
    notre micro groupe réalise un CA de 4.5 Million d’euros. nous avons acheté 3 machines en même temps que mr Eimer
    Si Biogroup avait investi autant proportionnellement à son CA il ne peserait que 90 millions d´euros …. cqfd

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