« Décence » et décadence : la grève des laboratoires de biologie médicale pour seul espoir de se faire entendre

Dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale 2023, le gouvernement impose de récupérer 250 millions d’euros sur les remboursements d’actes de biologie médicale. L’article 27, adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale via la procédure de l’article 49.3 de la Constitution (une première dans l’histoire de la Ve République), demande aux laboratoires de biologie de parvenir à un accord prévoyant 250 millions d’euros de baisse de tarifs en 2023 (hors tests Covid-19) d’ici le 1er février. Dans le cas contraire, ces baisses de tarifs seront décidées unilatéralement par décret.

« C’est un secteur qui a une rentabilité élevée » : une rhétorique jamais justifiée

Bien qu’issu d’un gigantesque surcroit d’activité ayant mobilisé l’ensemble des équipes parfois au delà du raisonnable, la profession, conciliante, a proposé au gouvernement de récupérer le « surprofit » réalisé sur les PCR Covid sous forme d’une taxe ponctuelle en 2023. Récusant fermement cette proposition, le gouvernement maintient son injonction de percevoir cette somme via une nouvelle baisse pérenne des actes de biologie de routine à partir de 2023. Une taxe mais perpétuelle.

En réalité, le gouvernement souhaite reprendre un processus déjà amorcé fin 2019 (qui avait déjà donné lié à une grève des laboratoires de biologie médicale fin 2019). Cette politique consiste à définir une enveloppe de financement fixe suivant un accord sur 3 ans pour ne pas avoir à s’occuper des volumes d’actes exécutés par les laboratoires, un volume qui échappe complètement aux laboratoires puisqu’il s’agit d’activité ordonnée par prescription. L’activité augmente de +3%/an (Ondam) et l’enveloppe reste la même.

L’argumentaire du gouvernement a évolué : initialement focalisé sur le prix de la biologie industrielle allemande (qui s’est révélé être un fake total, révélé par viedebio) le gouvernement a maintenant un nouvel argument de poids, répété à l’envi par la quasi totalité des rapports économiques sur le secteur, la rentabilité très élevée des laboratoires de biologie médicale.

« Les laboratoires peuvent faire un effort« . Invité jeudi 10/11/2022 sur BFMTV, Gabriel Attal, ministre délégué en charge des Comptes publics, a vivement critiqué les syndicats des laboratoires de biologie médicale qui appelent à la grève à partir de lundi pour protester contre la baisse des tarifs de remboursement des actes de routine.

Gabriel Attal a appelé les laboratoires de biologie médicale en grève « à une forme de décence« , alors que le secteur « a perçu plus de 7 milliards d’euros de l’Assurance maladie durant la crise Covid ».

« C’est un secteur qui a une rentabilité élevée, qui est passée de 18 à 30% » contre « 5-6% » dans la plupart des autres secteurs » (Gabriel Attal, le 10/11/2022).

Le précédent article publié sur ce site avait détaillé les données économiques à disposition pour appréhender la véracité de ces affirmations. En revoici les principales.

On peut explorer et comparer la rentabilité d’une activité hors situation exceptionnelle (comme ici la période Covid) par différents moyens :

  • l’EBE/CA ou taux d’EBE est le reflet de la capacité à dégager des revenus mais qui ne tient pas compte de l’endettement, investissement, rémunération d’actionnaire, impôts : il s’agit du revenu financier brut : en 2019, il était estimé sur un échantillonnage représentatif de laboratoires en moyenne à 19% [10-25%]. Il n’existe pas de base de comparaison INSEE entre secteurs. Gabriel Attal parle de 5/6% dans la plupart des autres secteurs, ce qui est extrêmement bas, une entreprise devant dégager au minimum 10% (0.10de revenu financier brut sur chaque euro de chiffre d’affaire généré).
  • Taux de marge brut qui lui fait l’objet de comparaisons périodiques par l’INSEE (EBE/valeur ajoutée) : dans le partage de la valeur ajoutée aux coûts des facteurs (VACF), le taux de marge rend compte de ce qui reste à disposition des entreprises notamment pour rémunérer le capital, investir et rembourser les dettes. En 2019, le taux de marge est de 27 % sur l’ensemble des entreprises des secteurs principalement marchands non agricoles et non financiers. Selon les secteurs, il varie entre 18,4 % et 32,6 %, sauf dans les activités immobilières où il est notablement plus élevé (64,2 %). En 2019, il était estimé en moyenne à 29% sur un échantillonnage représentatif de laboratoires, très proche de la moyenne des sociétés en France.
  • Taux de marge ou taux de rentabilité net qui est le ratio le plus utilisé pour indiquer la profitabilité d’une entreprise (résultat net/CA). Les taux de marge net moyen des entreprises en France s’estimait autour de 15% entre 2010 et 2019. En 2019, il était estimé en moyenne à 11% sur un échantillonnage représentatif de laboratoires et n’a cessé de baisser depuis l’application des accords triennaux avec l’Assurance Maladie depuis 12 ans.

Enfin, une autre approche consiste à regarder le montant de la participation, dispositif obligatoire de partage des bénéfices versé aux salariés des entreprises de plus de 50 salariés. Elle est calculée réglementairement en prenant en compte le bénéfice net, les capitaux propres, les salaires et la valeur ajoutée de l’entreprise. En France, 40% des salariés bénéficient de la participation soit 8 millions de personnes. En 2019 en moyenne, la participation annuelle versée par salarié en France tout secteur confondu s’élevait à 1500 euros + 700 euros d’abondement PEE soit 2200 euros (source). Extrapolé à une SEL de laboratoire, un tel versement correspondrait à un taux de marge net de 14%. A titre de comparaison, mais il comprend souvent l’intéressement, dans l’industrie pétrolière la moyenne annuelle grimpe à 6306 euros. Dans la banque et l’assurance, elle s’élève à 5934 euros et chez les producteurs de moyens de transport (aéronautique, construction navale, automobile) 4828 euros. Du côté des secteurs les moins généreux et/ou moins profitables, ont trouve l’hôtellerie-restauration (1836 euros), les transports et la logistique (1917 euros) et la construction (2101 euros), des secteurs où les rémunérations et les qualifications sont par ailleurs très inférieurs à la moyenne (SMIC horaire).

Taxer les super-profits, oui, mais pas tous

Si l’on s’intéresse aux groupes du CAC 40, ils enchaînent eux aussi des records de profitabilité et cette insolente santé financière renforce le sentiment de leur invulnérabilité face aux réalités du monde (prix de l’énergie, pénurie, désordre géo-politique, inflation). 2/3 des groupes qui composent le CAC 40 ont publié en 2021 des résultats les plus élevés de toute leur histoire. Elles sont liées à des changements de périmètre (opération d’acquisition par levée de dette), des résultats exceptionnels et/ou des marges de prix supérieurs permises par l’inflation ou les pénuries.

Premier élément, le report de l’inflation sur les prix permis dans de nombreux secteurs où le prix n’a que peu d’incidence sur la décision d’achat pour une clientèle privilégiée, notamment dans le secteur de l’automobile ou du luxe.

Les profits les plus vertigineux concernent des secteurs qui profitent à fond de la hausse des prix des énergies fossiles et notamment de l’envolée vertigineuse du prix du gaz dans le secteur de l’énergie: TotalEnergies, mais aussi Engie, dont le principal actionnaire est l’État français, qui détient encore 23% du capital.

Ou encore ceux des compagnies de transport maritime, qui vont leur profiter à plein puisqu’ils vont continuer à bénéficier du régime fiscal dérogatoire de taxation au tonnage (au lieu de l’impôt sur les sociétés), avantage autrefois consenti au titre de la compétitivité, et qui représentera une perte gigantesque de 3.8 milliards d’euros à l’Etat au vu de leurs bénéfices record (voir article des Echos).

Apprécions donc à sa juste valeur les propos de M. Bruno Le Maire, notre ministre de l’Economie qui n’envisage pas de taxer ces surprofits. En quoi sont ils différents de ceux du secteur des laboratoires de biologie médicale qui les ont dégagé au prix d’un travail acharné pendant la crise sanitaire, poussé par la politique gouvernementale du testing illimité…

Le directeur de l’Assurance Maladie n’a ici pas tort, en tout cas sur le principe. Mais un minimum de bagage en culture économique éviterait l’écueil de telles déclarations démagogiques. Car ce n’est pas le secteur de la biologie médicale qui a inventé le principe de la fusion acquisition M&A par la dette ni contribué à faire exploser la masse monétaire mondiale directement responsable de la valorisation des sociétés en multiple d’EBE (voir l’évolution historique des multiples d’EBE  des PME non cotées européennes) maintes fois explicité sur ce site depuis 2018. En réalité, il s’agit d’un phénomène mondial largement institutionnalisé. Aujourd’hui, il est permis de penser que la remontée des taux pourrait contribuer à stabiliser cette fuite en avant et revenir à de meilleurs fondamentaux économiques.

Ne dites pas budget de la Sécu 2023 mais budget de l’Etat 2023

Mais revenons aux fondamentaux qui sous tendent les finances de la France et qu’il est indispensable de considérer à ce niveau de la réflexion. Le projet de loi des finances relève d’une équation de plus en plus complexe décidée par le gouvernement : amortir le choc inflationniste du prix de l’énergie (coût 50 milliards), poursuivre la politique de l’offre (baisse de fiscalité, impôts sur le revenu pour les ménages et les entreprises, suppression de la CVAE, pour un cout total de 10 milliards), renforcer les ministères régaliens Armées, Intérieur, Justice (24 milliards), l’Education (3.7 milliards) tout en bridant les dépenses pour engager le retour du déficit sous les 3 % d’ici la fin du quinquennat, pour être raccord avec les exigences de l’UE et assurer sa crédibilité vis-à-vis des autres Etats européens afin de pouvoir continuer à emprunter sur les marchés financiers.

Un budget de l’Etat épinglé par la Cour des Comptes dans un rapport de 2021 critiquant des dépenses du budget général de l’Etat en forte croissance, et pas uniquement du fait des mesures d’urgence et de relance puisque l’augmentation est significative à partir de 2016.

La critique s’étend au tarissement des rentrées fiscales depuis 2015 censé assurer le financement de ce même budget.

Bercy compte financer son nouveau train de mesures grâce à l’extinction des mesures de soutien face à la crise Covid ainsi qu’avec la future réforme des retraites pour espérer ainsi être à l’équilibre, à condition seulement que l’inflation se stabilise et bien sur hors récession (et rien n’est moins sûr, selon la Commission Européenne…). En effet le contexte a changé. Durant la crise Covid, l’Etat avait ses arrières assurés par la Banque centrale européenne (BCE) via un plan d’urgence pandémique de plusieurs milliers de milliards d’euros pour toute la zone euro. Les taux d’intérêt auxquels la France s’endettait étaient alors négatifs. Depuis, la BCE a mis fin à son plan d’aide et remonté rapidement ses taux face à l’inflation. Les conditions de financement se durcissent : l’État français emprunte désormais à 2,5 % sur dix ans. La dette de la France franchira dans les prochaines semaines le seuil des 3.000 milliards d’euros et la charge de la dette s’élèvera l’an prochain 51,7 milliards d’euros ( soit 1,6 % du PIB en 2023 et 2,1 % en 2027…). Les recettes de l’exercice ne couvrent qu’à peine 60 % des dépenses, ne laissant à l’État pas d’autre choix que de financer ses dépenses par un accroissement de sa dette. En 2023, ce sera donc un déficit supplémentaire de 150 milliards d’euros qui vient se rajouter à l’ardoise et 270 milliards à ré-emprunter sur les marchés, un montant record.

Dans son avis sur le projet de loi de programmation des finances publiques, le HCFP juge malgré tout l’exécutif trop « optimiste » sur l’effet de ses réformes sur l’économie et qualifie de « très avantageuses » les hypothèses macroéconomiques retenues, d’autant qu’il ne détaille pas comment il compte faire des économies pour maîtriser l’évolution des dépenses publiques sur le quinquennat. Même avec le scénario gouvernemental, le HCFP estime « lent » le « redressement » des comptes publics l’an prochain et « peu ambitieuse » la trajectoire sur le quinquennat, signalant que la plupart des autres pays de la zone euro prévoient un retour du déficit sous les 3 % dès 2025.

Présenté conjointement, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour l’année 2023 prévoit quant à lui un déficit de « seulement » 6,8 milliards d’euros, en forte baisse par rapport à 2022, où le déficit s’élevait à 17,8 milliards d’euros, une baisse s’inscrivant dans un contexte de croissance et d’inflation. En 2023, les dépenses ne devraient progresser que de 2,1%, tandis que les recettes devraient croître de 4,1 %.

Le PLFSS intègre une hausse de l’Ondam de 3,7% l’an prochain hors dépenses liées à la crise sanitaire. L’enveloppe allouée aux soins de ville devrait ainsi augmenter de seulement 2,9%, soit 2,9 milliards d’euros. Celle des établissements de santé sera en hausse 4,1% (soit 4 milliards) pour s’établir à 100,7 milliards d’euros pour l’année 2023. C’est dire le décalage entre la ville et l’hôpital et in fine un financement sous le seuil de l’inflation des soins de ville qui ne bénéficieront pas des revalorisations (méritées et en réalité un simple rattrapage) du Segur. Ce taux de croissance ne permettra certainement pas de compenser une inflation de 4,3% en 2023 (10% sur 2022-2023 contre 0,9% en 2021) et de financer la hausse tendancielle des soins en ville. Elle conduira à des mesures d’économies sur les services comme sur les produits de santé délivrés en ville qui vont inévitablement détériorées les soins et l’attractivité des métiers, déjà très fragilisée. La grogne gagne progressivement tous les secteurs de la médecine libérale.

Mais il est un élément à prendre en considération, c’est l’existence d’un vase communicant entre le budget de la Sécurité Sociale et celui de l’Etat depuis 2018. Ni trou ni bénéfice : « dorénavant, la Sécurité Sociale n’affichera pas d’excédents, car ils seront versés en amont à l’Etat; le solde de la branche ((famille) restera équilibré, après prise en compte des transferts à l’Etat« . Ainsi, il suffit tout simplement de réduire les dépenses sociales pour espérer récupérer dans les caisses de l’Etat la différence : un porte avion plutôt qu’un hôpital !?

Cela fait tout à fait sens avec la déclaration faite en exclusivité à Egora en septembre 2022 par la n°2 de la CNAM, Marguerite Cazeneuve.

Est il encore temps de rappeler que la CNAM n’est pas réellement un organisme d’Etat, car les ressources qu’elle gère sont issue d’un recouvrement spécifique (URSSAF) parfois appelé « salaire différé » disposant ainsi d’une autonomie financière. La gestion administrative est d’ailleurs paritaire (syndicats, patronat, UNAPL, etc).

La Sécurité sociale a versé 470 milliards d’euros de prestations sociales en 2018, soit l’équivalent de 25 % du PIB français…plus que le budget de l’État (350 milliards d’euros) et son financement est même à l’équilibre dans le PLFSS 2023 !

Dans le contexte actuel, ce gisement de ressource fait rêver, et même si la France est viscéralement attachée à son système de santé solidaire, il est prévu d’une manière ou d’une autre de récupérer cette réserve financière (par des transferts, par des réformes, dont notamment celle des retraites).

Pour en savoir plus sur la signification du déficit de la sécurité sociale, lire l’excellente note d’analyse Fipeco sur le sujet, rédigé par François ECALLE, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, ancien rapporteur général du rapport de la Cour des comptes sur la situation et les perspectives des finances publiques.

Défendre la santé des français, une sortie de crise possible ?

Les laboratoires de biologie médicale savent ce que « faire des efforts » signifie. L’Assurance Maladie a déjà récupéré plus de 5 milliards en 12 ans sur les actes de biologie, permis par les gains de productivité liés aux restructurations, à qualité ISO 15189 prouvée, une garantie unique en Europe. Ces restructurations sont à présent achevées, se traduisant concrètement par un ratio d’environ un plateau technique pour 10 sites de prélèvements sur le territoire.

Les laboratoires de biologie médicale pourront ils suivre ce même mouvement avec un prix bloqué et dégressif, aggravé par l’impact de l’inflation, sans réelle possibilité de se développer à l’international dans un environnement déjà hyper concurrentiel en Europe et incertain dans le reste du monde ? L’impact de ces baisses risque au contraire de rapidement mettre les entreprises face au défi d’être en mesure de maintenir la même qualité et proximité de service au profit d’une biologie plus industrialisée, sur le modèle allemand, le low cost en prime.

Si l’objectif du gouvernement est de faire chuter la marge d’EBE de 19% à 10 ou 12% comme dans les EHPAD commerciaux (qui ont 10 ans d’avance sur le modèle financier appliqué à la biologie libérale) avec le résultat qu’on lui connait, des multi-millionnaires à leur tête, des intérimaires payés au SMIC comme employés, et un rationnement des couches pour les résidents, il est nécessaire d’en faire dès maintenant l’aveu.

La biologie médicale et par la meme l’accès des français à des services médicaux de qualité ne serviront pas de variable d’ajustement budgétaire aux errements du PLFSS 2023, qui ne font que traduire l’impuissance politique à gérer les comptes de la santé autrement que par un rabotage comptable dans chaque secteur, au sein d’un système de santé, autrefois leader dans le monde et qui traverse à présent la crise identitaire la plus grave de son histoire.

Contrairement aux éléments de langage médiatique sur l’ouverture de négociations fructueuses entre les représentants syndicaux et la CNAM, aucune n’a abouti, la dernière aboutissant même à un alourdissement de la note assumé. Un appel à la fermeture totale des laboratoires a par conséquent été porté par les grands groupes de laboratoires privés (Biogroup, Cerba, Eurofins, Inovie, Synlab), ainsi que par le réseau des Biologistes indépendants (LBI) du 14 au 16/11/2022, reconductible, afin de stopper cette dynamique politique délétère.

Plusieurs syndicats d’autres professions ont également apporté leur soutien aux biologistes, dont les onze organisations regroupées au sein des Libéraux de santé, ainsi que les médecins de l’UFML.

Pour le moment, l’exécutif campe sur sa position. «Je maintiens la cible, cela aboutira», a affirmé François Braun, estimant qu’ «avec un excédent brut de 3 milliards, ils peuvent faire un effort de 250 millions».

Oui, les laboratoires le feront et montreront l’exemple, ils s’y sont engagés mais sous forme d’une taxe ponctuelle.

Le soutien du Sénat

Les biologistes ont reçu le renfort du Sénat lors de l’examen du projet de budget de la sécurité sociale. La Haute assemblée a voté un amendement transformant cette «baisse pérenne en contribution exceptionnelle de 250 millions d’euros en 2023», une «solution qui va dans le bon sens», a réagi dans un communiqué l’Alliance de la biologie médicale (ABM).

Cette alternative permet de «sortir de l’ultimatum que nous imposait le gouvernement et rouvre la voie à une solution négociée», appelant le gouvernement et l’Assemblée «à se saisir de cette opportunité de sortir du conflit par le haut», en maintenant l’amendement du Sénat dans le texte final.

MAJ 20/11/2022

Si le Sénat a adopté le 15 novembre en première lecture et sans sourciller (193 voix contre 102) le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2023 (PLFSS 2023), la commission mixte paritaire – composée de sénateurs et de députés à parts égales – n’a pas réussi à dégager un consensus et à faire la  synthèse entre la version du PLFSS 2023 du Sénat et celle de l’Assemblée. Au total, sur les plus de 500 amendements déposés, 137 ont été adoptés. La quasi-totalité sont des amendements visant à rétablir le texte issu de l’Assemblée nationale (texte du Gouvernement après utilisation de l’article 49.3). 

Le texte sera de nouveau débattu lundi 21/11/2022 à l’Assemblée nationale et il est fort possible que le gouvernement fasse adopter sa version initiale sans discussion grâce à l’usage, de nouveau, de l’article 49.3 de la Constitution.

Voici le détail des discussions sur le texte amendé lors de la CMP du 18/11/22 sur l’article 27 intéressant la biologie médicale.

Le texte retravaillé par les Sénateurs entendait non seulement substituer à la baisse des tarifs hors Covid des biologistes une contribution exceptionnelle pour la seule année 2023 jugée plus juste mais introduisait des éléments de régulation dans le recours aux EBMD (examens de biologie délocalisé) : retour de la référence à l’état de santé du patient les nécessitant, encadrement par des avis HAS, prise en compte de l’offre territoriale de laboratoire pré existante.

C’est donc une victoire à la pyrrhus pour la rapporteure LaREM, Stephanie Rist, rhumatologue hospitalière, pour laquelle l’avenir de la biologie médicale libérale ne doit pas représenter un grand enjeu.

Ce n’est pas l’avis de l’intersyndicale Action Praticien Hôpital, confédération des praticiens des hôpitaux, qui appelle dans un communiqué à des états généraux sur la santé avec un focus sur certaines spécialités comme la pédiatrie, la psychiatrie et… la biologie. Pour mémoire, le SNBH s’était auparavant désolidarisé des actions de la biologie médicale privée dite « financière », estimant que « le coup de rabot annoncé ne touchera que très peu la biologie hospitalière » (voir les différents communiqués du 26 et 27/10/22).

« Cette grève a une forte retombée sur les laboratoires hospitaliers mais aussi sur les services d’urgences déjà soumis à de fortes contraintes. Certains de nos confrères biologistes hospitaliers ont dû fermer leur centre de prélèvement devant l’arrivée massive de patients demandant des PCR au détriment des patients de consultations. Certains signalent même un blocage de l’accès à leur l’hôpital en raison d’embouteillage comme devant les stations-services« , déplore Action Praticiens Hôpital qui alerte sur les conséquences de la grève des biologistes de ville. Inquiétude d’autant plus grande que le mouvement social est reconductible.

Le SNBH s’est également exprimé dans un nouveau communiqué daté du 09/11/2022, risquant de « précipiter la fin du
modèle de biologie de proximité et de nuire au maillage territorial de la profession et à un
accès aux soins optimal
« .

Une réunion entre le directeur de la CNAM et l’ABM aura lieu la semaine prochaine, dont il faut de toute évidence peu en attendre.

MAJ 26/11/2022

Ce mardi, en signe de bonne volonté, les membres de l’ABM ont avancé une nouvelle proposition, consistant à réaliser 250 millions d’euros d’économie en 2023, puis 145 millions d’euros par an entre 2024 et 2026, soit 685 millions d’euros de baisse tarifaire, l’équivalent de 80 % des bénéfices réalisés par le secteur privé de la biologie médicale durant la crise sanitaire. Avec une seule condition : un engagement clair écrit de la part du directeur de la CNAM Thomas Fatôme. Ce dernier s’est contenté de rédiger une lettre assez laconique les conviant à une nouvelle réunion de travail. Dans un communiqué publié jeudi 24/11/22, l’Alliance de la biologie médicale (ABM) et les syndicats représentatifs de la profession ont par conséquent de nouveau appelé les biologistes privés à se mettre de nouveau en grève à compter du 1er décembre prochain, rejoignant ainsi les libéraux.

C’est désormais une bataille de communication qui s’engage entre les biologistes et l’exécutif. Alors que le ministre de la Santé François Braun a estimé à la journée de l’Ordre des Pharmaciens que ces grèves sont « inconséquentes, inadmissibles et contraires à la déontologie », la Pr Antoinette Lemoine, chef de service du laboratoire hospitalier de Villejuif, prend à parti l’opinion publique dans une tribune publiée dans le journal Le Monde ce jeudi. Elle rappelle que, durant la crise sanitaire, « les Français ont pu compter comme jamais auparavant sur leurs laboratoires » et que le dépistage massif de la population n’aurait pas pu être mis en place sans le réseau de laboratoires privés. « En refusant de négocier avec les laboratoires privés un rééquilibrage de leurs recettes exceptionnelles, le gouvernement s’apprête à détruire cette force qui fait notre fierté ».

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10 commentaires sur “« Décence » et décadence : la grève des laboratoires de biologie médicale pour seul espoir de se faire entendre

  1. Toujours sous l’angle financier….

    En réalité la réforme de 2009 a abouti de fait à la quasi disparition du métier de biologiste mais visiblement les syndicats et les biologistes font semblant de ne pas le voir …. ce professionnel est formé pour réaliser des examens biologiques par pour travailler dans un centre de prélèvement dans lequel il n’est payé qu’à réaliser sa soixantaine de prise de sang quotidienne ….

    La concentration aurait du et devrait aboutir à la diminution du nombre de biologiste pour préserver le diplôme et ne pas le dévaloriser mais c’est l’inverse qui se passe :les biologistes TNS une part sont payés à l’identique depuis 10 ans et à terme leur rémunération sera celle d’une infirmière (logique, mêmes tâches)….
    la restructuration n’est pas finie et la vision doit être plus globale et à plus long terme : la proximité actuelle ce n’est pas le labo (c’est le cabinet d’IDE libéral qui fait les prises de sang au domicile, les labo ne les font plus depuis un certains temps mais bon pas de problèmes pour tous les syndicats de parler de proximité …) et l’avenir est à la biologie délocalisée qui va rapprocher le résultat du médecin généraliste et de l’assuré, CQFD.
    RIP

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    1. Vous continuez de dire n’importe quoi. Les cabinets d’IDEL ne pourront pas remplacer les sites pré/post des LBM sans une perte de service majeur pour un certains nombre d’analyse, nous travaillons par contre en bonne intelligence sur le terrain. Quant aux EBMD, il faudrait y consacrer un article entier. Je dirai plutot que le métier originel de biologistes multi casquette : CEO, RH, recruteur, générateur de planning, directeur qualité, paramétreur/informaticien, relations externes, suivi de chantier, préleveur level expert pour les situations désespérées, valideur à la chaine de dossiers (dont la responsabilité est à la hauteur de l’abrutissement généré par la concentration nécessaire malgré les logiciels d’aide), encadement technique multi paillasse, manager de site, recouvrement AMO/AMC, etc.., etc…est en train de disparaitre du fait de la concentration, ce qui génère des surcoûts en terme de personnel et des phénomène de réunionites aiguës car ceux ci n’ont surement pas le même intérêt à l’efficience. Bref, aujourd’hui, chaque biologiste a la possibilité de se recentrer sur son domaine de prédilection ou d’expertise. Si certains veulent exclusivement exercer sur des sites pré/post, cela apporte un certain gage d’encadrement, de qualité et d’expertise qu’un manager issu de je ne sais quelle formation ou une IDE sans expérience en LBM n’aura jamais, un peu comme l’absence de pharmacien dans son officine. Personnellement, mon exercice est équilibré et je ne me reconnais pas dans votre description.

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      1. « Les cabinets d’IDEL ne pourront pas remplacer les sites pré/post des LBM sans une perte de service majeur » : la bonne blague ce sont eux qui prélèvent à domicile actuellement en zone urbaine et surtout en province ! Ils doivent apprécier…

         » Bref, aujourd’hui, chaque biologiste a la possibilité de se recentrer sur son domaine de prédilection ou d’expertise. Si certains veulent exclusivement exercer » : en fait non aujourd’hui la majorité des biologistes TNS une part embauchés par les grands groupements de laboratoires qui sont sur des centres de prélèvements ne choisissent rien (ni les tâches à realiser , par exemple les prises de sang …. ni leur rémunération…. ni d’ailleurs la convention TNS signée car c’est partout pareil voire pire!). On ne choisis pas la biologie pour finir en centre de prélèvements, ça s’est sur !

        Enfin je comprends bien que le mode d’exercice de vos confrères ne vous intéresse pas, par contre les baisses de dividendes a venir on doit pleurer…

        Bonne soirée la biologiste « hors sol »

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      2. 1. Le cout d’une prise de sang à domicile : 8,50; au laboratoire, 3.50 euros. CQFD sur le plan économique. La quasi totalité des non conformités pré analytiques concernent des prélèvements réalisés en dehors des laboratoires. Comme je l’ai dit, les IDEL et les laboratoires sont complémentaires, les IDEL sont bien contentes de pouvoir déposer leurs boites dans un laboratoire en centre urbain plutot que de composer leurs tournées avec le passage à heure fixe d’un coursier quotidien, poser leurs questions, faire leurs photocopies, prendre du matériel, nous envoyer leurs bilans complexes… et j’en passe. Elles font les domiciles, quelques prélèvements dans leurs permanences mais le gros des patients est prélevé sur nos sites, ne vous en déplaise, il n’y a qu’à voir l’affluence débordant les laboratoires hospitaliers pendant ces 3 jours de grève pour comprendre qu’elles n’ont pas pu absorber notre activité.
        2. Nous sommes d’accord sur un seul point : aucun intérêt de placer des bac+10 exclusivement sur des sites de prélèvement, si certains acceptent cette condition, que puis je y faire ? Je ne comprends pas le procès que vous me faites. Les biologistes sont encore libres d’exercer là où ils le souhaitent que je sache, c’est la loi de l’offre et de la demande. Des laboratoires indépendants comme le mien recrutent des biologistes associés (pas TNS 1 part) mais il faut se lever tôt, pas de RTT, risque financier à l’emprunt pour l’achat de part donc au final, les postes hospitaliers sont plus attractifs et les candidats ne se bousculent pas. Se battre contre C. contre les statuts TNS ? Je n’ai pas les moyens financiers de perdre un procès, les syndicats non plus d’ailleurs.

        Je pense que nous avons fait le tour de la question, je ne pense pas qu’il soit possible d’atténuer le mépris à peine dissimulée que vous ressentez à l’encontre de la biologie médicale libérale, il y a beaucoup d’approximation typique d’observateurs extérieurs à la profession, vous devriez venir faire un stage d’observation sur le terrain, vous pourrez ensuite surement parler en meilleure connaissance de cause.

        Me concernant, ma participation s’arrêtera là.

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      3. Vous vous trompez lourdement je suis bel et bien un biologiste et j’ai fréquenté plusieurs type de structure et cela n’a pas l’air d’être votre cas ….
        encore une fois une pensée pour les collègues biologistes TNS non associés ils sont si peu représentés et certains de leur collègues sont tellement dédaigneux …. bon courage à eux pour la suite car bien évidemment lorsque les baisses seront trop importantes ils seront les premiers à être impactés.

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      4. Dédaigneux ce n’est pas le genre de la maison.
        Je n’ai jamais eu la prétention de tout connaitre mais je crois qu’on ne peut pas me faire le procès de me réjouir du statut des TNS non associés puisqu’il est majoritairement lié à la financiarisation, sujet majeur développé tout au long des articles mais malgré tout devenu complètement tabou. Cela est anticipé depuis l’ère Ballereau, et je n’ai pas vu à l’époque les internes se mobiliser massivement sur ce sujet spécifique ainsi que sur le statut précaire des TNS ultra malgré les alertes récurrentes de certains représentants. Et depuis, le temps leur a donné raison sans qu’il soit maintenant facile ni même possible de revenir en arrière.
        Non, effectivement, je ne connais pas l’exercice au sein des groupes financiers, je n’y ai jamais exercé, pour cela, il y a 10 ans, je suis partie très loin de ma région de formation pour l’éviter.
        Le formulaire contact est en ligne, où il est possible de témoigner anonymement, en plus de 4 ans d’existence de ce site, je n’ai jamais rien reçu, un seul commentaire dernièrement, existerait il une véritable omerta organisée ? En tout cas, vous êtes le ou la bienvenu(e) pour rédiger un prochain article pour aborder ce sujet.

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  2. QQ OBSERVATIONS
    Le paiement de nombreux actes de santé, pour la biologie médicale comme pour d’autres spécialités, repose sur un prix administré reflétant la politique voulue par les autorités politiques. Le prix tarifé est normalement unique, au professionnel de gérer son volume d’activité. Le patient ne connait pas le prix des actes, il n’a pas son mot à dire pour une extension d’actes – par exemple de confort ou de prévention – qu’il serait prêt à payer mais que le médecin ne juge pas utile. Il n’y a pas de relation directe entre la dépense de biologie et le patient qui en pratique bénéficie d’un acte qu’il croit gratuit ou plutôt couvert bien ou mal par des cotisations sociales. Appliquer un raisonnement économique me semble donc peu adapté car normalement le prix est dépendant des volumes et le consommateur choisit ses prestations et achats qu’il paie ensuite.
    La conséquence d’un prix administratif conduit à placer les acteurs de santé dans des situations financières très contrastées : certains peuvent bénéficier d’une économie de rente – bien connue des économistes – d’autres à gagner simplement leur vie et d’autres encore à être plus ou misérables comme pour le para-médical. Certains ont en effet des leviers de synergie et de volumes, d’autres des situations différentes entre secteur 1 et 2 (intéressant de voir les écarts de rémunération en imagerie à ce propos), d’autres comme les généralistes ou infirmières que leur voiture et leurs mains pour travailler ou à peu près. La bio a maximisé le modèle bien avant la crise covid.
    Je ne vous apprends pas que les affaires valent ce qu’elles rapportent, vous connaissez les prix astronomiques des cessions de contrôle des laboratoires, les présidents de syndicats n’ont pas été les derniers à se vendre. Et les 7 leader de la bio ne seront plus que 2 ou 3 demain car l’espace santé est trop étroit pour des appétits financiers en France et la marge est désormais dans la diversification et l’étranger.
    Surtout la biologie médicale est davantage devenue une profession d’ingénieur médical pour le patient qui ne voit plus le bio mais seulement un préleveur et un résultat final pour son médecin. On est dans l’anonyme.
    Il y a donc bien là une réflexion – au-delà de la crise covid – sur le prix administré des actes de biologie – le médecin généraliste à 25€ la consultation aimerait bien lui aussi être privilégié.

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    1. QQ REPONSES
      Appliquer un raisonnement économique est indispensable dans une entreprise qui doit dégager des bénéfices pour investir dans son outil de travail, rémunérer correctement son personnel, lui assurer de bonnes conditions de travail donc pouvoir rester attractif et recruter lorsque c’est nécessaire. Ou sinon, poussons le raisonnement jusqu’au bout du prix administré et nationalisons la biologie (et multiplions à terme par 2 les effectifs nécessaires). Il me semble que vous êtes expert comptable, tout ceci devrait vous être familier.
      Dans votre second développement, vous déplorez des situations contrastées entre professionnels en insinuant que les biologistes seraient à envier par rapport aux médecins généralistes (je passe sous silence la comparaison avec les IDE qui n’ont absolument pas le même niveau d’étude) mais je vous apprends qu’auparavant en tête de classement, les médecins biologistes libéraux ont disparu du classement des revenus de l’activité médicale libérale 2020, étude publié récemment par la DREES à partir des données CNAM/CARMF, un biologiste actuellement en activité est rémunéré dans la moyenne d’un médecin généraliste mais bien moins que d’autres spécialistes à durée de DES égale. Ramener l’argumentation sur les prix de cession est assez démagogique dans la situation actuelle. Si vous êtes un lecteur assidu, vous savez que je déplore cet état de fait mais à titre personnel, ne vous féliciteriez pas de la plus-value en millions d’euros de votre appartement parisien acheté dans les années 80, un enrichissement sans cause (contrairement à la vente d’un outil de travail), bref un peu de sérieux.
      Enfin, et surtout un exercice que vous ramenez à celui d’ingénieur médical prouve votre méconnaissance de notre travail et qualifications. Renseignez-vous, aucun pays ne fonctionne sans biologiste de formation médicale (la pharmacie étant une exception française). Si l’on devait pousser le raisonnement jusqu’au bout, quid des radiothérapeutes rémunérés 400 000 euros / an pour régler une machine pour griller des tumeurs ?
      Le débat contradictoire pour ne pas dire la provocation suscite souvent la réflexion mais attention de ne pas perdre en hauteur de vue sur des sujets aussi fondamentaux.

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