I. Trailer
En l’espace d’une décennie, près de la moitié du capital des laboratoires de biologie médicale (LBM) français a changé de main. Auparavant détenu par des professionnels de santé libéraux, qui possédaient le capital attaché à leur outil de travail, celui-ci est progressivement passé sous le contrôle de sociétés de fonds privés de capital-investissement (private-equity), spécialisés dans le rachat par endettement (leverage buy out, dit LBO, acquisition avec endettement à effet de levier) de sociétés non cotées en Bourse, en quête de financement alternatif au secteur bancaire traditionnel pour se développer ou être transmises.
Ce phénomène s’est particulièrement amplifié depuis 2010 dans le secteur des laboratoires de biologie médicale en France par une conjonction macro-économique extrêmement favorable : « marché » morcelé, consolidation du secteur rendue possible par la législation -malgré l’opposition des syndicats représentatifs de la profession- assouplissement législatif, accréditation qualité, baisse tarifaire…, mais aussi du nombre élevé de biologistes libéraux cédants potentiels (du fait d’une pyramide des âges favorable), et des taux d’emprunts extrêmement bas.
En face, les fonds de Private Equity dont les plus grands noms sont Blackrock, KKR, PAI Partners, Cinven, CVC, …
Inondés de capitaux ces dernières années (1500 milliards de dollars à investir dont la moitié sur la niche du rachat par endettement (LBO)), ils se sont progressivement substituées aux banques après la crise financière de 2008 dans leur rôle de prêteurs auprès des entreprises privées. La promesse d’un taux de rendement initial de 10% à 20% – lorsque la Bourse ne produit que 7%- a logiquement entraîné un transfert mondial massif de liquidités des marchés de capitaux-actions vers ces fonds de placement.
Ces fonds de capital-investissement sont spécialisés dans le rachat par endettement ou effet de levier de sociétés non cotées en Bourse, en particulier des PME dit « mid-market » en Europe et à l’international.
Le rachat d’entreprise par effet de levier consiste à racheter une entreprise au travers de la dette et pour une part marginale de fonds propres, via la création d’une holding détenue par le fond. La dette de la holding est ensuite remboursée grâce aux remontées de dividendes provenant de la société cible et bénéficiant du régime de l’intégration fiscale mère-fille. Outre l’aspect financier, juridique et fiscal, le levier opérationnel est orienté vers la maximisation de la performance économique de la société cible en l’incitant à dégager le maximum de marge et de cash-flow, tout au long de la période au cours de laquelle le fond est présent au capital de la société.
Dans la catégorie de la santé, le marché européen du « Private Equity » connait un grand dynamisme, dans un contexte où la législation peut évoluer en leur faveur sur le terrain des professions libérales et réglementées. Les liquidités massives apportées permettent par conséquent le rachat concurrentiel d’entreprises de « services médicaux » à fort potentiel de croissance ou de gain de productivité, encore relativement fragmentés, essentiellement laboratoires de biologie médicale (Labco/Synlab, Cerballiance, Biogroup LCD…), mais aussi cliniques privées (Ramsay Générale de Santé, Elsan). Les investissements financiers dans le secteur de la santé sont en effet particulièrement attractifs, car considérés dans le milieu financier comme particulièrement sûrs, stables (non-cycliques) et rentables, puisque, outre le fait que la maladie ne connait pas la crise, la « solvabilité du marché » est garantie en France par la Sécurité Sociale.
Face aux contraintes budgétaires imposées, les différents gouvernements en France n’ont pas voulu ou su réglementairement limiter ou encadrer cette évolution, espérant bénéficier de gains d’efficience au travers de la concentration de ces acteurs, des investisseurs privés agissant à leur place pour créer une activité qualitative avec de gros volumes autorisant la baisse de tarifs.
Que ces investisseurs privés acceptent de prendre le risque financier de cette concentration en générant une bulle financière et des plus-values démesurées pour les retrayants leur est apparu probablement secondaire au regard des perspectives de rationalisation et de consolidation de l’offre.
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Ce formidable catalyseur de concentration et de restructuration a-t-il provoqué l’endettement massif des laboratoires rachetés ?
Peut on le mesurer objectivement aujourd’hui (nombre d’acteurs, niveau d’endettement) ?
A-t-il entraîné la formation d’une bulle spéculative dont le témoin le plus évident est la flambée spectaculaire des prix d’achat proposés aux laboratoires de biologie médicale depuis 2017, induisant une distorsion de concurrence entre les fonds capables de lever plusieurs centaines de millions d’euros sous forme de dette et un professionnel de santé limité par son emprunt bancaire personnel ?
Est ce au contraire une formidable opportunité de développement économique ?
Existe-t-il un risque de défaillance systémique, notamment en cas de remontée des taux d’intérêt ou de nouvelle crise financière ? Quelles peuvent en être les conséquences en terme d’organisation sanitaire ?
Quels sont les choix qui s’offrent aux acteurs concernés ?
Pour tenter de répondre à ces questions de manière éclairée, un exposé détaillé des faits s’avère aujourd’hui indispensable.
Le sujet, étroitement lié à l’industrie financière, est relativement complexe à appréhender, c’est donc sous forme de courts articles successivement publiés tout au long des semaines à venir, qu’il sera exposé via ce blog.
To be continued…


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Avons nous une première idée des négociations conventionnelles NABM pour 2027 ?
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Bonjour,
Voici qq éléments
Les négociations conventionnelles entre l’Assurance maladie (Cnam/UNCAM) et les représentants des biologistes médicaux ont officiellement débuté en septembre 2026, sous l’égide de la Fédération de la biologie médicale (FBM), qui rassemble trois syndicats représentatifs (SNMB, Biomed, SDBio) et cinq des six grands groupes de biologie médicale (hors Biogroup). Une première réunion d’arbitrage a eu lieu en septembre, et une nouvelle rencontre est prévue le 12 octobre 2026 pour fixer les lignes directrices à la lumière du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2027.
François Blanchecotte, président de la FBM, se dit « optimiste » sur la conclusion d’un nouvel accord triennal avant la fin de l’année, idéalement avant la discussion parlementaire du PLFSS.
L’accord précédent (2024–2026) limitait la progression des dépenses de biologie à +0,4% par an, avant le gel des baisses de tarifs décidé pour 2025–2026.
Pour 2027, la Cnam évoquerait 30 millions d’euros d’économies via la « maîtrise médicalisée », puis 10 millions supplémentaires chaque année, tandis que la FBM estime pouvoir générer 120 millions d’euros d’économies en supprimant 30 examens jugés non nécessaires.
Les franchises médicales ont rapporté 455 millions d’euros au secteur de la biologie en 2025 selon la FBM, un élément pris en compte dans les négociations.
La croissance du volume des actes est prévue à +4% sur 2027–2029, et l’Assurance maladie s’engagerait à prendre en compte l’inflation.
Le président de la FBM souligne une « prise de conscience » de la Cnam quant aux conséquences de la baisse de 8,3% des tarifs en 2024, qui aurait contraint de nombreux laboratoires à réduire leurs horaires et aurait fait passer l’emploi dans le secteur de 52 000 à 45 000 postes. Il se félicite que la biologie médicale ne figure ni dans le rapport « charges et produits » de la Cnam, ni dans le PLFSS 2027.
Le PLFSS 2027 met l’accent sur la prévention, une orientation plébiscitée par les Français : selon un baromètre CSA commandé par la FBM, 92% souhaitent un bilan de santé complet proposé automatiquement à 40, 50 et 60 ans, et 87% sont favorables à davantage de dépistages sans ordonnance.
Le texte prévoit également de faciliter l’accès à la vaccination en permettant à des réseaux de proximité, dont les laboratoires, de disposer de stocks de vaccins.
Plusieurs inconnues subsistent :
Le sort du remboursement du dépistage des IST sans ordonnance (environ 100 millions d’euros) n’est pas acté.
L’« atterrissage » pour 2026, c’est-à-dire le montant des dépenses servant de base à l’évolution future, n’est pas encore déterminé.
La FBM propose :
Le développement de la biologie délocalisée (avec un double codage pour mieux tracer les dépenses).
La création d’un statut de biologiste « correspondant », chargé d’éviter les examens inutiles et de faire le lien entre prescripteurs et patients.
Il persiste de grosses zones d’ombre (prise en compte de l’inflation, modèle de l’organisation de la biologie autour des EBMD, valorisation du rôle du biologiste sur la pertinence, financement de la prévention…).
En tout cas, toute la profession ou presque semble alignée pour signer un nouvel accord de régulation prix/volume des tarifs par la CNAM. Serait ce un dispositif rassurant pour les fonds ?
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Encore beaucoup d’inconnues dans l’équation avant de savoir si cela sera un bon ou un mauvais accord, sous réserve encore que la CNAM tienne ses promesses.
Il y a des éléments positifs par rapport à la dernière fois (représentation professionnelle moins dispersée, axant sur la prévention et nouvelles missions, secteur moins exposé médiatiquement) mais aussi des éléments plus négatifs avec en premier lieu la situation financière de la France qui se dégrade, encore et toujours…
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Pour ma part, jeune biologiste, j’avais pu discuter en sortie d’internat avec certaines personnes qui travaillent dans ces groupes sous LBO financier.
Les biologistes en question se prenaient pour des financiers mais au final ne comprenaient rien à ce qu’ils avaient signé.
J’avais également été choqué par leur arrogance et leur suffisance.
Ça me faisait beaucoup penser à certains financiers américains qui proposaient des rendements impossible mais qui étaient quand même suivi par leurs investisseurs. Visiblement l’argent les a rendu malade.
En dautres termes : ces biologistes ont joués aux financiers, donc comme tout financier ils devront accepter et prendre leurs pertes. Aussi douloureuses soit-elles.
Par ailleurs, n’oublions pas que ces professionnels ont eu un comportement tout à fait inacceptable pour essayer de faire rentrer leur business plan dans l’optique du fameux « alignement des intérêts ».
Un des scénario possible, en cas d’absence d’accords amiable avec les créanciers obligataires : la mise en redressement judiciaire, et de facto la réduction à néant de la valeur des participations des actionnaires. Les créanciers pourraient tenter de revendre à la découpe le groupe à d’autres acteurs nationaux. Ce qui serait certainement une bonne chose pour toute la biologie
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Tout a fait d’accord : nous ne sommes pas formés initialement à gérer une entreprise et des équipes (c’est un métier en soi, donc l’apprentissage sur le terrain est ce qu’elle est : aléatoire). Et ces gestions d’entreprise et managériales se ressentent de plus en plus au quotidien avec du flux tendu voire pire du flux de tendu de flux (en gros un élément manque et c’est un jeux de chaises musicales tellement important que les charges de travails réparties ne sont plus tenables).
Sans compter l’abus du TNS ultraminoritaire 1 part avec convention d’exercice libérale, annonce d’offre d’emploi, horaires fixes/fixés, absence de patientèle propre recrutée pour faire son business etc etc qui en sont des abus légaux et d’optimisation (sous prétexte de souplesse et d’avantage fiscaux). L’IGAS l’a bien relevé en 2025 (c’est tellement connu à ce point !) que le rattrapage pend au nez des associés et des LBMs privés (la différence avec les avocats qui sont le cas d’école en parallèle : les avocats font leur propre clientèle donc le TNS en profite pour faire SA clientèle avant d’être remercié sans justification ou de partir. Le fonctionnement d’un LBM ne le permet pas du tout !).
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Je vous rejoins. Mais là on ne parle même plus de gestion d’entreprise. Je pense sincèrement que sur une patientèle de volume normal avec une équipe d’une taille standard, la plupart des biologistes devraient s’en sortir. Bref une gestion « bon père (bonne mère) de famille ».
En revanche, financier, c’est un métier. Et ne rien comprendre à ce que l’on signe c’est une folie.
Pour l’abus des contrats TNS, cad une fraude sociale. J’imagine que les utilisateurs qui l’ont conçus partent sur l’adage « pas vu. pas pris »
Par contre, pour info, même des chauffeurs ou des livreurs Uber ont bien réussi à faire requalifier leur contrat et faire condamner l’entreprise (Valorisée aujourd’hui 30x l’endettement de Cerba actuel).
Sans aucun mépris de ma part, j’imagine que leur situation (financière) était plus précaire que celle des biologistes. En conclusion j’imagine qu’ils étaient beaucoup plus courageux que nous tous pour refuser l’inacceptable.
Mais tant que les biologistes accepteront cette mascarade (qui est un secret de polichinelle), je pense que les groupes financiers, mais aussi fondateurs de groupes pseudo-indépendants auront de beaux jours devant eux. Après tout, si le crime paie, pourquoi s’en priver ?
Par contre, peut être qu’un jour les conditions vont se durcir, que tout ces biologistes TNS vont se faire débarquer, que toutes les portes se fermeront devant eux, et qu’ils n’auront que quelques économies (celles qui n’auront été avalées par les régularisations URSSAF) pour financer une reconversion (TNS = pas de droits au chômage, pas d’aide pour la création ou reprise d’entreprise). Peut-être que ce jour là les gens se réveilleront, et malheureusement il sera trop tard. Peut-être qu’ils tenteront de financer leur défense en parallèle, mais le mal sera déjà fait, et ils n’auront ni le temps ni les moyens.
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Je vous rejoint sur vos propos.
Un avocat m’a expliqué que « Ok c’est un beau dossier puisque tous les éléments concorde vers un salarial déguisé. Après il faudra voir avec les prud’hommes pour leur faire comprendre qu’il est compétent. Il composé à 50 % de syndiqués au SMIC qui ne vont pas comprendre pourquoi une personne qui gagne votre rémunération brute importante va se plaindre, et 50 % de patron qui ne vont pas comprendre pourquoi remettre en cause un système qui arrange tout le monde. Puis, sans jurisprudence dans le métier, plus compliqué. La partie en face ne lâchera probablement pas avant d’avoir épuisé tous les recours. Et si vous gagnez, les autres laboratoires vous verrons comme le chevalier blanc et ne voudront probablement pas vous prendre. Tout est a mesuré ». Donc sans mouvement des TNS ultraminoritaire : comme vous dites les LBM privés ont pignon sur rue.
Je parle de ce cas car en requalification des TNS de façon massive, la note est salée pour les LBM privés (mais la mentalité chacun pour soi et dieu pour tous est extrêmement présente. Donc les mouvements/actions de groupes ne se feront que quand tout le monde sera dans la m… et pas avant).
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Cerba vient de rentrer dans une procédure de conciliation.
espérons une issue pas trop catastrophique pour les biologistes.
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Pourquoi pas trop catastrophique pour les biologistes ? L’appât du gain leur a fait prendre des risques financiers complètement démesurés, sans la moindre considération pour le bien-être des patients ou l’avenir des employés du groupe. Quand on joue les grands investisseurs, il faut savoir accepter les pertes.
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Bonsoir, la perte des biologistes chez cerba est à mon avis loin d’être actée. A mon sens ils seront relativement épargnés par la restructuration mais par contre devront rester encore un certain temps investi en compensation. Les différents acteurs ont probablement conscience que sans les biologistes un groupe de laboratoires ne vaut rien, et que sans les biologistes une holding de laboratoires vaut encore moins que le laboratoire fille.
Bonne soirée
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Vous êtes bien dur c’est pas les biologistes de Cerba qui ont fixé les valorisations délirantes… Une pensée pour tous les avocats, conseils et autre banquiers d’affaire, financiers « partners » qui ont du prendre ensembles plusieurs millions de bénéfices pour une opération qui va faire perdre des milliards aux créanciers. Ça c’est des beaux métiers sans aucune responsabilité 🙂
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Bonjour, merci pour cet article très intéressant. Si nous nous basons que le cas de Cerba c’est un peu une catastrophe, il est très probable que les créanciers prennent le contrôle de l’entreprise d’ici quelques mois, en laissant les actionnaires financiers sans rien.
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Merci pour votre retour. Dans l’autre article certains avançaient que les actionnaires professionnels physiques (dont biologistes) pourraient être épargnés du fait de la nécessité d’alignement des intérêts avec les repreneurs, vous pensez que ça ne sera pas le cas ?
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A mon avis si les créanciers doivent faire un choix il faut épargner les biologistes au maximum car ce sont eux la vraie valeur de l’entreprise
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Bonjour NIGHT King(King of the Night,)
je viens de lire vos articles sur les LBO et c’est un secteur financier auquel je porte grand intérêt.
Je suis en recherche d’un sujet de thèse sur les LBO ; votre contribution pour sa définition ainsi que son orientation serait très appréciable.
Merci
ADN
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